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Crise de confiance entre d'anciens patineurs sur courte piste et la fédération

Il patine en compagnie de ses coéquipiers.

Le patineur de vitesse sur courte piste Alphonse Ouimette à l'entraînement

Photo : Patinage de vitesse Canada

Alexandre Gascon

Manque de transparence, sentiment de déshumanisation, problèmes de gouvernance : le lien de confiance entre les patineurs de vitesse sur courte piste de haut niveau et la fédération nationale est mis à mal par les résultats d’un sondage mené par un ancien membre de l’équipe.

Rémi Beaulieu a pris sa retraite en 2014. L’ex-athlète et kinésiologue est depuis devenu entraîneur et a gardé des liens étroits avec ses anciens coéquipiers.

Pour en connaître davantage sur la qualité de la relation entre Patinage de vitesse Canada (PVC) et ses athlètes, Beaulieu a sondé 36 anciens patineurs et patineuses, tous retraités entre 2011 et aujourd’hui, afin de prendre le pouls de l’ambiance qui règne depuis 10 ans au sein de la fédération.

Ce sondage a comme objectif d’obtenir des informations sur la qualité de l’environnement, la transparence, la responsabilité et la perspective des athlètes sur leur organisation, écrit-il dans un courriel.

Beaulieu affirme avoir été motivé dans sa quête par les nombreuses récentes retraites, particulièrement en courte piste, dont celle, notoire, de Samuel Girard, champion olympique et vice-champion du monde, parti au faîte de sa gloire avant même d’avoir soufflé 23 bougies.

Pourquoi est-ce que Samuel s’en va alors qu’il a de belles années devant lui? Pourquoi les jeunes partent? Qu’est-ce qu’on pourrait faire pour garder ces athlètes plus longtemps? s’interroge Beaulieu, joint au téléphone dimanche.

Avec des informations comme ça, en tant que leader, directeur sportif, entraîneur, ça va peut-être nous amener à être plus responsables envers le bien-être des athlètes que vers le fichier Excel qu’on remplit à la fin de l’année pour aller chercher notre financement.

Rémi Beaulieu, ancien membre de l'équipe nationale sur courte piste

Les conclusions sont catastrophiques, comme on pouvait s’y attendre, précise-t-il.

Depuis son départ, ça n’a pas évolué de façon positive, ajoute-t-il.

Il négocie un virage dans une compétition de patinage de vitesse sur courte piste.

Rémi Beaulieu

Photo : La Presse canadienne / JONATHAN HAYWARD

Quelques chiffres, que vous trouverez ici (Nouvelle fenêtre), dans un billet qu'il a publié samedi soir, pour appuyer ses dires.

À savoir si les athlètes avaient confiance en la vision et la direction que votre organisation prenait, 94,4 % des participants ont répondu non, soit 34 sur 36.

Même proportion lorsqu’on demandait aux athlètes s’ils avaient l’impression que les dirigeants et les entraîneurs acceptaient une part de responsabilités lorsqu’on leur rapportait des problèmes au sein de l’équipe.

Une écrasante majorité fait également état d’un manque de transparence (91,7 %), tandis que plus des deux tiers des athlètes disent s’être toujours, ou souvent, sentis comme des numéros aux yeux de leurs dirigeants.

Ces conclusions soufflent sur les braises du départ mystérieux et toujours inexpliqué de l’entraîneur de l’équipe nationale féminine, Frédéric Blackburn, révélé par Radio-Canada Sports samedi.

Au terme d’une enquête liée à une plainte pour harcèlement psychologique, Blackburn et PVC se sont séparés, bien qu’aucune raison n’ait été fournie pour justifier son départ. Selon Blackburn, l’enquête a d’ailleurs conclu qu’il n’y avait pas eu harcèlement.

Une nouvelle ère

Rémi Beaulieu fait du bien-être des athlètes sa croisade. Il déplore que, dans les sports professionnels, il y a des agents et des associations de joueurs, mais pas dans les sports amateurs.

Selon lui, les fédérations profitent de ce déséquilibre pour imposer leur programme au détriment, parfois, de la qualité de vie des jeunes. Beaulieu dit qu'on lui a déjà raconté l'histoire d'une jeune athlète qui a fondu en larmes, terrorisée à l’idée d’aller demander à son entraîneur si elle pouvait s’inscrire à un cours à l’université qui risquait de remplacer l’un de ses entraînements hebdomadaires.

Est-ce qu’on engage des gens qui ont des compétences techniques, des compétences sur le sport, mais qui n’ont peut-être pas nécessairement les compétences au niveau de la communication, du savoir-être, de l’encadrement, de la pédagogie? Les organisations doivent se questionner, croit-il.

C’est une image un peu simpliste, mais est-ce qu’on engage quelqu’un juste parce qu’il a gagné une médaille olympique? C’est de ça que je veux qu’on discute.

Rémi Beaulieu

Olivier Jean confirme avoir répondu au sondage de son ancien coéquipier. Dans une discussion où il ne commentait pas directement les conclusions de l'exercice mené par Beaulieu, le champion olympique en 2010 explique néanmoins que bien des choses ont changé dans la dernière décennie.

Quand j’ai commencé ma carrière et quand je l’ai finie, dans le monde de l’entraînement, bien des choses ont changé. Une commotion cérébrale, ça n’existait pas, donne-t-il en exemple.

Les bons boutons pour obtenir la meilleure performance de quelqu’un, ce n’est peut-être pas les bons boutons pour un autre, ajoute-t-il. Des coachs m’ont dit des choses qui m’ont frustré. Et les mêmes affaires en ont motivé d’autres.

Lundi, par courriel, Jean a précisé que, malgré tout, il y a eu beaucoup de changements positifs pour la santé et l’environnement des athlètes durant ma carrière.

Olivier Jean

Olivier Jean

Photo : Radio-Canada

Par définition, le sport de haut niveau est injuste et crée sa panoplie de mécontents, a tenu à rappeler François Hamelin, lui aussi sollicité pour le sondage, bien qu’il n’ait pas trouvé le temps d’y répondre.

Quand une organisation travaille pour un ensemble de personnes et qu’il n’y a qu’une minorité qui réussit à percer, ça fait plus de mécontents que de contents. Tu as plus d’opportunités de trouver des bobos que d’apprécier ce qui est fait, selon lui.

Mais rien n’est parfait, il y a toujours place à l’amélioration […] C’est l’ère dans laquelle il faut s’en aller. On le voit avec #metoo. On ne tolère plus ça. Il faut que les athlètes soient pris en considération, estime-t-il.

Tous s’entendent sur une chose par contre : l’ambiguïté de la fédération et le manque de transparence dans le dossier Blackburn jumelés aux résultats cinglants de ce sondage laissent un vilain œil au beurre noir à la fédération.

Qu’on parle de Fred ou d’autres entraîneurs d’autres organisations, les organisations font des choix. Peut-être qu’elles pourraient faire d’autres choix, conclut Beaulieu.

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