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Pier-Olivier Lestage vise la NFL … sans pouvoir jouer cet automne

Un joueur de football, vêtu de blanc et arborant du maquillage noir sur le visage, regarde devant lui sans son casque.

Pier-Olivier Lestage

Photo : courtoisie : Carabins / James Hajjar

En 2020, la réponse à la question banale « comment ça va? » n’est plus aussi automatique qu’elle l’était auparavant. Le joueur de football des Carabins Pier-Olivier Lestage a pris quelques secondes pour y penser lorsqu’on lui a posé la question. 

Je dirais que ça va relativement bien, a répondu le colosse, en conférence vidéo. C’était plus dur cet été, avec toute l’incertitude, maintenant que la saison est annulée, on doit vivre avec cette réalité. C’est sûr que j’aimerais jouer au football, mais je ne contrôle pas ça.

Lestage, comme tous ses collègues athlètes universitaires, a eu sa routine automnale chamboulée. Depuis 10 ans, ses moindres temps libres étaient consacrés au football. Pas cette année. 

Il a perdu le fil de l’horaire des matchs qu’il aurait dû jouer avec l’Université de Montréal. Ses applications de réseaux sociaux lui rappellent toutefois qu’à la même date l’an dernier, il affrontait, par exemple, ses rivaux du Rouge et Or. 

Ce qui tombe mal, c’est que la saison 2020 devait être sa dernière année dans les rangs universitaires, puisqu’il devrait faire le saut au football professionnel en 2021. 

La centrale de recrutement de la Ligue canadienne classe le garde originaire de Saint-Eustache au 11e rang des espoirs en vue du prochain repêchage et le meilleur parmi les joueurs évoluant au Canada. 

Lestage, 23 ans, a aussi de grandes aspirations au sud de la frontière, fermée au moins jusqu’à la fin novembre. 

Je rêve à la NFL depuis que j’ai commencé le football et j’y crois beaucoup, explique Lestage. Plus ça avance, plus je suis confiant en mes capacités. J’ai encore beaucoup de travail à faire, notamment sur ma flexibilité, pour pouvoir jouer avec mon centre de gravité plus bas. Puisque les gyms sont fermés en ce moment, j’ai du temps pour travailler cet aspect. J’ai aussi adopté un nouveau plan alimentaire.

À 1,91 m (6 pi 3 po) et 138 kg (305 lb), Lestage est imposant par rapport à la moyenne des ours. Mais dans un monde de géants, comme celui de la NFL, son gabarit sort moins de l’ordinaire pour un garde.

Il est capable de frapper très fort un joueur en le gardant longtemps devant lui, confie Mathieu Pronovost, entraîneur de la ligne offensive des Carabins. Il a du chien et bien qu’il pèse plus de 300 livres, il court comme ça ne se peut pas. Il a un pourcentage de gras d’environ 21 % et il se déplace vraiment bien.

Pour maximiser ses chances de jouer dans la plus grande ligue de football du monde, il songe à faire le saut à la position de centre, une position qu’il n’a occupée qu’à l’entraînement. 

Les équipes de la NFL n’ont pas toujours un joueur de centre qui a joué au centre de la ligne dans les rangs universitaires, précise Mathieu Pronovost. Ils vont bien souvent déplacer des gardes au centre et des bloqueurs à la position de garde. J’ai assisté à des camps dans la NFL et je pense qu’il pourrait jouer aux deux positions.

Par exemple, à l’Université McGill, Laurent Duvernay-Tardif a joué au poste de bloqueur, à l’extrémité de la ligne offensive, avant d’être muté à la position de garde, à l’intérieur, avec les Chiefs. 

Un joueur de ligne offensive, vêtu de bleu et d'un casque blanc, soulève un coéquipier après un touché inscrit lors d'un match de football.

Pier-Olivier Lestage soulève son quart-arrière Dimitri Morand après un touché.

Photo : courtoisie : Carabins / James Hajjar

Par chance, Lestage habite avec Dimitri Morand, l’un des quarts des Carabins. Les deux passent donc du temps à l’occasion au parc à peaufiner ses remises. 

Je dois continuer à progresser pour devenir plus à l’aise dans ce rôle, explique Lestage. Je dois être le plus régulier possible dans mes remises. Je n’aurais jamais pensé que ça serait aussi utile que ça que d’habiter avec un quart, mais là, ça aide.

Jouer avec du chien, mais en contrôle

En entrevue, le jeune homme est calme, posé. Dans la vie, il parle peu et ne s’est jamais battu. 

Sur le terrain, c’est une autre histoire. Il admet que les fils se touchent parfois dans le feu de l’action. Il doit canaliser son agressivité et a dû apprendre à gérer ses émotions. 

À ma première et deuxième année, j’accumulais les pénalités, explique Lestage. Je me souviens d’une partie contre Concordia, je pense qu’au total, j’avais été puni quelque chose comme 65 ou 70 verges. Si mon agressivité aide l’équipe, des pénalités répétées pour rudesse, ça coûte cher chaque fois. J’ai travaillé cet aspect avec mon entraîneur pour éliminer ça de mon jeu et je suis fier d’avoir écopé de seulement trois pénalités lors de la dernière saison.

Reste que pour Lestage, l’agressivité fait partie intégrante de son identité sportive. Une nécessité, selon lui, pour progresser dans son sport. 

Pour moi, le football est un jeu d’intimidation, même si le mot est péjoratif, il faut être agressif et ne pas avoir la langue dans sa poche, explique l’étudiant au certificat en psychologie. Il faut d’abord montrer à l’adversaire que tu es confiant en tes capacités. Être le meilleur, ça commence là. C’est primordial pour les joueurs de ligne, parce qu’on se cogne dessus chaque jeu et nos matchs ressemblent à des bagarres de rue. Il faut amorcer chaque jeu avec la mentalité de défoncer le gars devant toi.

Un joueur de football vêtu de blanc et de bleu s'apprête à bloquer un rival vêtu de rouge.

Pier-Olivier Lestage lors d'un match des Carabins

Photo : courtoisie : Carabins / James Hajjar

Au-delà du chien qu’il démontre, Lestage se fait remarquer par le sérieux de sa démarche. 

C’est un athlète complet, qui se prépare très sérieusement, affirme Mathieu Pronovost. Il comprend bien le jeu, il fait les bonnes choses techniquement et tactiquement. Les gars qui percent dans le football professionnel, ce sont des gars qui ont commencé à faire des choix de pro bien avant de jouer pro. C’est son cas, parce qu’il fait toujours ce qu’il a à faire et même plus.

À l’arrêt pendant que la NCAA roule à plein régime

Pier-Olivier Lestage ne sait pas encore ce que les prochaines semaines lui réservent. Il sait qu’il ne jouera pas de match, mais il espère au moins que les gymnases d’entraînement pourront ouvrir leurs portes de nouveau. 

Il a beau avoir des poids et des élastiques pour s’entraîner à la maison, c’est insuffisant pour un homme de sa force qui espère ajouter une douzaine de livres à sa charpente d’ici les prochains mois. Il ne peut se permettre financièrement d’acheter tout l’équipement dont il aurait absolument besoin pour s’entraîner de façon optimale. 

Il pourrait s’exiler quelque temps pour travailler avec un spécialiste au Tennessee, par où sont passés Laurent Duvernay-Tardif, Antony Auclair, Mathieu Betts et Marc-Antoine Dequoy, tous représentés par Sasha Ghavami, aussi l’agent de Lestage. 

Pour l’instant, il ronge son frein, pendant que les joueurs de la NCAA disputent leur saison normalement, des joueurs avec qui il est en concurrence dans sa quête d’un éventuel poste dans la NFL. 

Je trouve ça frustrant de voir que ces joueurs-là ont une plateforme pour se mettre en valeur comme s’il n’y avait pas de COVID, admet Lestage. J’ai vu quelques matchs devant des gradins presque aussi remplis que lorsqu’il ne se passait rien dans le monde. Nous, on ne joue pas nos matchs parce qu’on est plus encadrés. De voir qu’ils peuvent jouer parce qu’ils font moins attention, c’est frustrant, je ne mentirai pas.

Mais Lestage a bon espoir que les bandes-vidéo qui mettent son jeu en valeur sauront susciter l’attention de recruteurs de la NFL. Il va notamment les envoyer à Paul Alexander, une sommité parmi les entraîneurs de ligne offensive qui l’avait d’ailleurs invité à un camp de perfectionnement au printemps avec d’autres espoirs de la NFL. 

Il souhaite aussi être invité à un match des espoirs, possiblement l'East-West Shrine Bowl en Floride en janvier. L’organisation invite traditionnellement deux Canadiens chaque année. 

Un entraîneur, vêtu de bleu, montre une séquence vidéo à des joueurs de football réunis autour de lui lors d'un match.

L'entraîneur de la ligne offensive des Carabins Mathieu Pronovost

Photo : courtoisie : Carabins / James Hajjar

Logiquement, c’est lui qui devrait y aller puisqu’il est le joueur le mieux classé en vue du repêchage de la Ligue canadienne, avance Mathieu Pronovost. Je vois difficilement comment il pourrait être écarté, mais mon jugement est certes biaisé parce que c’est mon joueur, je l’aime et je veux qu’il atteigne ses objectifs. Ce serait assurément une occasion d’obtenir de la visibilité de plus.

Reste à voir si la semaine d'entraînement et le match auront lieu et si des joueurs canadiens y seront invités. 

Pier-Olivier Lestage fait confiance à la vie. Il contrôle bien peu de paramètres dans sa quête d’une carrière professionnelle, sauf peut-être la plus importante. 

La confiance qu’il a ce qu’il faut pour jouer chez les pros.

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