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Le festival iF3 de films de ski et de planche à neige se réinvente

Une skieuse fait une manœuvre acrobatique dans les airs

Kim Lamarre

Photo : Getty Images / Cameron Spencer

Olivier Tremblay

Dans un film culte des années 1990, un rigoureux moniteur de ski s’exclame : « Quand tu ne peux pas amener la montagne au party, tu amènes le party à la montagne. » Quelque 30 ans plus tard, à cause de la pandémie de COVID-19, c’est l’évidence : en 2020, on n’amène pas les gens au festival, on amène le festival aux gens.

C’est donc en ligne, de mercredi à samedi, que les mordus de sports de glisse assisteront au festival iF3 de films de ski et de planche à neige pour connaître les derniers projets cinématographiques du genre – et que le jury décernera quelque 25 prix.

Une seule exception : deux événements de clôture présentés simultanément dans les ciné-parcs des stations de ski Belle Neige, à Val-Morin, et Greek Peak, dans l’État de New York. Avec la retenue et les mesures sanitaires qui s’imposent.

Cette formule à distance pour la 13e édition, loin d’être un désagrément, a plutôt suscité un certain soulagement parmi les artisans, heureux que le festival continue d’exister malgré les embûches, explique son président Luc Skypowder Saint-Jacques en entrevue à Radio-Canada.

D’ailleurs, comme dans bien des secteurs d’activité ces derniers mois, le contexte actuel est devenu une occasion de se réinventer, d’autant plus que l’organisation s’attend à ce que son auditoire augmente cette année en raison de l’accessibilité nouvelle, dans le confort du foyer.

Ce qu’on a mis en place cette année est là pour de bon, affirme le président d’iF3. Il y aura assurément des présentations en ligne dans le futur, et ça nous permet quand même d’aller en salle, en ciné-parc, selon ce que les gouvernements nous permettent dans les différents pays, dans les États et les provinces. Cette formule peut s’adapter à tout ce qui peut nous arriver dans le futur, du style de la COVID-19 en ce moment.

La skieuse Kim Lamarre, médaillée olympique en descente acrobatique (slopestyle) en 2014, fait partie de la distribution toute féminine de Skivas, un film de la Française Coline Ballet-Baz qui sera présenté mercredi soir.

Tournée juste à temps, c’est-à-dire au tout début de 2020, l’œuvre a échappé aux contrecoups de la pandémie. Mais en fine observatrice du milieu, l’athlète de 32 ans juge que les contraintes peuvent stimuler la créativité. Le public des films de glisse n’a donc rien à craindre, même si le festival ne ressemble en rien à ce qu’il a déjà connu.

Ça me fait penser aux X Games Real Ski [une compétition de courts métrages de ski urbain], indique-t-elle. Ils font des compétitions avec une limite de temps pour faire la production. Mettre une restriction, ça fait souvent que les gens avancent plus vite, ça débloque certaines idées.

Elle lève un bras et montre sa médaille.

Kim Lamarre a gagné le bronze aux Jeux olympiques de Sotchi, en 2014.

Photo : Associated Press / Morry Gash

Exclue de l’équipe nationale après les Jeux olympiques de Pyeongchang, en 2018, Lamarre s’est ensuite disloqué l’épaule en janvier 2019 à la Coupe du monde de Font Romeu, sa dernière à ce jour, avant d’accompagner sa grand-mère malade dans ses derniers mois de vie. Une succession de claques au visage.

Lamarre n’avait plus skié depuis longtemps lorsqu’elle a suivi ses amies à Chicoutimi – un paradis des skieurs urbains, dit-elle – pour y tourner certaines images du film. Ce qui lui a confirmé la possibilité de prolonger une carrière de sportive avec le septième art.

Les filles du film s’en venaient, je n’étais pas certaine d’être prête pour un voyage de ski urbain, mais je suis vraiment contente d’avoir skié là-bas, reconnaît-elle. Je me suis dépassée. J’ai fait des manœuvres quand même progressives. Ça m’a redonné une petite piqûre. J’ai vu le film, et ça m’a donné des sentiments. J’ai encore quelque chose de différent à apporter au ski, quelque chose de progressif. Je peux redonner à mon sport. Je suis encore motivée.

Un milieu éprouvé, mais débrouillard

La communauté des sports de glisse étant ce qu’elle est – une communauté tissée serrée, qui se tient –, les artisans se sont (gentiment) bousculés pour proposer leurs œuvres à iF3. Et tous ceux à qui les organisateurs ont demandé de présenter leur film en direct lors des soirées de webdiffusion ont accepté, selon Luc Saint-Jacques.

Tout n’est cependant pas rose dans la communauté. L’avenir du festival iF3, soutient-il, n’est pas en danger, puisqu’il comptait déjà sur une masse critique de bénévoles. Mais d’autres institutions connaissent un sort différent.

Aux États-Unis, de grands magazines comme Powder Magazine ou Snowboarder Mag sont en péril, ils n’existeront plus dès la prochaine semaine, souligne Saint-Jacques. Un peu partout dans le monde, ce genre de situation se produit. […] Il nous faut des sous et des commanditaires pour pouvoir produire l’événement. Mais on n’a pas une masse salariale à tenir et ainsi de suite. C’est vraiment une question d’aller chercher la passion de tout le monde. Cette façon de faire nous a permis d’aller encore plus loin, de nous rassembler encore plus et d’avoir des liens encore plus forts avec notre communauté, ce qui risque de nous aider beaucoup pour les prochaines éditions.

Affiche du festival

Le festival iF3 sera présenté du 21 au 24 octobre.

Photo : Courtoisie/Festival iF3

Les habitués d’iF3, reconnaît son président, pourraient être surpris par certains aspects du contenu des films de cette année, pandémie oblige. Davantage d’œuvres sont porteuses de messages, notamment sur l’environnement. Certaines images témoignent de l’arrêt forcé des productions. Les images lumineuses qu’on peut tourner à partir de la mi-mars en Amérique du Nord, avec les journées qui s’étirent, n’ont pas été produites.

La saison de glisse 2020-2021 devrait cependant avoir lieu, avec certains ajustements. Les films à présenter au festival de l’an prochain pourront entrer en production. Dans la prochaine programmation, dit Luc Saint-Jacques, on observera un renouvellement d’engouement pour le ski chez soi.

Souvent, on a l’impression que c’est toujours plus beau très loin, mais directement dans notre cour, il y a des joyaux incroyables qu’on peut aller chercher, précise-t-il. Je pense que ça va apporter une différente sauce, l’année prochaine, à tous les films qu’on va voir. Et fort probablement qu’on pourra découvrir, avec tous ceux qui vont nous envoyer des projets, de beaux endroits qu’on avait oubliés, qu’on ne regardait plus parce que c’était chez soi et on voulait aller ailleurs.

Kim Lamarre acquiesce. Si elle caresse actuellement le projet de se rendre dans l’Ouest canadien pour transposer son style de ski urbain en grande montagne, elle entend plutôt tourner cette saison des images chez elle, à Québec.

En ce moment, voyager, se déplacer, se mettre à risque, ce n’est pas idéal, convient-elle. Moi, j’ai beaucoup de gens à l’international qui veulent venir à Québec pour filmer du ski urbain parce que c’est une des meilleures places au monde. Pourquoi ne pas profiter de ce qu’on a et explorer à 110 % tout ce qu’on a à offrir ici?

À voir au festival de 2021, peut-être. Reste à savoir où et comment.

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