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Le vide, un défi pour les jeunes athlètes

Une femme dans un gym avec des gants de boxe. Elle semble se concentrer.

L'arrêt du sport organisé en zone rouge a ébranlé plusieurs athlètes.

Photo : Getty Images / SolStock

Josie-Anne Taillon

La deuxième mise sur pause de la pratique des sports organisés au Québec continue d’ébranler de jeunes athlètes et leur entourage.

Au-delà de la performance, plusieurs d’entre eux se retrouvent devant un calendrier vide, sans l’occasion de fréquenter le cercle d’amis avec lequel ils partagent une même passion. Pour d’autres, ça peut aller jusqu’à perdre l’environnement où ils se sentent le plus à l’aise.

Sport’Aide, qui s’occupe du bien-être des athlètes québécois, en est témoin dans son service d’aide. Les sportifs, mais aussi leurs parents ou entraîneurs, peuvent appeler, envoyer un courriel ou un message texte à cet organisme si besoin est, et besoin il y a.

Le 5 octobre, la ministre déléguée à l’Éducation, Isabelle Charest, a annoncé l’arrêt du sport organisé dans les zones rouges et en a profité pour rappeler l’existence de Sport’Aide.

La conférence de presse n’était pas terminée que le téléphone sonnait, affirme le directeur général de Sport’Aide, Sylvain Croteau. On a eu des dizaines d’interventions sur ces deux jours-là à faire, et l’on a vu des peaks sur nos plateformes. Au cours des 10 derniers jours, il y a eu une recrudescence.

La hausse n’égale toutefois pas celle d’avril dernier où, certaines semaines, les différentes plateformes de l’organisme ont eu des pics de plus de 300 000 consultations.

L’organisme Sport'Aide a vu le jour en 2018 pour aider les athlètes à propos des questions de violence et de harcèlement. Son mandat s’est élargi en mars dernier avec le confinement imposé par le gouvernement. Depuis le début, Sport’Aide a effectué plus de 700 interventions auprès d’athlètes ou autres.

Sport'Aide (Nouvelle fenêtre)

Par téléphone et SMS

  • 1 833 211-AIDE (2433)
  • 1 833 245-HELP (4357)

Par courriel ou Facebook

L’incertitude, un grand défi

Ce qui ébranle les athlètes n’est pas bien différent du reste de la population. La vie chamboulée, l’incertitude, la tristesse ou la déception. L'une des premières inquiétudes vient du vide.

Ils ont des agendas très occupés, ils ont une pratique demain à telle heure, un match samedi, une compétition dans un mois, rappelle Sylvain Croteau.

La psychologue et préparatrice mentale à l’Institut national du sport (INS) du Québec Amélie Soulard abonde dans le même sens.

Ils savent exactement à quelle heure ils doivent se lever pour aller s’entraîner, aller manger. Leur horaire est très régi, mais quand cette structure-là tombe, ils se trouvent devant un vide et doivent faire preuve d’autonomie. Bien que ce soit quelque chose que l’on veut développer à travers le sport, certains sont assez peu autonomes. Ça crée une difficulté d’adaptation et de l’anxiété de se retrouver devant un flou.

Amélie Soulard, psychologue et préparatrice mentale à l'Institut national du sport du Québec

Le directeur général de Sport’Aide soulève un autre aspect difficile à vivre pour les jeunes athlètes, soit le manque de socialisation.

Le fait de ne plus voir leurs amis, de ne plus voir leurs entraîneurs, de ne pas pouvoir pratiquer leur sport et d’être avec les gens qu’ils aiment côtoyer est difficile, rappelle-t-il. Il y a aussi une réalité chez nos ados : pour nombre d’entre eux, le sport est l'endroit où ils se trouvent le mieux, là ou à l’école. Et on les prive d'un endroit, d'un moment à eux.

Une adolescente est assise au sol, elle se tient le genou. Un entraîneur la réconforte.

Le manque de socialisation peut être très difficile pour les jeunes athlètes.

Photo : getty images/istockphoto / ViewApart

Un autre élément qu’il ne faut pas prendre à la légère à propos de la deuxième vague est qu’elle pourrait être combinée avec la dépression saisonnière.

Je me demande personnellement si la luminosité qui diminue et le fait que l’on ne passe plus autant de temps à l’extérieur, si ça ne va pas avoir un effet négatif supplémentaire sur l’humeur, se questionne Amélie Soulard. Les activités hivernales vont être d’autant plus importantes.

Le sport : ce que je fais, non pas qui je suis

Les conseils offerts aux athlètes et à leur entourage sont assez simples. Soit de conserver une routine, de garder contact avec leur cercle social, que ce soit amis ou entraîneurs. De travailler plus particulièrement certains aspects techniques de leur sport. Un autre conseil qui est martelé, c’est de diversifier les passe-temps ou les loisirs.

On dit qu’il faut se donner de la perspective, explique Amélie Soulard. Donc d’avoir plusieurs domaines d’accomplissement dans notre vie, plutôt qu’un seul domaine, le sport. C’est l’occasion de réaliser que le sport, c’est ce que je fais et non qui je suis, de remettre en question notre identité athlétique et de varier nos activités.

Des enfants font de l'exercice chacun sur leur tapis, dans un gymnase.

Il est important de varier ses activités.

Photo : Getty Images / FatCamera

Quelques athlètes n’ont pas hésité à appliquer ce conseil en suivant des cours supplémentaires au cégep ou à l’université. Certains ont même entendu l’appel du gouvernement qui cherche désespérément du personnel en santé. Comme pour le reste de la population, il y a un besoin de donner un sens à la pandémie, ou même à sa vie.

Particulièrement la deuxième vague amène un questionnement, selon la psychologue. Quelle place je veux que mon sport prenne dans ma vie? Est-ce que je veux que ça continue de prendre autant de place?

Demander de l’aide, pas toujours facile

S’il faut trouver des points positifs à la pandémie, on pourrait affirmer qu’elle a eu pour effet de provoquer une discussion sur la santé mentale au sein du milieu sportif, comme ailleurs dans la société.

À cause de la culture de performance, il peut être difficile et même tabou pour un athlète de demander de l’aide quand le moral ne va plus. Amélie Soulard estime que le contexte actuel a permis d’ajouter des ressources facilement accessibles.

À l'INS, on a engagé une ressource en psychologie clinique qui est disponible pour les athlètes sur place. On va avoir une deuxième ressource clinique qui s’ajoute au début novembre. On s’est aussi mobilisés pour faire des articles, des blogues sur nos médias sociaux, sur nos sites web. Ça a permis de mettre en lumière que c’est important d’aller chercher de l’aide.

Amélie Soulard

Les plus petites organisations ou fédérations qui n’ont pas les moyens d’engager des professionnels se tournent vers Sport’Aide, qui les accompagnent pour bien prendre soin de leurs membres, comme le dit Sylvain Croteau.

Un aspect à ne pas oublier est que ce ne sont pas tous les athlètes qui ont connu ou qui connaissent des difficultés à cause de l’arrêt des sports organisés.

Ceux qui étaient peut-être plus fatigués ou même blessés ont pu en profiter pour se remettre sur pied. Comme le souligne la psychologue Amélie Soulard, on voit vraiment l’éventail complet des émotions.

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