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La petite histoire du club le plus vert du monde

Vue de l'extérieur du stade vide

Le stade de Forest Green Rovers est situé à Nailsworth, à environ 170 km de Londres.

Photo : Getty Images / Michael Steele

Olivier Tremblay

Le stade est alimenté à l’énergie verte. La pelouse (biologique, bien sûr) est arrosée à l’eau de pluie. L’offre de nourriture est végétalienne, qu’on soit joueur ou spectateur. L’empreinte carbone est neutre, et l’ONU le reconnaît. Voici Forest Green Rovers (FGR), le club de soccer écoresponsable.

Mis sur pied en 1889 à Nailsworth, un village à quelque 170 km à l’ouest de Londres, FGR s’approchait de la crise financière en 2010 lorsque Dale Vince, magnat de l’énergie verte en Grande-Bretagne, s’en est porté acquéreur.

Depuis, le club a redressé non seulement ses finances, mais aussi sa situation sportive. FGR flirtait avec la relégation vers la sixième division anglaise. Une décennie plus tard, l’équipe vient d’amorcer sa quatrième saison en quatrième division.

C’est surtout la culture d’entreprise qui a changé. Une culture qui, en septembre, a incité le défenseur international espagnol Héctor Bellerin à y devenir le deuxième investisseur en importance, mais pas (encore?) à y jouer. Une culture qui a incité Robert Del Naja, musicien et activiste du groupe de trip-hop Massive Attack, à devenir le directeur artistique du club, le 6 octobre dernier.

Assis dans les tribunes, il regarde le terrain.

Dale Vince est le principal actionnaire et le président de Forest Green Rovers.

Photo : Getty Images / AFP/GEOFF CADDICK

Dès 2011, le club s’est mis à mesurer son empreinte carbone et à lancer des initiatives écoresponsables. Panneaux solaires, bornes de recharge pour véhicules électriques, burgers et pâtés sans viande, tous les moyens sont bons pour FGR, qui tient à diffuser sa philosophie le plus largement possible.

Pourtant, faire de FGR le porteur d’un message écoresponsable, c’est un accident, assure M. Vince en entrevue à Radio-Canada Sports.

Je n’ai jamais rêvé de diriger un club de soccer, soutient-il. C’est que le club de chez nous, il y a 10 ans, éprouvait des difficultés, et nous l’avons aidé un peu pendant l’été jusqu’à ce que les gens du club nous disent qu’il allait faire faillite si nous ne le reprenions pas.

Nous avons rapidement compris qu’il fallait appliquer nos principes de durabilité et d’éthique au club, car il faisait désormais partie de notre groupe d’entreprises.

Dale Vince, principal actionnaire et président de Forest Green Rovers

Le patron savait toutefois qu’il ne prêchait pas à des convertis, loin de là. Les supporteurs d’une équipe sportive, pour Vince, c’est probablement le public le plus difficile à rejoindre avec un message environnemental. Mais c’est aussi pourquoi il juge que tout le processus en a valu la chandelle. Il faut sortir de sa bulle. Avoir l’audace de retirer du menu les traditionnelles tourtes à la viande, par exemple.

Quatre partisans mangent à leur siège.

Les supporteurs de FGR consomment des mets végétaliens dans des plats compostables, bien sûr.

Photo : Getty Images / AFP/GEOFF CADDICK

FGR voit l’écoresponsabilité comme un procédé bien simple articulé autour de trois grands vecteurs : l’énergie, le transport et la nourriture. Le club a amené ses partisans à se questionner sur la façon dont ils s’alimentent en énergie, se déplacent et se nourrissent. C’est ainsi qu’on peut réévaluer environ 80 % de son empreinte carbone, selon Dale Vince.

La portée de notre approche, non seulement en ce qui a trait à la couverture médiatique internationale, mais aussi pour son impact sur les amateurs de soccer et de tous les sports, c’est tout à fait inattendu, soutient Vince. C’est dingue! La puissance du sport comme porteur d’un message environnemental, c’est un grand apprentissage pour nous.

Éviter la mascarade écologique

Comme le souligne le professeur Claude Villeneuve, directeur de la Chaire en éco-conseil de l’Université du Québec à Chicoutimi, l’une des clés de l’écoresponsabilité est la traçabilité. Un tiers doit pouvoir confirmer la validité des données comme l'émission de gaz à effet de serre, la consommation énergétique ou la quantité de déchets produits, en se fiant à des normes.

C’est ce que fait FGR, dont les « rapports de durabilité » sont accessibles en ligne, selon les normes ISO.

L’idée derrière ça, c’est que chacun doit faire le ménage dans sa cour, soutient le professeur Villeneuve. En principe, si les gens, en plus, essaient d’avoir une émulation, une forme de compétition, mais vertueuse, avec leurs semblables, pour en arriver à montrer la patte plus verte les uns que les autres, ça pourrait donner des signaux de communication, dire : "Nous, on le fait, pourquoi est-ce que vous ne le faites pas?"

Le problème, c’est qu’il ne faut pas que ça devienne une mode. Il faut que ce soit réfléchi, il faut que ça donne des comportements durables et non passagers.

Claude Villeneuve, directeur de la Chaire en éco-conseil de l’Université du Québec à Chicoutimi

Cette traçabilité est aussi cruciale pour s’empêcher de tomber dans une mascarade écologique, ce qu’on appelle en anglais greenwashing.

À cet égard, FGR ne s’attarde pas trop à ce que font les autres clubs. Les rapports, les documents, tout ça n’est qu’une formalité aux yeux de Dale Vince, qui préfère prendre bonne note de l’ampleur que prennent les efforts globaux d’écoresponsabilité dans le sport.

Un joueur maîtrise le ballon devant un adversaire.

Les joueurs de FGR portent le vert associé à Ecotricity, l'entreprise de Dale Vince.

Photo : Reuters / ACTION IMAGES/ADAM HOLT

Je ne m’inquiète pas trop d’une mascarade écologique (greenwashing) dans le sport à l’heure actuelle, parce que je ne pense pas qu’on y fait encore beaucoup de trucs verts. Quand il y aura plus de trucs verts, on pourra se soucier de leur qualité.

Tranquillement, l’écoresponsabilité fait son chemin dans le milieu. D’autres clubs de soccer d’élite comme le Betis de Séville, en Espagne, ou le LOSC de Lille, en France, ont pris l’engagement de devenir carboneutres.

FGR fait partie des premiers signataires de l’initiative du sport au service de l’action climatique des Nations unies, qui regroupe quelque 163 organisations sportives de partout dans le monde.

Et en plus du message vert, FGR s’efforce de devenir un club résolument moderne, avec un accent particulier sur la science du sport pour se démarquer des autres. Le résultat semble plaire, puisque l’équipe joue comme un mini-Barcelone, selon les dires du fondateur du groupe de supporteurs de FGR de la région de Chicago.

Le courant vert nord-américain

Vous avez bien lu : un groupe de supporteurs en plein Midwest américain. En 2011, avec la recherche vegan + football club sur Google, Robert Wayner espérait simplement trouver une équipe de soccer qui offrirait des options véganes à ses comptoirs alimentaires. Ce géologue en environnement a plutôt découvert ce qui allait devenir  le club le plus vert du monde.

Wayner a mis sur pied le groupe Forest Green Rovers Chicagoland Supporters lorsque le club a accédé à la quatrième division en 2017. Plus d’une centaine de membres se sont joints au fondateur, qui se définit davantage en fonction de ses inquiétudes pour la planète que de sa ferveur pour FGR.

Dans les 10 prochaines années, je crois qu’on verra de grands changements dans la façon dont les clubs de soccer iront chercher leur énergie, nourriront leurs supporteurs et ainsi de suite, affirme Wayner. Et ce qu’il y a d’intéressant, c’est que je pense qu’on reviendra surtout aux initiatives lancées par Dale à Forest Green.

Les joueurs soulèvent le trophée.

FGR a accédé à la quatrième division anglaise avec une victoire au mythique stade Wembley en finale des éliminatoires de fin de saison en 2017.

Photo : Getty Images / Ben Hoskins

Si on ne peut attribuer à FGR le démarrage d’un courant vert dans le sport nord-américain, le club se réjouit de le voir prendre de l’ampleur, même si le processus de déclaration des données n'est pas uniformisé.

Dans le soccer nord-américain, par exemple, les Sounders de Seattle ont annoncé en 2019 avoir atteint la carboneutralité. Les puissants Yankees de New York sont à l’avant-garde du mouvement. Ils ont été la première équipe d’une grande ligue nord-américaine à se joindre à l’initiative du sport au service de l’action climatique.

Au hockey, la Ligue nationale a pris des mesures vertes dès 2010. Elle publie son bilan carbone depuis 2014, et sa nouvelle équipe de Seattle entend construire le premier aréna carboneutre du monde.

Je crois que le message environnemental se répand dans le sport nord-américain au même rythme qu’ici, avance Vince. Je ne crois pas que l’Amérique soit particulièrement en avance ou en retard. Vous devez relever différents défis, bien sûr. C’est un grand continent, avec de bonnes distances entre les villes. Autrement, c’est assez semblable.

Pour FGR, la prochaine étape est la construction d’un nouveau stade en bois, avec les balbutiements d’un centre d’entraînement. Le club vient même de remettre dans sa proposition un projet de parc commercial écoresponsable qu’il croyait relégué aux oubliettes. La pandémie, explique Vince, a incité les politiciens de tous les horizons à prendre un virage économique vert.

Le propriétaire espère une première pelletée de terre d’ici deux ans. Entre-temps, l’homme qui voulait simplement sauver le club de sa ville suivra sa progression vers l’objectif avoué : le Championship, la deuxième division anglaise.

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