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Goulot d’étranglement sur le marché de l’autonomie dans la LNH

Un joueur en blanc se prépare à une mise en jeu.

Mike Hoffman, auteur de 66 buts au cours des deux dernières saisons, est toujours sans contrat

Photo : Getty Images / Bruce Bennett

Alexandre Gascon

Près de 200 joueurs autonomes de la LNH tapent du pied. Ils n’ont toujours pas trouvé preneur plus d’une semaine après l’ouverture du marché. Plusieurs perdront leur emploi et « ce n’est que le début », prédit un agent.

Allan Walsh, fondateur de l’agence Octagon qui préside aux destinées de Max Pacioretty, de Marc-André Fleury et de Jonathan Drouin, entre autres, constate comme tout le monde que le marché des joueurs autonomes tourne au ralenti durant cette intersaison.

Rien de bien étonnant, on s’y attendait, admet-il.

En date du 16 octobre, soit une semaine après l'ouverture du marché, 118 joueurs autonomes sans compensation avaient paraphé une entente pour une valeur cumulée d’un peu plus de 436 millions de dollars. En une semaine. En 2019, les équipes avaient déjà dépensé un demi-milliard deux heures après l’ouverture du parquet.

Des problèmes de millionnaires, diront certains. Certes, mais n’empêche qu’il y a des dizaines de joueurs, peut-être plus, d’un milieu déjà extrêmement contingenté qui sont en voie de perdre leur emploi et, peut-être, d’abandonner la poursuite de leur rêve.

À l’instar de bien des secteurs de l’économie, le sport professionnel, la Ligue nationale en particulier, est frappé de plein fouet par la pandémie. Le plafond salarial a été fixé pour les deux prochaines années, au moins, et les budgets se sont resserrés.

Certains propriétaires imposent déjà des contraintes à leur directeur général bien en deçà du plafond salarial de 81,5 millions de dollars.

Les équipes planifient normalement un ou deux ans à l’avance et elles le font à partir des prévisions du prochain plafond salarial. Pour 2020-2021, la prédiction était d’un minimum de 84 millions, jusqu’à 88 millions. Les équipes opéraient en fonction de ça, explique Walsh.

Quand la pandémie a frappé l’Amérique du Nord et que la Ligue nationale et l’Association des joueurs ont négocié une nouvelle convention collective avec un plafond fixé à 81,5 millions pour deux, trois, peut-être même quatre ans, les équipes ne voulaient plus accorder de contrat de longue durée. Ça a comprimé le marché des joueurs autonomes, enchaîne le Montréalais d’origine.

Si bien que les vedettes comme Alex Pietrangelo, Torey Krug et Brendan Gallagher reçoivent encore leur part du magot, avec un bémol dans le cas de Taylor Hall quand même, mais les classes inférieures paient la note.

C’est un monde différent, estime pour sa part l’agent Allain Roy.

Les gars qui faisaient entre deux et quatre millions, c’est plus ces gars-là qui se sont fait serrer par le marché.

Allain Roy, agent de joueurs

La classe moyenne de la ligue, toute chose étant relative, se retrouve dans l’eau chaude. Un ancien marqueur de 30 buts comme Andreas Athanasiou, joueur autonome avec compensation, n’a pas reçu d’offre qualificative des Oilers. Mike Hoffman, 66 buts lors des deux dernières saisons, est toujours libre comme l’air, tout comme Mikael Granlund, un centre de 28 ans auteur de campagnes de 69 et 67 points en 2016-2017 et en 2017-2018.

Ça ressemble à une fin d’été où il ne reste pas beaucoup de place dans l’équipe, raconte Philippe Lecavalier de l’agence Quartexx Management. Il ne reste plus beaucoup d’argent. Les équipes vont dire : "Voici mon offre. Je suis intéressé à t’avoir, mais voici le montant qu’on a. Tu décides si tu le prends ou si tu ne le prends pas". Il va y avoir beaucoup d’offres à prendre ou à laisser.

Allain Roy l’a déjà constaté. Il est question de prudence dans les conseils donnés à ses poulains pour leur faire comprendre que la réalité n’est plus la même, conséquemment, leur valeur non plus. Elle a chuté, elle est à la baisse. Ce peut être difficile à encaisser, particulièrement pour les joueurs de soutien de qualité qui ont généralement une seule occasion dans leur carrière de toucher le pactole.

Des hommes discutent à l'extérieur, l'été

L'agent Allain Roy au repêchage de la LNH 2017

Photo : Radio-Canada / Antoine Deshaies

En gros, la loi de l’offre et de la demande a restauré le nouvel équilibre. L’offre abonde, la demande dégringole et, en conséquence, la valeur de bien des joueurs aussi. Il faut parfois faire vite pour ne pas rentrer bredouille.

Avec Radko Gudas (contrat de 3 ans d’une valeur de 7,5 millions avec les Panthers, NDLR) et certains de nos joueurs, on a pris nos décisions très rapidement. C’est ça la grosse différence avec le passé. Si tu as une offre à 2,5 millions, tu attends deux ou trois heures avant de prendre une décision et c’est rendu à 1 million. C’est un peu secouant pour les joueurs, mais je pense que c’est la nouvelle réalité pour un bout de temps, explique Roy.

L’impact de la nouvelle convention

Avant le retour au jeu l’été dernier, l’Association des joueurs (AJLNH) et la ligue ont négocié à la hâte une nouvelle convention collective pour faire face aux impacts financiers de la pandémie. L’entente est valide jusqu’en 2026 et assure que les joueurs rembourseront la moitié des pertes aux propriétaires, quelles qu’elles soient, comme le veut le partenariat 50-50 entre les deux parties.

Autrement dit, lorsque les revenus de la ligue sont à la hausse, le plafond grimpe et les joueurs en bénéficient. La LNH voguait sur une croissance ininterrompue depuis des années. La tempête a maintenant succédé à ce beau ciel bleu et le partage des revenus (et des pertes) à 50 % a de quoi enrager les joueurs.

Ceux-ci prêteront d’ailleurs 10 % de leur salaire aux propriétaires lors de la prochaine campagne et verseront un autre 20 % en fiducie pour pallier les éventuelles pertes, le fameux escrow, source de nombreux mécontentements depuis huit ans. En 2021-2022, le montant prélevé sera de 14 à 18 % selon les revenus de l’industrie, avant de descendre à 10 % en 2022-2023 et de s’établir à 6 % les trois années suivantes.

Tout ça s’est négocié en vitesse et c’est à se demander si les joueurs ne regrettent pas certaines concessions aujourd’hui.

La pandémie n’est pas la faute de la ligue. Ce n’est pas la faute de Gary Bettman. C’est une réalité qui affecte tout le monde.

Allan Walsh, agent de joueurs

C’est facile aujourd’hui pour un agent ou un joueur de dire : "Pourquoi on n’a pas demandé ceci, pourquoi on ne savait pas que ça allait se produire?". Si tu as une bonne connaissance des marchés de la LNH, c’était prévisible. Tout le monde a vu que ça pouvait se passer ainsi. Et ce n’est que le début. Certaines équipes ont dépensé tout l’argent disponible sous le plafond et il y aura entre 150 à 200 joueurs autonomes sur le marché l’été prochain. Ce qu’on a vu jusqu’à présent n’est que le prélude à ce qui s’en vient, laisse tomber Walsh.

Je peux dire que c’était la meilleure solution à ce moment-là. Les joueurs sont majeurs et vaccinés. Ils ont l’Association des joueurs qui était là pour les informer. Ils ont voté et ont pris la décision d’aller de l’avant. Rendu là, je ne pense pas que tu puisses regarder en arrière. Le plafond salarial fixe est là pour rester. Il faut vivre avec, renchérit Lecavalier.

Le frère de Vincent comprend d’ailleurs mal l’obsession des joueurs par rapport au montant prélevé et placé en fiducie sur chacune de leur paie. C’est le principe même d’un partage équitable des revenus où l’argent est mis de côté pour compenser la partie qui n’aurait pas touché sa part, explique-t-il. L’argent semble leur appartenir parce qu’il apparaît dans leur compte, mais, au fond, ne leur appartient pas.

Si le plafond salarial monte, monte, monte et les revenus ne suivent pas le plafond, il va tout le temps y avoir plus d’escrow à payer. Si le plafond reste plus bas et que les équipes sont disciplinées, gardent ça sous contrôle, et que les revenus de la ligue sont hauts, il y a moins d’escrow à payer. Mais tu n’auras pas un aussi gros contrat, décrit-il.

Pour rompre ce cercle vicieux, c’est le partenariat 50-50 qui doit disparaître ou être ajusté.

Une boîte de Pandore qu’on voit mal les propriétaires ouvrir, même lorsque le monde aura retrouvé sa stabilité. De toute façon, l’entente est bouclée jusqu’en 2026. Le marché est en pleine transformation et ne retrouvera pas son élan des dernières années avant bien longtemps, selon les agents consultés pour ce reportage.

Des fois, il n’y a pas un côté gagnant et un perdant. Ça peut être des perdants des deux côtés. Avec la COVID-19, il n’y a pas grands gagnants, conclut Lecavalier.

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