•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Chronique

Le marché de la LNH s’effondre, mais pas Brendan Gallagher

Un joueur sourit sur la glace pendant un arrêt de jeu

Brendan Gallagher devient joueur autonome sans compensation l'été prochain

Photo : Getty Images / Kevin Hoffman

Il serait intéressant de savoir combien de joueurs de la LNH réalisaient vraiment ce qui les attendait en juillet dernier quand ils ont adopté les termes d’une nouvelle convention collective négociée en catastrophe avec les propriétaires.

La pandémie a stoppé les activités de la LNH à la mi-mars. Les joueurs avaient alors encaissé la presque totalité de leur salaire de la saison 2019-2020. Par contre, les revenus de la dernière ligne droite du calendrier et des séries éliminatoires (totalisant 1,2 milliard) n’avaient pas encore été encaissés. Les joueurs, qui partagent les revenus dans une proportion de 50-50 avec les propriétaires, se sont donc retrouvés avec une dette de 600 millions envers ces derniers.

Pour éponger leur dette, les joueurs et leur association ont convenu d’un mode de remboursement à long terme digne de ceux proposés par les grands magasins de meubles. La plupart des joueurs qui sont présentement dans la LNH seront probablement à la retraite quand la dette de l’AJLNH sera finalement épongée.


Lors des négociations de leur nouvelle convention, les joueurs ont renoncé à leur dernier chèque de paie de la saison 2019-2020.

Ils ont ensuite rapidement mis la main à la pâte. L’encre du nouveau contrat de travail n’était pas encore sèche que 24 équipes s’enfermaient dans des bulles, à Toronto et à Edmonton, afin de disputer des séries éliminatoires estivales. Les joueurs ont ainsi effacé environ la moitié de leur dette. Il leur reste donc quelque 300 millions à acquitter (les chiffres officiels ne sont pas encore connus).

Pour permettre aux propriétaires de récupérer leur dû, les joueurs ont par ailleurs accepté que les masses salariales des équipes soient gelées à 81,5 millions pendant plusieurs saisons. Et ils ont consenti à ce que 20 % de leurs salaires soient prélevés et placés en fidéicommis.

Et parce que les propriétaires manquaient de liquidités, les joueurs ont aussi permis qu’un autre 10 % de leur salaire de la prochaine saison soit prêté aux propriétaires! Ces derniers étaleront le remboursement de ces sommes sur trois ans, à compter de 2023.

Si vous suivez bien l’histoire, les hockeyeurs ont donc, jusqu’à présent, accepté d’amputer leurs salaires de la saison 2020-2021 de 30 %.

Mais ce n’est pas tout.


Parce que la prochaine saison ne commencera que le 1er janvier prochain dans le meilleur des cas, la LNH commence à jongler avec des scénarios de calendriers et 60 et de 48 matchs.

Gary Bettman et Bill Daly disaient tenir mordicus à présenter un calendrier complet de 82 matchs en 2020-2021. Il y a toutefois des limites aux compressions d’horaires qu’on puisse faire. Sans compter le fait que le télédiffuseur américain de la LNH, NBC, diffusera les Jeux olympiques en juillet prochain. On ne pourra donc étirer à saison ad vitam aeternam.

Et puisque les revenus aux guichets risquent d’être à peu près inexistants, les proprios de la LNH se retrouvent probablement dans la même position que les propriétaires de la MLB l’été dernier: un calendrier plus court a sans doute plus de sens d’un point de vue économique.

Si le calendrier est réduit, les joueurs seront payés au prorata des matchs disputés. Un calendrier de 60 matchs signifierait une autre baisse de salaire pour les joueurs, cette fois de 27 %. Un calendrier de 48 matchs entraînerait pour sa part une baisse de 41,5 %. Et ces salaires réduits seraient tout de même amputés du 30% mentionné plus haut.

Mais ce n’est pas tout.

La LNH encaissera encore des pertes la saison prochaine, qui devront à leur tour être remboursées lors de la saison subséquente. Et alouette.

La nouvelle convention collective collective prévoit que la dette des joueurs pourrait s’étaler au-delà de 2026.


Le marché de l’autonomie s’est donc ouvert vendredi dernier sous le signe de l’austérité. On a alors pu voir, clairement, la combinaison des effets du gel du plafond salarial et des compressions budgétaires que les propriétaires imposent aux directeurs généraux.

Seulement 83 ententes contractuelles, totalisant quelque 152 millions de dollars, sont survenues lors de la première journée. À titre comparatif, 197 joueurs avaient trouvé preneur le 1er juillet 2019 et ils avaient paraphé des ententes surpassant les 600 millions.

Cette prudence financière des organisations fait en sorte que, malgré toutes les concessions faites précédemment, les joueurs se font dire que le marché a changé et qu’ils doivent encore revoir leurs attentes salariales à la baisse. Et on assiste à la période la plus folle de l’histoire de la ligue.

Des directeurs généraux comme Julien BriseBois (Tampa Bay) ont sous la main des joueurs talentueux dont ils doivent se départir pour alléger leur masse salariale, mais dont personne ne veut en raison de leur contrat. Son attaquant Tyler Johnson a été ignoré au ballotage. Tyler Johnson!

Certains DG font du délestage en échangeant des défenseurs réguliers ou dominants contre un choix de cinquième ou de troisième tour. D’autres DG échangent des joueurs et des choix de repêchage sans exiger quoi que ce soit en retour. C’est incroyable.

Et des joueurs autonomes de grande qualité signent des contrats d’un an (Taylor Hall avec Buffalo) ou acceptent un salaire inférieur à celui qu’ils avaient la saison dernière, comme Tyler Toffoli l’a fait cette semaine en se joignant au Canadien.


C’est dans ce contexte surréaliste que les négociations ont été rompues cette semaine entre Brendan Gallagher et le Canadien. Et cette histoire fait évidemment beaucoup jaser.

Le meilleur buteur du CH atteindra l’autonomie à l’issue de la prochaine saison. Au cours des dernières semaines, pourtant, Marc Bergevin avait clairement indiqué que la prolongation de contrat de Gallagher constituait sa priorité. Le DG du Canadien avait aussi mentionné qu’il avait l’intention de faire de Gallagher son attaquant le mieux payé.

Il n’est toutefois pas difficile de comprendre qu’on assiste ici à un solide conflit de valeurs. Ce qui semble généreux aux yeux de Bergevin ne l’est pas nécessairement quand on se place dans les chaussures de Gallagher, un joueur qui n’a jamais fait de compromis sur la patinoire et qui réclame son dû.

  • Le talent de marqueur est celui qui est le plus rare et qui se paie le plus cher dans le monde du hockey;
  • Brendan Gallagher a inscrit 86 buts au cours des trois dernières saisons, ce qui fait de lui le 11e ailier de la LNH à ce chapitre, tout juste derrière Anders Lee (88), Artemi Panarin (87) et Alex Debrincat (87);
  • Gallagher a par ailleurs inscrit 72 buts à forces égales, ce qui le place au 5e rang parmi les ailiers de la ligue, devant Brad Marchand (70) et David Pastrnak (71);
  • La production de Gallagher durant les trois dernières saisons (86 buts et 63 passes - 149 points) se compare à celles d’Anders Lee et d’Evander Kane, qui touchent chacun 7 millions;
  • Gallagher touche présentement 3,75 millions. Il joue au sein de la même équipe que Jonathan Drouin, qui gagne 5,5 millions et qui a marqué 48 buts de moins que lui au cours des trois dernières saisons;
  • Et Gallagher vient de voir Marc Bergevin accorder un contrat de 7 ans/38,5 millions (5,5 millions par saison) à un autre ailier droit, Josh Anderson, qui n’a encore jamais disputé une minute de jeu avec le Canadien.

L’agent de Gallagher, Gerry Johansson, a ici une responsabilité très claire: il représente un joueur d’élite et il doit lui obtenir un contrat reflétant cet état de fait.

Par ailleurs, l’actuel contrat de Gallagher ne vient à échéance qu’à la fin de la prochaine saison. Aucun rapport de force ni sentiment d’urgence ne s’exerce encore de part et d’autre. Bergevin a visiblement profité du sentiment d’insécurité que suscite le contexte actuel parmi de nombreux joueurs pour conclure des contrats avec Jake Allen, Joel Edmundson et Tyler Toffoli. Grand bien lui fasse.

Mais Gallagher semble avoir suffisamment confiance en ses moyens pour jouer la partie jusqu’au bout. Malgré la considérable adversité à laquelle les joueurs font face, Gallagher négociera, semble-t-il, de la même façon qu’il joue.

C’est tout à son honneur.

Il célèbre un but.

Brendan Gallagher

Photo : Getty Images / Elsa

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !