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Chronique

Le grand ménage du Canadien en 1995 et la vidéo qui a fait déborder le vase

Il parle devant un micro et un logo du Canadien de Montréal se trouve derrière lui.

Ronald Corey

Photo : La Presse canadienne / PAUL CHIASSON

Il y a 25 ans, le président du Canadien de Montréal Ronald Corey donnait un grand coup de barre à son organisation en congédiant le directeur général Serge Savard, l’entraîneur-chef Jacques Demers et son adjoint Charles Thiffault. Deux autres adjoints de Demers avaient été épargnés, Jacques Laperrière et Steve Shutt.

La rumeur circulait que le vestiaire du Tricolore s’était transformé en country club, qu’un confort inapproprié s’était installé, presque de la nonchalance. Certains joueurs en menaient large, disait-on. Ils étaient devenus plus gros que l’équipe.

Et à son embauche, le successeur de Jacques Demers, Mario Tremblay, n’avait rien fait pour démentir la rumeur. Sa façon de diriger tendait plutôt à l’accréditer. Il s’est ingénié à montrer qu’il était le patron, que les vacances étaient finies. Une façon de faire qui a déraillé six semaines plus tard avec la sortie de Patrick Roy et son échange au Colorado. Mais c’est une autre histoire…

La vidéo

Le Canadien avait perdu ses quatre premiers matchs de la saison quand Ronald Corey a donné son coup de balai. L’équipe avait encaissé vingt buts et n’en avait marqué que quatre.

Le matin du 16 octobre, cinq jours avant la tempête, je m’étais rendu au Forum pour couvrir l’entraînement de l’équipe. Mon camarade caméraman à Radio-Canada, Guy Vignola, m’accompagnait. J’ai choisi ce jour-là de parler de l’avantage numérique avec le responsable de la spécialité, Steve Shutt.

L’ancien numéro 22 était très heureux de se prêter à l’entrevue. Il avait d’emblée écarté la possibilité que les ennuis du Canadien en avantage numérique soient liés à la stratégie. C’était attribuable à l’exécution déficiente, selon lui.

Il ne lançait la pierre à personne en particulier, pas ouvertement du moins, mais à l’issue de l’entraînement, sous le regard de notre caméra, il était resté sur la patinoire avec le joueur de centre Pierre Turgeon. Il s’était livré à une expérience que vous pouvez voir sur la vidéo ci-dessous, une vidéo tirée du reportage que j’avais produit ce jour-là.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Extrait d'un reportage de Guy D'Aoust du 16 octobre 1995

Une leçon

Steve Shutt avait mis Pierre Turgeon au défi.

Pour démontrer que la vitesse d’exécution est à la base du succès, il avait invité Turgeon à placer 50 rondelles autour du filet et à les décocher aussi vite et efficacement que possible en direction de la cage.

Turgeon s’était exécuté en 16 secondes pour une moyenne de plus de 3 tirs par seconde.

Impressionnant.

Ce que Turgeon ignorait, c’est que Shutt allait ensuite faire le même exercice. Et le Steve Shutt de 43 ans, au petit bedon naissant, retraité depuis 10 ans, avait accompli l’exercice en 9 secondes!

Il patine sans son casque, souriant.

Pierre Turgeon

Photo : Getty Images / Richard Wolowicz

Neuf! Et il avait mis 40 rondelles dans le filet!

Tout ça sous le regard médusé de Turgeon à qui il venait, croyait-il, de donner une bonne leçon.

Mario le croyait aussi

Le lendemain, 17 octobre, je reçois un coup de fil de Mario Tremblay. Il me demande si c’est moi qui ai produit ce reportage dont il entend parler. Il veut les images, une copie du tournage. Je me demande bien ce qu’il veut en faire, puisqu’il travaille à la radio. Mais comme le veut la courtoisie professionnelle en ces occasions, je lui envoie une copie du reportage.

Un gardien se repose, le casque relevé sur sa tête.

Patrick Roy avec le Canadien de Montréal

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Tout le monde dehors!

Quelques jours plus tard, Ronald Corey chamboulait son organisation.

Mario Tremblay devenait entraîneur et Réjean Houle, directeur général. Fini le country club.

Six semaines plus tard, Patrick Roy était échangé.

Et l’automne suivant, Pierre Turgeon l’était à son tour.

Je ne sais pas précisément quel rôle la vidéo qui accompagne ce texte a joué dans tout ça. Je sais seulement qu’elle n’est pas complètement étrangère aux événements d’octobre 1995.

Vingt-cinq ans plus tard, j’ai pensé vous la rappeler, vous la montrer à nouveau, ne serait-ce que pour l’ahurissante habileté de Steve Shutt.

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