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Un Montréalais de 30 ans a ficelé le plus gros transfert d’un joueur canadien

Un homme en complet tient un chandail de soccer rouge avec le joueur qui le portera avec sa nouvelle équipe.

L'agent Nick Mavromaras et le joueur Jonathan David

Photo : Courtoisie : Nick Mavromaras

Il fallait être un fin connaisseur de soccer il y a quatre ans pour savoir qui était Jonathan David. Le jeune de 16 ans jouait au club Ottawa Internationals, une équipe élite régionale de la capitale nationale.

Quatre ans plus tard, David joue à Lille, en première ligue française, qui a obtenu son transfert du club belge La Gantoise cet été pour environ 30 millions d’euros (47 M$ CA).

C’est notamment l’agent Nick Mavromaras qui l’a découvert et qui lui a déniché un premier emploi en Europe. Après des essais infructueux à Salzbourg, en Autriche, et à Stuttgart, en Allemagne, Jonathan David a suffisamment impressionné les dirigeants de La Gantoise qui l’ont mis sous contrat en 2018.

En deux saisons avec l’équipe belge, l’Ottavien a inscrit 37 buts en 83 matchs et est devenu l’un des jeunes joueurs les plus en vue sur le continent européen.

C’est aussi Mavromaras qui a orchestré le transfert cet été.

C’est un transfert qu’on préparait depuis le mois d’octobre 2019 avec le directeur sportif de Lille Luis Campos, explique Nick Mavromaras en entrevue avec Radio-Canada Sports. On a eu trois ou quatre rendez-vous et on a dû relever quelques défis dans les semaines avant la concrétisation du transfert, mais je suis très heureux que Jonathan soit là.

À tout juste 30 ans, 29 au moment de la signature de l’entente, le Montréalais venait d’obtenir à la fois un montant record pour un joueur canadien et pour un joueur du championnat belge.

Un joueur tient un chandail blanc devant le logo de son club.

Jonathan David tient l'uniforme de son club de Gent, en première division belge

Photo : Twitter / Nikos Mavromaras

Certains médias européens ont parlé de Mavromaras comme d’un petit poisson dans un océan d’agents. La comparaison a fait sourire le Montréalais.

Je comprends la surprise de certains de voir que c’est un agent de 29 ans, de Montréal, qui arrive à compléter le transfert le plus cher de l’histoire du club de Lille, confie Mavromaras. Je reste humble, je travaille fort et je continue de croire en mes jeunes au Canada et aux États-Unis.

La firme Axia Sports Management, fondée par Mavromaras, représente une vingtaine de joueurs adultes et une dizaine d’espoirs d’âge junior. Cinq personnes travaillent pour la firme qui a aussi un bureau à Athènes, où l’associé de Mavromaras est basé, et à Toronto.

Trois joueurs de l’Impact sont représentés par Nick Mavromaras : Shamit Shome, James Pantemis et Mathieu Choinière. Mavromaras représente aussi Cyle Larin, prêté à un club belge par le géant turc Besiktas, et Richie Laryea, du Toronto FC.

Il a aussi aidé des agents européens à conclure des transferts de joueurs en MLS, Rudy Camacho et Jukka Raitala, par exemple.

Deux hommes assis à une table prennent la pose pour un photographe.

Nick Mavromaras avec le joueur du Toronto FC Richie Laryea

Photo : Courtoisie : Nick Mavromaras

Ancien du club de soccer de Chomedey, à Laval, Mavromaras a lui-même tenté sa chance comme joueur en Grèce quand il avait 16 ans, puisqu’il détient également le passeport grec. Il en est rapidement venu à la conclusion qu’il n’avait pas les qualités requises pour être joueur professionnel.

J’ai toujours rêvé de travailler dans le monde du football et j’ai toujours cru que je pouvais aider les joueurs, ajoute-t-il. Ma carrière d’agent que je mène depuis 10 ans est le fruit d’une vraie passion pour le jeu.

Dans la jungle

La pépite Jonathan David a permis à Mavromaras de jouer dans la cour des grands très rapidement. Avant que le transfert vers Lille soit officialisé l’été dernier, l’intérêt envers l’attaquant de l’équipe canadienne dépassait les frontières de la France et de la Belgique.

L’agent a passé pas mal de temps à Londres, où il rencontrait des dirigeants de grands clubs anglais, notamment. Puisque les bureaux des équipes étaient fermés en raison de la pandémie de COVID-19, les discussions se déroulaient souvent dans des parcs, en marchant.

Mavromaras a rencontré des émissaires de Manchester United, d’Arsenal et de Liverpool, notamment. Il affirme qu’il n’a pas été impressionné par la grandeur du moment.

Je ne me pinçais pas, parce que je me sentais prêt pour ce genre de négociations, dit-il. J’avais ça en tête depuis tellement longtemps et je m’étais imaginé parler aux dirigeants de grands clubs comme ça. Je n’étais pas stressé et j’ai pu ouvrir des portes pour le futur.

Dire qu’il faut avoir confiance en soi pour être agent de joueurs est un euphémisme. Il faut être à la hauteur et ne pas crouler sous la pression, parce que les négociations de transferts peuvent déraper à tout moment, notamment quand des agents reconnus essaient de s’immiscer dans les discussions entre clubs et joueurs.

C’est bien souvent la loi de la jungle.

Quand on négocie un transfert à 30, 40 ou 50 millions d’euros, l’agent doit être extrêmement compétent et alerte pour savoir ouvrir les bonnes portes et pour savoir repousser les interventions des agents plus influents, illustre-t-il. Certains clubs ont d’excellentes relations avec certains agents et parfois, ils essaient d’impliquer ces agents aux discussions. Avec les intérêts divergents des autres parties, c’est pas mal plus complexe que de seulement représenter un jeune joueur.

En d’autres mots, des agents sont parfois tellement puissants qu’un club peut exiger qu’ils soient engagés dans le transfert d’un joueur. Parfois, ces agents essaient carrément de convaincre les joueurs de larguer leur représentant.

Deux hommes prennent la pose après la signature d'un contrat avec une nouvelle équipe de soccer.

Cyle Larin et son agent Nick Mavromaras

Photo : Courtoisie : Nick Mavromaras

Comme l’a déjà dit Didier Drogba : Au football, tout peut arriver. La pression peut être forte dans les grands clubs pour faire éclater le cadre légal des contrats. Certains clubs étirent parfois l’élastique de la légalité. Plusieurs ont d’ailleurs été sanctionnés par la FIFA.

Nick Mavromaras préfère ne pas aborder les détails financiers de son entente avec Jonathan David. Il explique qu’il n’y a pas un contrat pareil, mais que la norme des commissions est autour de 10 % du salaire des joueurs.

Certains agents peuvent toutefois négocier un pourcentage de la revente d’un joueur.

De grands agents, comme Jorge Mendes ou Mino Raiola, par exemple, encaissent toutefois des montants hors norme. Pour le transfert de 20 millions d’euros du prodige norvégien Erling Haaland de Salzbourg à Dortmund l’hiver dernier, l’agent Raiola aurait empoché 15 millions d’euros selon des médias italiens.

Un rôle au-delà du contrat

Quand Nick Mavromaras a réussi le transfert de Jonathan David vers Lille, il était bien sûr fier de sa réalisation. Au-delà du montant, il se réjouissait d’avoir placé son joueur en position de réussite.

J’étais heureux que Jonathan atteigne la Ligue 1, mais j’étais surtout heureux qu’il se retrouve dans un club où il voulait vraiment être, explique Mavromaras. Parfois, certains clubs vont offrir plus d’argent, mais le joueur aura moins de minutes de jeu là-bas. On voulait qu’il soit dans un club qui croit en lui et qui a un bon projet.

Or, s’il accumulait les buts à un rythme infernal à La Gantoise et avec l’équipe nationale canadienne, Jonathan David n’a pas encore marqué en neuf matchs à Lille. La presse française ne manque pas de le souligner même si Lille occupe le 2e rang du classement.

Un homme vêtu d'une chemise blanche et d'un veston vert prend la pose devant un mur de briques.

Nick Mavromaras

Photo : Courtoisie : Nick Mavromaras

Nick Mavromaras ne s’en fait pas. Il communique avec son joueur de quatre à cinq fois par semaine pour le conseiller, le rassurer, l’encadrer et l’écouter. Son rôle ne se limite pas au contrat, bien entendu.

En ce moment, Jonathan veut tellement marquer, il entend juste ça et il perd un peu de sa fluidité dans la surface de réparation, analyse Mavromaras. On lui dit de rester calme et de ne pas s’emballer avec l’attention médiatique qu’il reçoit. Cela dit, je pense que ce n’est pas une mauvaise chose qu’il vive tout ça à 20 ans. C’était un transfert important et son jeu est sous la loupe. Mais je suis convaincu que de vivre avec les critiques lui servira dans le futur. Je suis confiant que Jonathan sera un jour dans le top 10 au monde.

Mavromaras passe beaucoup de temps au téléphone tous les jours avec des dirigeants de clubs, des recruteurs ou des joueurs. Il entretient son réseau de contacts. Il espère pouvoir dénicher et propulser d’autres talents nord-américains en Europe.

Quand il recrute, au-delà des habiletés physiques, il cherche des qualités bien précises.

Je regarde beaucoup la mentalité du joueur et quelles sont ses attentes, dit Mavromaras. Déjà, si le jeune n’est pas humble, c’est un grand problème parce que l’humilité est difficile à enseigner. Elle doit être intrinsèque. Le joueur doit continuer à travailler encore plus fort quand il connaît du succès.

Cette vision s’applique aussi à son propre travail.

Frapper un coup de circuit comme Jonathan David demande énormément de travail en amont. Avant de prendre la photo avec le joueur et son nouveau maillot, il faut travailler encore et encore au téléphone et sur la route. Il faut mettre le temps, sans jamais avoir de garantie.

Des fois, le flair et le travail sont récompensés. Il y a deux ans et demi à peine, la valeur de transfert de Jonathan David était à zéro.

En partie grâce au travail de Mavromaras, elle est aujourd’hui évaluée à 30 millions d’euros.

Et David n’a que 20 ans.

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