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Le sport s’inquiète pour son avenir même avec l’aide de Québec

Des gants de boxe déposés sur un ring

Boxe Québec, comme d'autres fédérations, traverse des moments difficiles

Photo : Getty Images

Radio-Canada

Les 70 millions de dollars offerts par Québec au sport et au loisir étaient attendus par les fédérations et les organismes sportifs, durement frappés par la pandémie qui secoue le monde depuis bientôt huit mois.

Sans l’intervention gouvernementale, leur infrastructure aurait été encore plus fragilisée.

Selon la ventilation présentée par la ministre Isabelle Charest, 23 des 70 millions de dollars seront attribués aux fédérations sportives par le biais de deux programmes déjà existants liés aux opérations (PSOA) et au soutien de l’excellence (PSDE), ou, si vous préférez, à l’élite sportive.

Sports Québec regroupe 65 fédérations allant du hockey au tennis, en passant par la pétanque. Toutes n’ont évidemment pas le même poids en ce qui a trait du nombre d’adhérents, l’un des critères déterminant leur part du gâteau quand vient le temps de distribuer l’argent.

En temps normal, c’est une enveloppe de 5 millions de dollars que se partagent les fédérations, somme qui n’a pas été indexée depuis plus de deux décennies par les gouvernements qui se sont succédé à l’Assemblée nationale. Le reste de leur budget annuel, ce qui représente souvent près de 90 % de leurs frais, provient des sommes perçues auprès des membres des clubs et de leurs adeptes.

Deux jeunes jukokas au tapis, l'une en blanc et l'autre en bleu

Deux fillettes pratiquent des techniques d'immobilisation sur le tatami, tapis d'exercice et de compétition en judo.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Mageau

Une situation alarmante

Prenons l’exemple du judo. Selon les relevés de 2019, Judo Québec regroupait 120 clubs et près de 6500 membres à travers la province. Sa part du gâteau gouvernemental de 5 millions s’élève à 112 000 $.

Or, avec l’interruption des activités, le confinement, la fermeture des dojos (lieux où se pratique ce sport), le nombre de clubs enregistrés a chuté à 69 et les membres, à 1925, soit une diminution de 70 % des licenciés et une perte financière directe de 280 000 $ pour Judo Québec.

Au moins cinq clubs ont déjà fermé leurs portes de façon définitive, dont le plus important en termes d’inscriptions, le Torakai, qui avait pignon sur rue à Longueuil, dans l’arrondissement Saint-Hubert.

À cela s’ajoutent 26 clubs en situation précaire et 44 autres qui n’ont pas rouvert leurs portes en septembre. Sans l’achalandage et les inscriptions habituelles, ils se voient incapables de faire face à leurs obligations comme le paiement du loyer ou de la facture d’électricité.

L’annulation de rendez-vous et d’événements comme les championnats provinciaux, les championnats canadiens, la Coupe Canada et les Championnats panaméricains, qui devaient tous deux être présentés à Montréal, a aussi privé la fédération d’importants revenus d’appoint.

Un graphique en bâtons.

Ce graphique dénote la situation difficile à laquelle est confrontée Judo Québec

Photo : Courtoisie Judo Québec

Le président de Judo Québec, Patrick Kearney, décrit un état des lieux précaire au moment où arrive cette manne gouvernementale. S’il reconnaît qu’il s’agit d’un pas en avant, il estime que sa barque pourrait encore avoir besoin d’être renflouée si la situation actuelle persiste.

C’est un bon premier pas, mais je pense qu’il faut que l’argent en sport devienne récurrent. Il faut quand même saluer l’augmentation. Il y a encore beaucoup d’argent qui vient des parents, des clubs. Mais tant que je n’aurai pas vu la ventilation de cet argent...

Patrick Kearney, président de Judo Québec

Le dos aux câbles

Le portrait n’est guère plus reluisant du côté de Boxe Québec. La présidente Ariane Brochu-Fortin peint un portrait sombre d’une rentrée fortement affectée par la pandémie.

À peine avait-on obtenu le feu vert de la santé publique, début septembre, permettant la reprise des entraînements en gymnase en petits groupes de quatre, que le passage en zones rouges est venu apposer un cadenas sur cette timide relance.

Résultat: 4 des 115 clubs ont définitivement cessé d’opérer. À l’heure actuelle, à l’échelle du Québec, quatre clubs sur cinq en zones rouges sont fermés temporairement.

En temps normal, Boxe Québec compte environ 5000 membres, dont les deux tiers sont de niveau récréatif ou social. On estime que près de 95 % des membres n’ont toujours pas renouvelé leur carte.

Si la fédération elle-même se tire bien d’affaire, sa présidente s’inquiète pour la santé des clubs qui constituent sa base.

Il faudra voir la flexibilité du ministère quant à la façon de dépenser ça. Je veux vraiment que l’argent se rende aux clubs d’une façon équitable. Ça ne veut pas dire le même montant pour tout le monde, parce que tous n’ont pas la même réalité. Certains gymnases ont un loyer municipal, d’autres, un loyer commercial. On a eu une rencontre (virtuelle) avec toutes les fédérations chez Sports Québec. Il y a encore beaucoup de questions sans réponses.

Ariane Brochu-Fortin, présidente de Boxe Québec
Un cours de karaté

Un cours de karaté

Photo : Radio-Canada / Francis Bouchard

Enfin, Karaté Québec et son président, Danny Morin, indiquent qu’au moins 3 des 128 clubs répertoriés ont déjà fait le choix de ne pas rouvrir.

Le renouvellement des cartes de membres a chuté de 30 % pour une perte sèche de 55 000 $ dans les coffres de cette fédération.

Autre point commun dans le constat des dirigeants de ces fédérations: tous s’inquiètent de la baisse de motivation tant au sein de l’élite qui aspire à une participation olympique que parmi les sportifs des milieux scolaires parascolaires et récréatifs.

L'argent ne réglera pas tout

À Gymnastique Québec, comme dans les autres fédérations sportives, on se dit heureux de l’aide financière gouvernementale, en restant conscient que ça ne règle pas tout.

Le directeur général, Serge Castonguay, espère pouvoir répondre aux plus grands besoins de ses clubs et associations qui regroupent près de 70 000 membres.

C’est sûr qu’on est en train de voir comment on peut ajuster nos budgets et comment ajuster nos structures pour maximiser ces sommes qui viennent du ministère et pour les faire basculer vers les clubs, dit-il.

J’ai fait un calcul rapide de l’aide gouvernementale dans notre cas: 60 % pour nos programmes d’excellence, 60 % pour les opérations. À 100 clubs, si on prenait ces montants-là et on les partageait à nos clubs, c’est 2500 dollars par club. Ça ne sauvera pas grand monde…

Même si l’argent est plus que bienvenu, la solution la plus durable est la reprise des activités.

Selon Serge Castonguay, les sports, et particulièrement les sports individuels, sont prêts à reprendre de façon sécuritaire.

Les devoirs ont été faits, insiste-t-il.

On veut bien jouer notre rôle au niveau de la société et dire que, quand il y a danger, on va arrêter nos activités. Mais le plan de relance qu’on a fait, les possibilités de contamination de la façon dont on gère les plateaux sportifs avec des zones, avec des heures d’entrées différentes, avec des bulles, etc.

Je pense qu’on va devoir assouplir un peu et, j’espère, permettre le retour des activités. Ça va prendre une soupape de sortie pour la société québécoise. À choisir entre les bars et le sport, j’ose espérer que la santé publique va choisir le sport.

Serge Castonguay, directeur général de Gymnastique Québec

(Avec les informations de Jean-François Chabot et de Jean St-Onge)

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