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Chronique

Pourquoi les Red Sox veulent-ils entrer à la bourse?

Des chaussettes rouges peintes sur un des murs extérieurs du Fenway Park.

Logo des Red Sox de Boston

Photo : Getty Images / Maddie Meyer

Achèteriez-vous des actions des Red Sox de Boston et du Liverpool FC?

Il y a une douzaine de jours, le Wall Street Journal a révélé que le propriétaire des Red Sox de Boston et du Liverpool FC, John Henry, préparait une introduction en bourse pour ces deux prestigieux clubs.

Selon le quotidien new-yorkais, Henry mènerait cette opération avec RedBall Acquisition, un véhicule d’investissement qui a été spécifiquement créé pour se porter acquéreur de propriétés sportives à travers le monde. Parmi les têtes dirigeantes de RedBall Acquisition, on retrouve notamment Billy Beane, le célèbre vice-président des opérations baseball (et actionnaire minoritaire) des A’s d’Oakland.

Au cours des derniers mois, RedBall a notamment acquis le club de soccer de Toulouse qui joue en deuxième division française. RedBall a aussi ajouté la XFL à son portefeuille en partenariat avec Dwayne The Rock Johnson.

Une éventuelle introduction en bourse – rien n’a encore été confirmé en ce sens – établirait la valeur combinée des Red Sox et du Liverpool FC à quelque 8 milliards, selon une source du Wall Street Journal.

Ce n’est pas vilain du tout si l’on considère qu’en 2002, Henry et son partenaire Tom Werner avaient acquis les Red Sox, le Fenway Park et 80 % du réseau spécialisé New England Sports Network pour 700 millions. Et qu’en 2010, Henry avait racheté le Liverpool FC, alors détenu par l’ex-propriétaire du Canadien, George Gillett, et l’ex-propriétaire des Stars de Dallas, Tom Hicks, pour quelque 390 millions.

La question qui tue, toutefois, consiste à savoir pourquoi Henry, qui est âgé de 71 ans, souhaiterait modifier la structure de ces deux entreprises. Après tout, le bon vieux modèle d’affaires du sport professionnel ne s’est-il pas avéré extrêmement lucratif jusqu’à présent?


De façon générale, les grandes franchises nord-américaines de sport professionnel sont à peu près toujours détenues par des intérêts privés. Les propriétaires de compagnies à capital fermé n’ont pas à dévoiler publiquement leurs résultats financiers. Sans compter qu’ils jouissent d’une plus grande liberté ou flexibilité quant à la manière de mener leurs affaires, notamment en matière de planification fiscale.

Parmi les exceptions à la règle, on note les Braves d’Atlanta et Madison Square Garden Sports (les Rangers et les Knicks de New York), dont les actions s’échangent à la bourse. Dans la NFL, les Packers de Green Bay appartiennent à plus de 350 000 actionnaires, mais ces derniers sont toutefois regroupés au sein d’une entreprise à but non lucratif. Les actionnaires des Packers n’ont pas le droit de revendre leurs actions (sauf au club, à rabais) et ne peuvent les transmettre qu’à des membres de leur famille.

Image de jour du Madison Square Garden, à New York

Le Madison Square Garden, à New York

Photo : iStock

Dans le passé, des équipes comme les Cubs de Chicago et les Dodgers de Los Angeles ont appartenu à de grandes entreprises. Et les Maple Leafs de Toronto comptent Bell et Rogers parmi leurs actionnaires principaux. Mais ces équipes n’étaient (et ne sont) pas, en tant que telles, cotées en bourse.


Jacques Lemay est directeur du département d’enseignement de finance et professeur invité à HEC Montréal. Dans une autre vie, il était banquier d’affaires et accompagnait des entreprises dans leurs démarches d’introduction en bourse.

À son avis, l’opération qu’envisagent John Henry et RedBall suscite des questions tout à fait intéressantes.

Quand un dirigeant d’entreprise choisit d’introduire sa compagnie en bourse, cette décision est généralement motivée par le désir d’accéder à des capitaux pour faire des acquisitions et pour générer de la croissance. La deuxième raison majeure qui favorise ce genre de décision, c’est la valorisation de l’entreprise. Ça détermine sa valeur, et c’est très important, explique le professeur Lemay.

Ce dernier souligne, par ailleurs, que si on cherche à faire des acquisitions, ça peut devenir très intéressant d’être une compagnie publique. Parce qu’on peut alors payer ses acquisitions en actions et ainsi, possiblement, profiter d’avantages fiscaux.

Comme on le mentionnait plus tôt, John Henry est assez âgé et on retrouve dans son portefeuille plusieurs entreprises prestigieuses susceptibles d’intéresser des acheteurs. Or, selon Jacques Lemay, une accession au marché public constitue une excellente manière de placer une entreprise en vitrine.

Quand une compagnie est inscrite en bourse, elle publie des rapports trimestriels et annuels. Elle émet des communiqués et donne des informations. Ça devient plus facile pour un acheteur potentiel d’approcher le vendeur. En plus, on a une valeur qui est établie pour négocier la vente. Il suffit de multiplier le nombre d’actions par le cours boursier.


Pour qu’un entrepreneur décide d’aller en bourse, il faut que la valorisation de l’entreprise soit tellement alléchante qu’elle surpasse les inconvénients liés à la perte de flexibilité (par rapport à la gestion d’une compagnie à capital fermé) et aux obligations de transparence du marché.

Parfois, quand les conditions sont bonnes, ça devient irrésistible (d’aller en bourse). Imaginez que vous avez payé votre entreprise 500 millions il y a 5 ans et que quelqu’un vient vous dire qu’elle vaut deux milliards et qu’il veut y investir. Vous vous retrouvez avec des centaines de millions en poche, votre entreprise vaut davantage et vous en gardez le contrôle. Vous obtenez tout.

Cela dit, les analystes qui s’intéressent aux performances des Braves d’Atlanta et de Madison Square Garden Sports sur le marché boursier ne sont pas tous convaincus que la valorisation de ces organisations soit avantageuse par rapport aux autres franchises.

Un analyste du site Sportico écrivait récemment qu’il est plus facile de trouver un milliardaire prêt à surpayer pour s’offrir une équipe que d’inciter des milliers d’investisseurs ordinaires à surévaluer des actions.

L’action des Braves valait 36 $ lors de son introduction en bourse il y a quatre ans, elle oscille depuis au gré du marché. Elle s’est retrouvée à moins de 14 $, puis au-dessus de 30 $ plus tôt cette année. Et elle se situe autour de 20,51 $ en ce moment, ce qui confère à l’organisation une valeur légèrement supérieure à un milliard. Il y a trois ans, les Marlins de Miami, qui formaient la pire organisation des majeures, avaient pourtant été vendus pour 1,2 milliard...

Il se tient debout dans un stade et regarde au loin.

John Henry, propriétaire du Liverpool FC et des Red Sox de Boston

Photo : Getty Images / Michael Regan

Par contre, d’autres soutiennent que puisque les Braves ont plus de 700 millions de dettes, leur action n’est pas vraiment dévaluée.

Selon le marché, la valeur combinée des Rangers et des Knicks de New York tourne autour de 3,5 milliards, tandis que les Knicks pourraient, à eux seuls, être vendus pour cette somme, d'après certains experts.

Mais bon, tout cela n’est que théorique.


Le fait de voir des organisations aussi prestigieuses que les Red Sox et le Liverpool FC entrer en bourse, si la transaction se matérialise, attirera à coup sûr l’attention de tous les intervenants dans le milieu.

Si l’opération de John Henry s’avère payante, on pourrait assister à une vague d’introductions en bourse, prédisent certains.

Le professeur Jacques Lemay met un bémol là-dessus.

Ce ne sont pas toutes les équipes professionnelles qui ont le profil nécessaire pour intéresser les investisseurs, souligne-t-il.

Par contre, quand les banquiers d’affaires voient une entreprise d’un secteur donné accéder au marché et connaître du succès, ils dressent une liste des autres entreprises semblables et ils les contactent systématiquement, souligne l’expert en finance.

Si ça fonctionne pour les Red Sox, beaucoup d’autres propriétaires vont recevoir des appels de banquiers d’affaires qui vont leur offrir un service clé en main pour faire leur entrée en bourse. C’est un marché très dynamique. Ces propriétaires n’auront pas à lever le petit doigt. Il ne leur restera qu’à accepter ou refuser ces propositions en fonction de leurs intérêts.


Pour en revenir à la question du début, vaudrait-il la peine d’acheter des actions des Red Sox et du Liverpool FC si elles étaient émises au début de la prochaine année?

Des analystes soutiennent que les perspectives de croissance des équipes sont généralement assez limitées parce qu’elles ne contrôlent pas toutes les principales sources de revenus, comme ceux de la télévision par exemple. Jacques Lemay va dans le même sens.

Il faudrait étudier les actions afin de pouvoir juger de leur volatilité et de la manière dont elles seraient évaluées. Mais à vue de nez, je crois que je n’en achèterais pas parce que le potentiel de croissance semble assez limité, dit-il.

Prenez à titre d’exemple les meilleures places du Centre Bell. Je ne crois pas qu’on puisse augmenter le prix de billets de 10 % par année au cours des cinq prochaines années.

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