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Chronique

Le CH ne pouvait se permettre de laisser Gallagher en plan

Brendan Gallagher

Brendan Gallagher (au centre) a signé une prolongation de contrat de six saisons, mercredi.

Photo : La Presse canadienne / Jeffrey T. Barnes

En convenant d’une entente avec Brendan Gallagher, le Canadien a réglé mercredi une situation qui, si elle avait persisté, serait rapidement devenue intenable.

Mardi après-midi, Marc Bergevin avait d’ailleurs eu un bon avant-goût de ce qui attendait son organisation au cours des prochains mois. Pendant qu’il rencontrait la presse pour commenter la mise sous contrat de l’ailier droit Tyler Toffoli – une quatrième acquisition positive pour le CH depuis le début de la morte-saison –, le DG avait rapidement vu la discussion dévier sur la situation contractuelle de son meilleur buteur, qui est par ailleurs le plus féroce compétiteur de son club.

Plus tôt dans la journée de mardi, l’agent de Gallagher, Gerry Johansson, avait révélé au confrère Pierre Lebrun que les négociations avec le Canadien étaient rompues. Au lieu d’éteindre le feu et de rappeler à quel point Gallagher est important pour le CH, Bergevin s’était lancé dans un discours qui soulignait que le marché de la LNH est actuellement défavorable aux joueurs et que les futurs joueurs autonomes du Canadien fairaient mieux d’en prendre note.

On croyait entendre une nouvelle version de la déclaration qu’a faite Bergevin en juillet 2017 au sujet d’Alex Radulov : C’est sûr qu’on veut ramener Radulov à Montréal, mais pas à ses termes à lui, c’est aux termes du Canadien de Montréal. C’est une décision qu’il a à prendre. S’il veut faire partie d’une bonne équipe à Montréal ou aller ailleurs, ça lui appartient.

Et cette déclaration, on s’en souvient tous, a fort mal vieilli.


Résultat : mercredi matin, tous les médias de l’ensemble du pays spéculaient sur l’avenir de Gallagher chez le Canadien. Et nombreux étaient ceux qui rappelaient que, pas plus tard que la semaine dernière, le même DG n’a pas hésité une seconde à déballer un contrat de 7 ans et 38,5 millions pour accueillir l’ailier Josh Anderson, qui n’a jamais perdu une goutte de sang pour l’organisation.

En août dernier, dans la bulle de Toronto, la bouche ensanglantée et la mâchoire fracturée lors du cinquième match opposant le Canadien aux Flyers, Gallagher narguait ses adversaires. Malgré une fracture l’obligeant à se nourrir avec une paille, il envisageait de rejoindre l’équipe au tour éliminatoire suivant en cas de victoire du CH.

Pour la culture de l’organisation, il aurait été terrible que Gallagher soit placé sur la voie d’évitement et forcé de disputer sa dernière année de contrat, quand Bergevin a conclu des ententes avec tout un chacun depuis le début de l’automne.

Il sourit en conférence de presse à Montréal.

Marc Bergevin a été actif depuis le début de l'entre-saison.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

En avril dernier, j’écrivais ceci au sujet de Gallagher : Si le joueur qui constitue le cœur et l’âme de son équipe – un marqueur de 30 buts, de surcroît – n’a toujours pas signé de prolongation de contrat au début de la prochaine campagne, ça enverra un étrange message aux partisans et, surtout, aux autres membres de l’organisation.

Et ça créera un cirque médiatique semblable à celui qu’ont récemment connu les Islanders de New York et le Lightning de Tampa Bay, quand John Tavares et Steven Stamkos écoulaient leur dernière année de contrat et entendaient le chant des sirènes de l’autonomie dans chaque ville de la LNH.

Bergevin avait alors déclaré que la conclusion d’une entente avec Gallagher constituait sa priorité, mais le fougueux ailier fut loin d’être le premier à passer à la caisse. Là-dessus, il faut toutefois laisser le bénéfice du doute au directeur général. Gallagher avait été le premier à déclarer sur la place publique qu’avant de s’engager avec le Tricolore pour la deuxième portion de sa carrière, il allait attendre de voir si la direction allait lui offrir une chance de gagner.

À cet égard, avec les quatre acquisitions faites au cours des dernières semaines, Bergevin avait certainement relevé le défi avec brio.


Certains lecteurs auront peut-être remarqué qu’ils en sont à la dernière portion de cette chronique et qu’il n’a pas encore été question de la somme consentie à Gallagher ni de la durée de ce fameux contrat.

À mes yeux, cette entente, plus que n’importe quelle autre conclue par le Canadien au cours de la dernière décennie, s’avérait beaucoup plus une chance pour le CH d’affirmer des valeurs fortes qu’une occasion de traduire en dollars une analyse statistique de la production de Gallagher.

La bouche ensanglantée, il se plaint à l'arbitre.

Brendan Gallagher, malgré une mâchoire fracturée, voulait continuer de jouer si le Canadien passait au tour suivant des séries.

Photo : Getty Images / Elsa

Il y a des aspects du jeu de Gallagher qui ne sont comptabilisés nulle part, mais que toutes les équipes compétitives recherchent et chérissent.

Et puis, si vous ne parvenez pas à traiter votre plus féroce guerrier avec le respect qui lui est dû, vous démontrez au reste du monde que votre culture d’entreprise est déficiente.

Cela dit, les statistiques disaient ceci au sujet de Brendan Gallagher :

  • Le talent de marqueur est celui qui est le plus rare et qui se paie le plus cher dans le monde du hockey;
  • Brendan Gallagher a inscrit 86 buts au cours des trois dernières saisons, ce qui fait de lui le 11e ailier de la LNH à ce chapitre, tout juste derrière Anders Lee (88), Artemi Panarin (87) et Alex Debrincat (87);
  • Gallagher a par ailleurs inscrit 72 buts à forces égales, ce qui le place au 5e rang parmi les ailiers de la ligue, devant Brad Marchand (70) et David Pastrnak (71);
  • La production de Gallagher durant les trois dernières saisons (86 buts et 63 passes – 149 points) se compare à celles d’Anders Lee et d’Evander Kane, qui touchent chacun sept millions.

Au bout du compte, Gallagher se retrouve avec un contrat de 6 ans d’une valeur totale de 39 millions, soit une moyenne de 6,5 millions par saison. Il s’agit d’un compromis honorable pour les deux parties compte tenu de l’effondrement des revenus des équipes de la LNH et du gel du plafond salarial, qui aura des répercussions négatives pour les joueurs durant plusieurs années.

Le contrat a par ailleurs été structuré intelligemment. Les saisons les plus lucratives de l’entente se situent au milieu. Gallagher limite donc ses pertes, puisque les joueurs pourraient voir leurs salaires amputés de plus de 60 % la saison prochaine en raison du remboursement de leur imposante dette envers les propriétaires. Sans compter le fait que le prochain calendrier sera probablement écourté et que les salaires seront versés au prorata des matchs disputés.

Mais bon, trêve de comptabilité!

Brendan Gallagher est à bord jusqu’en 2027. Tant pour les partisans que pour les joueurs du CH, il s’agit d’une excellente nouvelle.

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