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Gros plan d'une femme avec une tuque qui se promène en forêt

Martine Grenier, lors d'une séance de course à pied, en octobre 2020.

Photo : Gracieuseté de Martine Grenier

Christine Roger

13 mars. Le premier ministre François Legault annonce la fermeture des écoles, des centres commerciaux et des restaurants. Le Québec est mis sur pause. Au même moment, Martine Grenier reçoit un diagnostic de cancer du sein dans un centre hospitalier de la Rive-Sud.

Rien ne laisse pourtant présager une telle nouvelle. Elle a toujours été active, fait de la course à pied de trois à quatre fois par semaine et complète 5 à 6 kilomètres chaque sortie. Elle a déjà été professeure d’aérobie, elle fait du yoga, joue au volleyball. Elle est en excellente forme physique et n’a pas de symptômes annonciateurs.

Si ça n’avait pas été de la lettre du gouvernement…, se souvient-elle.

Cette fameuse lettre, c’est celle du Programme québécois de dépistage du cancer du sein qui encourage fortement les femmes de 50 ans et plus à aller passer une mammographie tous les deux ans.

Âgée de 50 ans, Martine Grenier passe donc une mammographie en janvier 2020. Elle reçoit ensuite un appel. Il y a un flou. On lui parle de bosse, de biopsie.

Le 13 mars, le diagnostic tombe. Cancer du sein, triple négatif. Cette pandémie, dont tout le monde parle, est soudainement secondaire.

Triple négatif, c’est une catégorie. C’est un cancer… pas le fun. Il y a beaucoup de risques de récidive et un plus haut taux de mortalité. Bref, tu ne veux pas l’avoir, explique Martine Grenier.

C'est évidemment un choc. Pourquoi elle? Elle mange bien et a de bonnes habitudes de vie.

Mais c’est aussi ça, le cancer. Il n’y a pas de classe sociale, pas d’âge et pas de discrimination. Le cancer, c’est sournois.

Martine pensait à ses deux enfants, Élodie, 14 ans, et Olivier, 18 ans, mais elle s’inquiétait surtout pour sa mère, à qui elle craignait de l’annoncer.

Elle a pleuré, oui. Mais rapidement, elle s’est retroussé les manches. Il n’était pas question de se laisser abattre.

Ce n’est pas dans ma personnalité. Je suis une battante, une leader. Je suis travailleuse autonome depuis 11 ans, raconte-t-elle. Je suis celle qui organise les fêtes. Je me suis simplement dit que j’avais l'Everest à gravir.

Le diagnostic est à peine tombé que déjà, sa vie est complètement chamboulée. Cinq jours plus tard, elle rencontre la chirurgienne et chef des équipes spécialistes. Le 24 mars, c’était au tour de l’oncologue, dont le nom de famille est Speranza, ce qui signifie espoir en italien. C'est un signe, en quelque sorte.

À peine deux semaines après la première annonce, le 30 mars, elle subit son premier traitement de chimiothérapie. Elle demande immédiatement à son médecin si elle peut poursuivre la course à pied et elle obtient son accord.

À la suite de ses premiers traitements de chimiothérapie et après son opération qui a eu lieu le 16 avril, elle se contente de marcher.

Le 5 mai, je marchais avec mon chum. Je lui disais à quel point je détestais marcher. J’ai décidé d’essayer de courir un coin de rue et je me suis bien sentie. J’ai donc décidé de recommencer la marche. Le lendemain, le 6 mai, le jour de la fête de 18 ans de mon fils, je courais pour la première fois depuis le début des traitements.

Mais elle n’a pas le choix d’abaisser ses attentes. Avant son diagnostic, elle prévoyait bientôt courir un 10 km. Avec la fatigue engendrée par les nombreux traitements, il est impensable d’avoir les mêmes objectifs à court terme. Elle alterne donc la marche et la course.

Une femme le crâne nu se promène dehors.

Martine Grenier, lors d'une sortie de jogging, à l'été 2020.

Photo : Gracieuseté de Martine Grenier

Elle a suivi huit traitements de chimiothérapie, espacés aux trois semaines. Tout au long du processus, elle se repose la première semaine, puis sort courir deux à trois par semaine les semaines 2 et 3. Entre ses sorties, elle fait des étirements et du yoga d'une à deux fois semaine.

J’ai perdu mes cheveux, mes sourcils… Je courais avec ma casquette et je me demandais parfois : "Est-ce que les gens savent que j’ai le cancer?" Parce qu’honnêtement, la majorité du temps, je ne le sens pas.

Martine Grenier ne s'arrête pas là. Elle fait aussi, au solstice d’été, 40 salutations au soleil en continu, deux semaines après son troisième traitement de chimiothérapie.

Les yogis ont ce rituel de faire 108 salutations au soleil au solstice d’été. Personnellement, je ne l’avais jamais fait, mais cette année, je me sentais en forme. J’ai déroulé mon tapis de yoga, dehors, à l’ombre et je m’y suis mise. C’était vraiment ressourçant!

Sa chirurgienne lui a dit, une fois, que de faire de l’activité physique lui permettrait de régénérer ses bonnes cellules. Combien de fois elle leur a parlé, à ces bonnes cellules? Après les traitements de chimiothérapie, pendant une sortie de jogging...

Go, go, go, mes bonnes cellules!

Selon moi, c’est primordial de garder la forme pour passer à travers la chimiothérapie. En plus de nous donner de l’énergie, ça nous remonte le moral. C’est exigeant de reprendre l’exercice après chaque traitement. Chaque fois, on dirait que ça fait trois mois qu’on ne s’est pas entraîné, mais ça en vaut grandement la peine!

Martine Grenier

Martine Grenier est bien consciente que ce ne sont pas toutes les personnes atteintes d’un cancer qui seront capables d’en faire autant qu’elle. Être à l’écoute de son corps est primordial.

Les traitements sont différents pour chacun, tout comme la tolérance face à ceux-ci, fait-elle observer. Nous n’avons pas tous les mêmes niveaux de forme physique aussi. J’ai 51 ans. Je suis jeune et j’étais en forme avant mon cancer. Pour les gens de 75 ans que j’ai vus en chimio, je sais que c’est différent. Juste le fait de marcher ou de prendre l’air peut faire une différence. 

Une femme participe à une course organisée.

Martine Grenier, lors de la course de 5 km MEC en octobre 2019. Elle venait de franchir le fil d’arrivée et constatait qu'elle avait fait son meilleur temps à vie.

Photo : Gracieuseté de Martine Grenier

Le projet de faire un 10 km est toujours là. Elle avance, tranquillement, petit à petit. Son premier objectif est de compléter 5 km, sans marcher. Elle fait présentement 3,5 km en alternance, marche et course.

Je ne suis pas pressée. Je prends soin de moi et je profite de la vie au jour le jour!

Elle approche, mais n’est pas encore tout à fait rendue au sommet de l’Everest. Elle doit encore faire des traitements de radiothérapie, mais jusqu’ici, les pronostics semblent excellents. Heureusement, son cancer a été détecté très tôt.

Malgré son positivisme, elle aura toujours l’impression qu’elle a une épée de Damoclès au-dessus de la tête. 

Je n'ai pas peur de mourir, dit-elle. Je considère que mon cancer n’est plus dans mon corps, mais je sais très bien que le cancer du sein triple négatif a de hauts risques de récidive.

Peu importe ce que l’avenir lui réserve, elle ne baissera pas les bras. Elle n’arrêtera pas de courir.

Dès le début, mon chum a dit : "Si le cancer connaissait ma blonde, il aurait choisi quelqu’un d’autre, car il ne pourra jamais gagner contre elle!"

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