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L'aide gouvernementale pas à la hauteur des attentes des fédérations sportives

Un jeune dans les blocs de départ

Un jeune se prépare à prendre le départ sur la piste d'athlétisme.

Photo : Radio-Canada

Jean-François Chabot

À la suite de la rencontre virtuelle tenue mardi matin entre des officiels de la direction des sports du ministère de l’Éducation et les fédérations sportives, il semble que l’argent attendu ne soit pas tout à fait au rendez-vous dans l'immédiat.

De l’enveloppe de 70 millions de dollars offerte la semaine dernière en soutien au milieu du sport et du loisir, les fédérations réunies par Sports Québec n’en recevront qu’une fraction.

La répartition présentée par le ministère, dont Radio-Canada Sports a obtenu copie, se détaille comme suit : 28,5 millions sont alloués au soutien des organismes de loisir et de sport (incluant les fédérations); deux millions sont réservés aux infrastructures récréatives et sportives (PAFIRSE); 17 millions aux autres projets; quatre millions sont prévus pour les campagnes promotionnelles; 12 millions et un fonds de réserve de six millions pour la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ).

Selon ce qui leur a été présenté mardi, les fédérations verront effectivement la contribution gouvernementale majorée de 60 % pour l’année financière en cours. Cette aide d'urgence sera attribuée par les canaux déjà existants que sont les programmes de soutien aux opérations (PSFSQ) et de soutien au développement de l’excellence (PSDE).

Ainsi, pour l’exercice 2020-2021, 4,1 millions de dollars pourront servir aux opérations courantes (salaires et frais liés à la permanence dans les bureaux) et 4,6 M$ seront destinés aux athlètes et aux entraîneurs de l’élite sportive d’ici.

Mais, étant donné l’arrêt complet des activités en l’absence de compétitions d’envergure nationale ou internationale, et sans un amendement des règles et critères de la part du ministère, la somme en principe dédiée à nos meilleurs espoirs ne peut être dépensée selon les critères qui s'appliquent habituellement dans leur cas.

Au final, on est loin des 23 millions de dollars que les fédérations croyaient recevoir à la suite de l’annonce faite jeudi dernier par Isabelle Charest. Invité à commenter, le cabinet de la ministre déléguée à l’Éducation nous a fourni par écrit la position de son ministère.

L’objectif de notre plan d’aide était de proposer une solution simple et accessible aux fédérations sportives qui leur permettrait d’avoir rapidement accès aux fonds. Nous ne souhaitions pas créer un nouveau programme et c’est pourquoi nous avons opté pour la bonification des programmes existants. L’ensemble des organismes partenaires du ministère pourront bénéficier des sommes annoncées dans le plan d’aide, peut-on d’abord lire dans le courriel qui nous a été adressé par une attachée de presse.

Il importe de souligner qu’il s’agit d’une bonification d’une ampleur inédite, alors que le budget pour le secteur loisir et sport pour l’année 2020-2021 passe de 110 à 180 M$. Nous sommes ouverts à apporter des assouplissements à la formule de financement afin de s’assurer que l’ensemble des organismes puissent retirer le maximum des sommes investies, y ajoute-t-on.

Les clubs, la priorité

Même si les fédérations apprécient la réponse gouvernementale face à la crise générée par la pandémie de la COVID-19, la plupart considèrent qu’elle est insuffisante.

Des interrogations demeurent en ce qui a trait aux montants annexes, comme ceux voués aux centres régionaux d’entraînement multisports et unisports (PSCREM et PSCEU), aux services périphériques du sport-études (RSEQ) ou à Égale-Action pour l’avancement des femmes dans le sport.

Ariane Fortin-Brochu, présidente de Boxe Québec, fait des clubs et de sa base de membres sa priorité absolue.

On a beau avoir beaucoup d’argent, ce qui presse, c’est le déconfinement. Il faut que le 29 octobre, il se passe quelque chose. Le sport est en train de se dégrader, disons-le comme ça. Il faut que le sport soit vu comme un service essentiel.

Ariane Fortin-Brochu, présidente de Boxe Québec

Ça vaut tant du point de vue économique, que physique et psychologique de la population, que ce soit au niveau récréatif ou de l’élite, a ajouté l’ancienne championne du monde.

Du côté de la Fédération de patinage de vitesse, le directeur général Robert Dubreuil estime qu’il y a encore des détails à réévaluer ou à bien saisir.

Il y a parfois des soutiens que je qualifierais d’indirects. Il ne s’agit pas d’argent versé directement à un sport ou à une fédération, mais à un projet qui peut toucher le sport en question, a expliqué Dubreuil.

En ce qui touche le programme de soutien à l’excellence, on avait déjà de la difficulté à bien argumenter l’utilisation de l’argent régulier. On n’a pas de calendrier devant nous, aucun événement provincial, national ou international qui nous permette de déployer des activités. Tenir des camps d’entraînement est très difficile, voire impossible. On a un bon défi pour maximiser cette partie-là de l’aide. Tout dépendra de la souplesse et de cette flexibilité gouvernementale et des circonstances de chacune (des fédérations).

Robert Dubreuil espère qu’il sera possible de donner davantage de soutien à l’embauche d’entraîneurs pour répondre aux besoins de l’élite.

Tous les secteurs ont besoin d’aide. Il va être difficile de descendre vers le bas [niveau sport de masse ou récréatif, NDLR] avec cet argent-là. Je ne peux pas parler pour chacune des fédés. Face à cette crise, pour le patinage de vitesse, on va commencer par s’aider nous-mêmes. Comme fédération, il faut d’abord passer à travers et survivre. C’est comme ça qu’on va pouvoir aider les autres.

Robert Dubreuil, directeur général de la Fédération québécoise de patinage de vitesse

Chez Natation Québec, la directrice générale Isabelle Ducharme dit aussi qu’il y a encore beaucoup à faire.

On a fait un pas… Est-ce qu’on a fait un pas complet? Non. La question qu’on aura est à savoir si on aura vraiment de l’argent qui va descendre au niveau des clubs sur le terrain. Je ne crois pas qu’on nous ait donné les moyens complets pour le faire. Il faut démêler tous les programmes pour voir jusqu’à quel point on va être capable de redonner de l’argent sur le terrain.

Elle souligne qu’en raison de la pandémie, de petites fédérations ont peut-être dû placer des employés sur le Programme canadien d’urgence (PCU) ou les mettre au chômage technique. Pour cette raison, l’argent supplémentaire qu’annonce le ministère servira d’abord à sauver ces emplois.

Des enfants sont dans une piscine et apprennent à nager

Des enfants apprennent à nager.

Photo : Radio-Canada / Samanda Brace

Madame Ducharme insiste pour faire de la pratique sportive chez les jeunes la priorité absolue.

Le sport organisé est fondamental pour nos jeunes. Si on ne repart pas ça, on aura beau avoir saupoudré de l’argent, on ne sera pas plus avancés.

Isabelle Ducharme, directrice générale de Natation Québec

À Judo Québec, le président Patrick Kearney se demande bien lui aussi ce qui lui sera permis de faire avec cette injection d'argent s'il ne peut utiliser autrement l'argent du programme destiné à l'élite.

Si au moins ils me disaient : "Fais ce que tu veux avec ton PSDE. Dépense-le. Va mettre de l'argent dans les clubs qui sont en train de mourir". Là, j'aurais un petit pactole pas mal intéressant à injecter dans les clubs. Mais là, je ne peux pas. C'est pas l'année prochaine que j'en aurai besoin, c'est là, maintenant. Je ne dispose en réalité que de 68 000 $ pour faire ce que je veux. Je ne sauverai pas beaucoup de clubs avec ça, s'insurge-t-il.

Marc Desjardins, directeur général de la Fédération québécoise d’athlétisme (FQA), met de l’avant deux questions qui selon lui, doivent être réglées.

Il n’y a aucune aide dans ces 70 millions pour les gens sur le terrain, pour les clubs. Je comprends aussi qu’il y a 33 000 clubs de sport qui font bouger 900 000 jeunes au Québec. Si on avait juste donné 1000 $ par club, ça ferait 33 millions! Et je ne pas suis sûr que 1000 piastres pour un club de gymnastique de 2000 membres, ça aiderait beaucoup, a noté M. Desjardins.

L’autre élément, pour moi, c’est toute la notion des événements sportifs, qu’ils soient grand public, championnats canadiens ou événements internationaux qui ont été annulés depuis le 15 mars. Aucun soutien n’est prévu pour ces gens-là, a-t-il poursuivi.

S’il se réjouit de l’annonce faite par Isabelle Charest, il rappelle que la FQA sanctionne 135 événements grand public par année. Il dénote une insatisfaction de la part des organisateurs de ces rendez-vous, qui ont hâte de savoir ce qui sera mis en place pour eux.

Il y en a qui attendent depuis mars, avril ou mai. Il y a une limite à ce qu’ils peuvent assumer comme déficit. Si on compare le tourisme ou les festivals qui ont été annulés, ça fait longtemps qu’ils (le gouvernement) les ont supportés.

Marc Desjardins, directeur général de la Fédération d'athlétisme du Québec

Selon Rémi Richard, directeur général de Sports Québec, les fédérations ont déjà reçu l’assurance qu’elles pourraient reporter leurs dépenses liées à l’élite vers l’année financière suivante.

De jeunes judokas sur un tatami

De jeunes judokas sur un tatami

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Mageau

Il affirme aussi que l’argent pourrait être redirigé vers l’achat d’équipements afin de soutenir les athlètes dans leur entraînement ou utilisé pour l'embauche d'entraîneurs.

Ce n'est pas parfait, mais je pense que ça va donner de l'air pareil aux gens. Je pense que ça va donner un bon coup de main. Est-ce que ça va répondre aux besoins de chacun des clubs? Sûrement pas. On verra pour la suite. On va commencer par absorber tout ça et voir comment ça va s'articuler. Le milieu du sport est assez fébrile à l'idée de voir quelle tournure ça va prendre après le 28 octobre, a dit M. Richard.

Au-delà de l'argent, nous, ce que l'on pense à Sports Québec, c'est que le sport a été exemplaire au moment où il y a eu un déconfinement. Les gens se sont pris en main. Ils ont fait des plans de relance. On ne peut pas dire qu'il a eu des éclosions importantes dans le milieu du sport. Alors pourquoi ne pas retourner les jeunes à la pratique du sport? On entend juste parler de santé mentale chez les jeunes dans les dernières semaines. Il faut espérer que les jeunes à tout le moins puissent retourner sur leurs lieux d'entraînement, dans les zones rouges particulièrement, a-t-il conclu,

Un fonds de réserve pour la LHJMQ

Lors de son point de presse de jeudi dernier, la ministre Charest avait fait part de l’attribution de la somme de 12 millions de dollars à la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ), à raison d’un million pour chacune des 12 équipes du circuit basées au Québec.

Or, dans le cadre de la séance de mardi matin, les porte-parole du ministère ont causé un certain émoi parmi les dirigeants de fédérations sportives en indiquant qu’un fonds de réserve supplémentaire de six millions de dollars destiné à la LHJMQ allait lui aussi être pris à même l’enveloppe globale dévoilée la semaine dernière.

Nombreux sont ceux et celles à la tête des fédérations qui s’expliquent mal pourquoi la ministre a omis de mentionner ce fonds durant son point de presse.

Un joueur de l'Armada de Blainville-Boisbriand et un joueur des Cataractes de Shawinigan jouent du coude.

La LHJMQ a aussi droit à un fonds de réserve de 6 millions de dollars

Photo : Les Cataractes de Shawinigan

Plusieurs estiment cette aide exagérée en comparaison du montant mis à disposition des fédérations, de leurs clubs associés et de leurs membres.

D’autres ont préféré garder le silence. Quelques-uns des intervenants joints par Radio-Canada Sports n’ont pas voulu entrer dans le jeu des comparaisons, allant jusqu’à se réjouir pour les dirigeants de la LHJMQ.

Du côté du ministère, on a simplement précisé que les six millions additionnels prévus dans le soutien d’urgence n’allaient pas nécessairement être versés.

Étant donné l’importance de la LHJMQ dans l’écosystème sportif du Québec, un fonds de réserve de six millions de dollars est effectivement inclus dans les 70 M$ et pourra être utilisé à condition que les équipes démontrent que le million déjà investi n’est pas suffisant pour assurer leur survie. Si son utilisation par les équipes de la ligue n’était pas nécessaire, ce montant pourrait être réalloué ailleurs.

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