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Le monde du sport scolaire retient son souffle

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Elles sautent au filet pour tenter de frapper un ballon.

Des jeunes filles jouent au volleyball dans un gymnase.

Photo : iStock

Philippe Bourret est à la fois inquiet, optimiste et réaliste. Le directeur des sports et de la vie parascolaire au Collège Durocher Saint-Lambert espère que la pratique sportive en milieu scolaire sera de nouveau permise après le 28 octobre.

Depuis le début du mois, le sport et les activités parascolaires sont à l’arrêt dans les zones rouges au Québec, à l’exception des programmes sports-études. À Durocher, par exemple, les équipes sportives regroupent entre 500 et 600 des 2300 élèves du secondaire.

En tout, on parle de 1000 élèves inscrits aux activités parascolaires.

Un report de la reprise pourrait forcer les directions à prendre des décisions financières et organisationnelles douloureuses pour la suite de l’année scolaire.

Je comprends qu’il peut y avoir des enjeux de santé plus grands que ce nous faisons dans le sport au collège, et on vivra avec la décision de la santé publique, mais j’espère que le bien-être physique moral des 12 à 17 ans sera pris en compte dans les décisions, parce qu’ils ne l’ont pas facile présentement. Les adultes, on peut s’adapter, les enfants plus jeunes ont une certaine insouciance, mais au secondaire, ils l’ont en pleine face en ce moment.

Philippe Bourret, directeur des sports et de la vie parascolaire au Collège Durocher Saint-Lambert

Le respect de l’unique bulle-classe est au cœur de la décision du gouvernement d’arrêter le sport parascolaire. La direction de la santé publique veut limiter la propagation de la COVID-19 en limitant les contacts entre les élèves.

Gaston De Serres, médecin-épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), rappelle logiquement que le nombre de contacts que les gens ont les uns avec les autres est le principal moteur de la transmission du virus.

Pour lui, l’instauration d’une deuxième bulle dans l’école pour les élèves va nécessairement mener à l’augmentation de la transmission.

Des joueurs du Collège Durocher au banc

Des joueurs du Collège Durocher au banc

Photo : Courtoisie: Collège Durocher

Il faut comprendre que dans une classe de 30 élèves, s’il y a en 5 qui appartiennent à la bulle de volleyball, 6 à la bulle de basketball et ainsi de suite, on vient de rendre à peu près nul le concept de bulle parce que là, les élèves ne sont plus seulement en contact avec 30 élèves, explique le spécialiste. On sait que ce risque-là est plus important. Est-ce qu’il est beaucoup plus grand? Ça va dépendre du nombre de gens et de la provenance des gens dans la deuxième.

Or la bulle-classe est un concept bien souvent plus théorique qu’autre chose pour des élèves qui se rassemblent une fois les heures de classe terminées ou qui partagent un autobus avec des élèves d’autres écoles, quand ce n’est pas le transport en commun.

Si dans l’ensemble, les mesures sanitaires sont largement respectées dans son école, Philippe Bourret ne se met pas la tête dans le sable pour autant.

Certains jeunes me disent qu’ils vont jouer au basketball au parc parce qu’ils n’ont pas droit de jouer avec leur équipe parascolaire, explique le directeur, qui a représenté le Canada en badminton aux Olympiques de 2004. Sans dire qu’il y a des incohérences, c’est dur pour les élèves de s’y retrouver. Je pense qu’en créant une deuxième bulle sportive à l’école, on garderait un meilleur contrôle. On connaît nos jeunes, on sait dans quels groupes ils sont, donc c’est plus simple que de les laisser à eux-mêmes.

Un épidémiologiste prudent

Sans vouloir prédire ce qui se passera dans le monde du sport étudiant après le 28 octobre, le médecin épidémiologiste Gaston De Serres ne voit toutefois rien de bien encourageant dans la propagation actuelle du virus.

Avec une moyenne quotidienne de plus de 1000 nouveaux cas par jour, sans amorce de descente prévisible, il voit mal comment l’INSPQ pourrait recommander l’adoucissement des mesures graduelles.

Si la courbe du nombre de cas avait commencé à baisser à partir du 10 octobre et qu’on était rendu à la moitié de ce qu’on voyait au début du mois, la discussion serait différente, explique le docteur De Serres. C’est un des éléments qui va guider le gouvernement dans sa prise de décision sur ce qui sera permis, mais ce n’est pas le seul.

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Gaston De Serres, médecin-épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec, lors d'une entrevue à son bureau

Un épidémiologiste prudent quant à la reprise du sport parascolaire

Photo : Radio-Canada

L’épidémiologiste reconnaît que le contexte du sport parascolaire est un peu plus favorable que le sport civil.

Plus on élargit le nombre de personnes avec qui on est en contact, plus le risque de transmission augmente et les mêmes principes s’appliquent dans le sport civil. Si les jeunes proviennent d’écoles ou de milieux et de quartiers différents, on augmente encore plus les possibilités de transmission. L’école a un certain avantage, car elle permet de minimiser le nombre de personnes avec qui le jeune est en contact globalement.

Gaston De Serres, médecin épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec

Le docteur De Serres préfère ne pas oser de prédiction quant à la décision du gouvernement sur une éventuelle reprise des sports. L’INSPQ continuera d’offrir des avis scientifiques et la direction de la santé publique tranchera.

Et la reprise devrait passer par de simples entraînements.

Les entraînements permettent à des individus de se tenir à bonne distance et limitent les risques par rapport aux matchs, explique-t-il. Ce sera au gouvernement de décider.

Pour l’instant, Philippe Bourret ne pense même pas à tenir des matchs de ligue, encore moins participer à des tournois dans la province, ailleurs au pays ou encore aux États-Unis. La simple autorisation de la reprise des entraînements serait une petite victoire pour les élèves, les entraîneurs et les parents.

Des joueurs de basketball posent ensemble sur un terrain.

L’équipe de basketball des moins de 14 ans du Collège Durocher à Saint-Lambert

Photo : Collège Durocher/Vince Amato

Son collège serait prêt demain matin à entamer un protocole de retour à l’entraînement dans le respect des mesures. En attendant, le moral des jeunes périclite.

Je dirais que ça se gère encore, parce qu’il y a espoir qu’on va pouvoir refaire quelque chose, mais si c’est négatif après le 28 octobre, je m'inquiète, confie Bourret. Les entraînements à distance, c’était drôle au début, mais là, j’ai peur qu’ils perdent leur motivation sportive et j’ai peur de perdre des élèves en cours de route si on ne reprend qu’en janvier. La motivation, tu n’allumes pas ça comme un vulgaire interrupteur. Je ne suis pas sûr qu’on retrouverait tous nos élèves.

Le directeur et ses entraîneurs n’espèrent qu’un peu de marge de manœuvre pour faire bouger leurs jeunes de nouveau. Leurs registres de traçage et leurs protocoles sont prêts si une deuxième bulle était permise.

Ils sont prêts et n’attendent que l’autorisation.

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