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Finaliste au titre de joueuse de la décennie, Magali Harvey réfléchit à son avenir

Elle court avec un ballon de rugby

Magali Harvey

Photo : La Presse canadienne / Dave Lintott

Olivier Paradis-Lemieux

Magali Harvey ne s’attendait pas à un tel honneur. Il y a quelques jours, une pluie de notifications l’attendait à son réveil. La nouvelle trentenaire fait partie des finalistes au titre de joueuse de la décennie de rugby à XV, décerné par la fédération internationale.

Je ne savais même pas qu'il y avait un événement qui se préparait pour célébrer la décennie. C'est vraiment une belle occasion de promouvoir le rugby. C'était une belle surprise!, raconte la Québécoise, qui avait remporté le titre de joueuse internationale de l’année en 2014.

Magali Harvey est la seule Nord-Américaine à avoir été choisie par le jury des World Rugby Awards comme finaliste à ce prix, qui sera octroyé après un vote ouvert au public jusqu’au 25 octobre prochain (Nouvelle fenêtre). Elle fait face à trois Anglaises, trois Néo-Zélandaises et une Française, des joueuses de pays qui sont puissances traditionnelles du rugby. Dans tous les nommés, on ne trouve qu’un seul autre Nord-Américain, Perry Baker des États-Unis, en rugby à 7.

Pour moi, c'est juste une manière, une façon, de montrer que le rugby existe au Canada, en Amérique du Nord, et qu'il s'améliore, qu'on a notre place parmi les meilleurs, malgré le fait qu'on n'a pas autant de rugby au Canada, poursuit-elle.

En raison de l’attribution du prix par un vote populaire, la fulgurante arrière ne se fait pas d’illusions quant à ses chances de sortir gagnante, mais elle croit qu’elle fait bonne figure dans un groupe relevé de finalistes.

Je pense qu'on mérite tous d'en faire partie. Ce sont des joueuses incroyables. Elles apportent toutes leurs propres qualités. Il y en a qui sont super rapides, qui ont un gros changement de direction, j'en fais partie. Il y en a d'autres que ce sont leur tactique de jeu, leur compréhension du jeu qui font qu’elles sont capables de créer des occasions pour leurs joueuses rapides. Il y en a d'autres qui sont des costaudes. Je ne peux pas me comparer à une costaude! On n'a pas les mêmes forces. Moi, je veux éviter le contact, elles vont embrasser le contact.

Magali Harvey n’est pas finaliste qu’à ce prix des World Rugby Awards. Sa formidable course lors de la demi-finale de la Coupe du monde 2014 contre la France, au stade Jean-Bouin de Paris, est l’un des cinq essais choisis comme jeu de la décennie en rugby à XV féminin. Le jeu de sa carrière, en raison du contexte.

Imagine-toi un stade rempli d'environ [17 000] personnes, et il doit y avoir 99 % du stade qui est rempli de Français qui te huent, qui ne sont pas de ton côté.

Repoussées profondément dans leur territoire après avoir échappé le ballon, les Canadiennes volent la mêlée subséquente aux Françaises.

Nos joueuses qui sont dans la mêlée, elles ont été super fortes et passionnées, elles ont travaillé ensemble et elles ont été capables de voler la mêlée. Ce qui arrive très rarement au rugby. Ça n'arrive pas vraiment au niveau international. Ensuite, il y a eu trois passes parfaites. [...] Il restait 80 mètres à courir. Il y avait de l'espace et j'ai pris l'espace.

Le moment qui a impressionné le plus le monde, c'est le fait que la fullback, la dernière joueuse défensive française, est venue vers moi pour me plaquer et de mon côté, j'ai joué avec elle, j'ai vu que ses hanches étaient tournées, j'ai vu que je pouvais exagérer mon changement de direction pour vraiment la commettre du mauvais côté pour ensuite couper vers l'intérieur et continuer ma course, il restait 50 mètres pour ensuite marquer l'essai.

Il lui restait alors un maximum d’une minute pour reprendre son souffle, puisqu’elle était également la botteuse de l’équipe canadienne. La transformation de deux points était non seulement cruciale, elle a été nécessaire. Il s'agissait des derniers points des Canadiennes qui l’ont emporté au final 18-16 pour se hisser en finale, où elles ont dû s'incliner devant l'Angleterre.

Les leçons de l'entraîneuse

Il y a trois ans, à seulement 26 ans, Magali Harvey avait accepté le poste d’entraîneuse-chef des Martlets de McGill, tout en continuant sa carrière de joueuse d’élite. Après trois saisons à la tête du programme, elle avait décidé de se concentrer à nouveau uniquement sur sa propre carrière athlétique. L’Espagne et un contrat professionnel l’attendaient à l’automne, mais la pandémie de coronavirus l’a forcée à rester au pays, sans toutefois revenir à McGill.

Je pensais que ce n'était pas juste que j'essaie de jouer et en plus d’entraîner parce que ce n'est pas le meilleur que je peux offrir aux joueuses, résume-t-elle.

Elle sourit en entrevue

Magali Harvey

Photo : Radio-Canada

Le passage à la tête du programme montréalais lui a cependant été bénéfique, assure-t-elle. D’une athlète de pointe vraiment axée sur les résultats, elle a progressivement appris à se concentrer sur l’évolution de ses joueuses et par le fait même, sur sa propre évolution.

Je pense que c'est normal que quand tu es dans un mode compétitif, les résultats sont vraiment importants. Parfois, je me suis retrouvée à oublier le processus parce que je voulais toujours des résultats. À force de coacher, je pense que c'est beaucoup plus facile de regarder les forces de mon équipe et de me concentrer sur ce que je suis capable de contrôler. Ça, c'est quelque chose qui m'a vraiment aidée, pas seulement par rapport au rugby, mais en général.

C'est vraiment une bonne leçon que j'aurais dû apprendre plus tôt! Entraîner a vraiment été utile pour ça, ajoute-t-elle en éclatant de rire.

Suite incertaine

En raison des bouleversements du calendrier international à cause de la pandémie, la Coupe du monde de rugby à XV se déroulera seulement deux mois après la conclusion des prochains Jeux olympiques, où c’est plutôt le rugby à 7 qui est mis de l’avant.

Écartée de la sélection canadienne avant les Jeux de Rio en rugby à 7, Magali Harvey avait toutefois été de celle de rugby à XV l’année suivante, où le Canada avait terminé 5e.

Sera-t-elle de l’une ou l’autre des sélections cette fois?

Je ne suis pas certaine, répond-elle. Dans les dernières années, j'ai joué dans d'autres pays. En septembre, j'étais censée aller jouer en Espagne pendant un moment en rugby à XV. Auparavant, j'étais au Japon où je jouais dans une ligue professionnelle de rugby à 7. J'ai fait un peu des deux. Moi, ça m'intéresserait d'éventuellement terminer ma carrière avec une Coupe du monde. Par contre, je ne connais pas la dynamique avec Rugby Canada. J'ai été mise à part pendant un petit moment. Et je n'ai pas vraiment de connexion pour le moment.

Pour une joueuse de rugby canadienne qui veut se concentrer à 100 % sur son sport, les avenues sont minces au pays, affirme-t-elle. Si les quelques joueuses faisant partie de la sélection canadienne de rugby à 7 sont bien encadrées et centralisées à Victoria, les autres sont éparpillées dans les différents programmes provinciaux.

À moins que tu fasses partie du programme à 7, il n'y en a pas une qui est capable de jouer à 15, faire son entraînement, son conditionnement, à moins que tu reçoives du financement ailleurs. Le gouvernement du Québec va te donner 500 $ par mois. C'est super, mais avec 500 $, il te reste un petit montant à avoir avant de te sentir confortable. Tout le monde a un travail à temps plein ou des parents très soutenants.

Écart à venir

Or, le rugby à XV féminin international a progressé depuis que le Canada s’est faufilé en finale de la Coupe du monde 2014, avec un groupe de joueuses qui ne jouent pas ensemble à l’année, puisqu'elles sont seulement réunies deux ou trois semaines avant un événement majeur ou une rare tournée.

Avant 2017, il n'y avait aucune équipe féminine de rugby à XV qui se faisait payer avec des contrats professionnels. Maintenant, tu as des endroits comme la Nouvelle-Zélande où tu as des joueuses qui peuvent s'entraîner à temps plein pour le rugby à XV.

Tandis que nous, la dynamique est vraiment différente, et je crois que l'écart va vraiment s'agrandir dans les prochaines années, si ce n'est déjà fait, réfléchit-elle.

Elle effectue une passe.

Magali Harvey

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Mais même si certaines nations financement davantage le rugby féminin, la croissance du sport n’est pas égale partout, et encore moins égalitaire. De telle sorte qu’une joueuse qui s’expatrie pour continuer de progresser doit parfois choisir entre obtenir un meilleur salaire ou jouer dans une ligue de plus haut niveau.

Au Japon, ils veulent améliorer leur ligue, explique Magali Harvey. Ce qu'ils font, c'est qu'ils vont trouver des joueuses internationales et parce que ce n'est pas nécessairement un endroit populaire où aller, ils n'ont pas le choix d'offrir des gros contrats. Rien comparé aux hommes, mais ce sont des bons contrats où tu n'as pas de misère.

Ensuite, tu vas dans un endroit comme la France où le rugby est vraiment fort, mais les contrats sont pratiquement rien!

Ce qui est dommage, c'est que les joueuses féminines sont tellement passionnées du rugby qu'elles veulent en faire partie et parce qu'elles acceptent d'en faire partie sans se faire payer, si jamais tu rentres et que tu demandes pour un contrat payant, soudainement, on te demande: "Tu es qui pour demander tel contrat?" Ça crée un cercle vicieux parce que tu as des vraiment bonnes joueuses qui acceptent de jouer malgré le fait qu'elles ne se font pas payer, puis parce qu'elles l’acceptent, on pense que c'est correct de ne pas les payer.

À 30 ans, Magali Harvey s’approche de la retraite sportive. Et face à toutes les incertitudes liées à la pandémie, elle avoue qu’elle s’entraîne surtout pour garder la forme, sans forcément s’en tenir au ballon oblong.

Présentement, j'essaie de trouver un équilibre. Je suis de retour aux études, j'ai appliqué pour l'école de droit et pour un MBA. Je sais que je cherche à avoir une carrière d'adulte, entre guillemets. Ce n'est pas que le sport n'est pas une carrière d'adulte, se presse-t-elle d’ajouter. Mais j'adore le rugby. Ça fait partie de mon identité et de ce avec quoi je connecte.

L’une des meilleures joueuses de la décennie est à la croisée des chemins.

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