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Analyse

Brendan Gallagher, la pièce maîtresse d’un casse-tête (presque) complet

Brendan Gallagher

Brendan Gallagher

Photo : The Canadian Press / Graham Hughes

Alexandre Gascon

Ce casse-tête qu’assemble avec frénésie et méthode, ironiquement, Marc Bergevin depuis quelques semaines, si bucolique soit-il sur les contours, aurait manqué de couleurs sans l’un de ses morceaux essentiels. Gallagher maintenant sous contrat pour les sept prochaines années, le jeu de patience est terminé.

Voilà pour l’analogie. Vous l’excuserez. Après tout, c’était celle de Bergevin il y a quelques jours.

Quel mélodrame entre la mise sous contrat de Tyler Toffoli et l’annonce, sur les réseaux sociaux, d’une interruption dans les négociations entre le Canadien et le clan Gallagher en début de semaine. Le CH distribuait millions et ententes à long terme à qui mieux mieux et frappait le mur avec l’adjoint au capitaine, le guerrier ultime, le cœur et l’âme de cette équipe, celui qui entraîne dans son sillage dans les tranchées les petits soldats bleu-blanc-rouge? Diantre. Impensable.

Jamais d’impasse, a précisé le DG. Parler de simple mésentente serait plus approprié. Un quiproquo, donc, qui aura duré moins de 36 heures, mais qui a quand même paru une éternité à Gallagher.

Le nœud du problème n’était pas gordien et, rapidement, Bergevin a tenu parole et fait du numéro 11 l’attaquant le mieux payé de son équipe.

Il l’a également pris au pied de la lettre quand Gallagher avait indiqué en septembre que la victoire, ce serait pas mal tout ce qui compte lorsque le temps de signer un nouveau contrat viendrait, entendant par là qu’il voulait voir une ouverture vers la Coupe Stanley et pas une vulgaire petite meurtrière.

Au bout du compte, cette association est celle de deux hommes qui, visiblement, ont plus que du respect l’un pour l’autre, mais une sincère affection.

À deux, voire trois reprises pendant son point de presse virtuel jeudi, Bergevin s'est presque effondré, les larmes aux yeux, lorsqu’il décrivait l’attaquant de 28 ans.

Gally, c’est un joueur spécial, a-t-il déclaré, la voix chevrotante. Il n’a jamais connu un joueur de cette trempe de toute sa carrière, a-t-il admis, et aurait bien aimé jouer à ses côtés. L’histoire d’amour remonte à près d’une décennie.

Bergevin se rappelle l’avoir vu jouer avec Équipe Canada junior en 2012, à Edmonton. À l’époque, il était encore l’adjoint de Stan Bowman à Chicago.

Marc Bergevin gesticule en point de presse

Marc Bergevin en point de presse

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Je l’ai remarqué tout de suite, s’est souvenu Bergevin. À titre de référence, l’équipe canadienne misait cette année-là sur Mark Scheifele, Mark Stone, Jonathan Huberdeau et Dougie Hamilton, entre autres.

Après le repêchage, le Québécois l’a épié tandis qu’il faisait ses premiers pas dans le hockey professionnel, à Hamilton, pendant le lock-out, et l’a gardé à Montréal, de concert avec Michel Therrien, dès l’entame de la campagne écourtée en janvier 2013. Gallagher a été laissé de côté pour le match d’ouverture. Plus jamais de sa vie par la suite.

Clairement, l’association entre les deux hommes est l’une des grandes fiertés de la carrière de dirigeant de Bergevin.

Tu as des joueurs qui nécessitent un peu de gestion, et d’autres qui n’en demandent pas du tout. Gallagher, c’est un gros zéro. En huit ans à Montréal, jamais il ne s’est plaint de quoi que ce soit. Quand ça ne va pas bien, la première chose qu’il regarde, c’est lui. Il n’y a pas beaucoup de joueurs comme ça.

Marc Bergevin à propos de Brendan Gallagher

Qu’on l’encense et le loue, Gallagher n’en a jamais fait grand cas. Son style ne changera pas, assure-t-il, sa préparation estivale titanesque destinée à lui permettre de traverser les affres causées par son jeu physique et sa pugnacité non plus. Il entend honorer la confiance que Bergevin vient de lui témoigner.

Le respect va dans les deux sens, a-t-il tenu à souligner. Je ne peux pas parler de Berg sans parler de passion. Il a un but. C’est ce qu’il m’a dit hier : "On a réglé ça. Maintenant, allons gagner."

Bref, la relation est solide. Mais au-delà des émotions à fleur de peau, ce contrat est bien raisonnable, même dans un marché boiteux.

Depuis trois ans, Gallagher fonctionne à un rythme d’un marqueur de 30 buts (et a atteint ce plateau deux fois). Il est le cinquième marqueur à cinq contre cinq de toute la ligue pendant cette période, devancé par Alexander Ovechkin, Auston Matthews, Connor McDavid et Nikita Kucherov.

Depuis 2017-2018 toujours, qui a le plus de buts dans la LNH lorsque la marque est égale dans un match? Gallagher. Le plus de tirs? Gallagher. Le plus de chances de marqueur de grande qualité? Gallagher. Le plus de passes? Artemi Panarin. C’est important de lire jusqu’à la fin.

Le talent de buteur, peu importe les circonstances, se paie cher. Celui de marqueur opportun? Une valeur inestimable.

Le prolongement de cette association semblait naturel et inéluctable lorsqu’on écoute les deux hommes. Mais l’était-il vraiment? Pièce par pièce, pour reprendre l’analogie du casse-tête, Bergevin a bâti sa formation cet automne. Avec un peu de chance, a-t-il dit, profitant d’une rigueur, d’une austérité financière, pour attaquer ses rivaux sur tous les fronts : soulagement du fardeau fiscal (Jake Allen), échange (Josh Anderson), marché de l’autonomie (Toffoli) et incertitude financière (Joel Edmundson et Jeff Petry).

Ça renvoie à ce que disait Gallagher sur la victoire, sur l’objectif ultime. Sans ces nombreuses manœuvres, qui sait s’il n’aurait pas préféré prolonger sa réflexion plutôt que son entente?

C’est une des plus grosses décisions que j’ai eu à prendre. Il a réglé le dossier de Petry. Chacun de ces joueurs va nous aider. Mais de régler Petry très tôt, c’était important, car il joue un très gros rôle, a-t-il estimé.

On voit le message que Berg envoie à notre groupe. Il croit en nous. C’est à nous de lui donner raison. Il y a encore du travail à faire, mais c’est à nous d’être imputables et de faire le travail. Il n’y a pas d’excuses.

Brendan Gallagher

Marc Bergevin devra vivre et mourir avec Carey Price et Shea Weber, voilà belle lurette que vous le savez. Son avenir, son legs à cette franchise même, sera maintenant toujours intrinsèquement lié à celui de Gallagher. Mieux vaut l’avoir à ses côtés qu’en face, non?

Et maintenant?

Des vacances, a lancé le DG du Canadien, fin renard.

Il reste quelques dossiers sur son bureau, quoiqu’aucun n’apparaisse prioritaire. À une exception près. Celui de Phillip Danault.

Pour la campagne 2021-2022, le CH compte sept attaquants sous contrat, six défenseurs, deux gardiens et quelque 15,5 millions de dollars pour embaucher sept ou huit joueurs. Parmi lesquels Danault. Pas besoin d’avoir gagné le concours de mathématiques du Club Optimiste de sa région dans sa jeunesse pour comprendre que le budget est serré. La marge de manœuvre a considérablement diminué.

Un joueur sera perdu lors du repêchage d’expansion du Kraken de Seattle. Un salaire de moins, mais un contrat de plus à dénicher. Bergevin a d’ailleurs admis que la prolongation de contrat de deux ans accordée au gardien auxiliaire Allen représentait un peu de stratégie, même si on était protégé avec Michael McNiven pour l’expansion.

On a regardé les gardiens qui risquent d’être disponibles, on regarde ça de près. [Si on perd Jake], ça signifie que nous gardons un autre joueur. Ça nous donne plus d’options.

Mais nous digressons.

Danault, donc, est le dernier joueur du noyau dur de la formation sans contrat. Si Bergevin décidait effectivement de s’accorder une pause, bien que tout à fait justifiée, le centre de 27 ans pourrait-il en prendre ombrage? Quel message y lirait-il?

Phillip Danault (24) et Tomas Tatar (90) célèbrent le but gagnant de Brendan Gallagher (11).

Phillip Danault (24) et Tomas Tatar (90) célèbrent le but gagnant de Brendan Gallagher (11).

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Bergevin ne négocie pas en public d’ordinaire. Il l’a répété jeudi. Mais à force d’être interrogé sur son joueur, il s’est défendu en racontant comment il allait le voir jouer régulièrement à Victoriaville lors de son année de repêchage et à quel point il s’était battu avec le directeur du recrutement des Blackhawks en 2011 pour que Danault passe devant un certain Mark McNeill sur leur liste.

Chicago avait deux choix de premier tour cette année-là et avait finalement opté pour McNeill avec le 18e choix avant de sélectionner Danault au 26e rang.

Une autre manifestation, un peu surprenante tout de même, d’un Marc Bergevin au cœur tendre. N’empêche qu’il y a moins d’argent dans la bourse, aussi profondes les poches de Geoff Molson soient-elles.

Le hockey professionnel est parfois sans pitié. Danault sera-t-il le premier à en faire les frais? Quoi qu’on en dise, cet entre-saison n’est pas terminé.

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