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Chronique

La COVID-19 et la LHJMQ : le temps est venu de se réveiller

Gilles Courteau

Le commissaire de la LHJMQ, Gilles Courteau

Photo : Radio-Canada

Rarement un communiqué de presse d’une organisation sportive aura aussi mal vieilli que celui qu’a publié la LHJMQ, lundi dernier, après que le gouvernement du Québec a annoncé que toutes les équipes sportives situées dans les zones rouges devaient cesser leurs activités en raison de la virulence de la deuxième vague de COVID-19.

Cette décision gouvernementale avait pour effet de stopper les activités des Remparts de Québec et de l’Armada de Blainville-Boisbriand au moins jusqu’à la fin du mois d’octobre, alors que les 16 autres équipes du circuit junior québécois pouvaient (jusqu’à ce que leur région tourne au rouge) poursuivre leurs activités.

Très rapidement, le circuit junior majeur québécois avait réagi en exprimant sa déception face à cette décision. Estimant que la conduite du circuit a été irréprochable depuis l’ouverture des camps au mois d’août, les dirigeants de la ligue ont annoncé leur ferme intention de recontacter la Direction de la santé publique afin de soustraire les Remparts et l’Armada aux directives qui frappent quelque 5 millions de Québécois.

Nous allons partager avec la Direction de santé publique du Québec des éléments additionnels qui vont rendre les bulles de l’Armada de Blainville-Boisbriand et des Remparts de Québec encore plus étanches. Nous espérons que ces nouvelles directives seront reçues favorablement par l’organisme étatique. La LHJMQ est convaincue que ces nouvelles mesures viendront encore une fois augmenter la protection de nos joueurs, du personnel et des officiels de notre circuit et permettre à l’ensemble de nos équipes de poursuivre la saison en cours , indiquait la ligue.

Or, à peine quelques heures plus tard, on apprenait qu’un premier cas de COVID-19 avait été détecté au sein de l’Armada. Les tests auxquels ont été soumis les autres membres de l’organisation ont ensuite révélé une importante éclosion : pas moins de 18 joueurs et membres du personnel ont été déclarés positifs.

Le week-end dernier, à ses deux premiers matchs de la saison 2020-2021, l’Armada avait affronté deux fois le Phoenix de Sherbrooke. Or, on a appris jeudi que le Phoenix est aussi aux prises avec une éclosion et que huit membres de cette organisation ont obtenu un résultat positif.

C’est la débandade. Et pourtant, c’était hautement prévisible.

***

Les joueurs de la LHJMQ ne vivent pas dans une bulle, comme le soutiennent les dirigeants de la ligue dans leurs communiqués. Ils vivent en pension dans des familles québécoises normales où l’on retrouve des parents qui travaillent et des enfants qui fréquentent l’école.

Par exemple, s’il y a 22 joueurs au sein d’une équipe, on rassemble dans un vestiaire de la LHJMQ les conséquences des contacts humains que plusieurs centaines de personnes ont eus au cours des jours précédents. Chaque parent de famille d’accueil fréquente des collègues ou des clients dans le cadre de son travail, et chaque enfant fréquente une classe où l’on retrouve 30 autres enfants qui ont aussi des parents qui travaillent dans différents milieux... et alouette!

Ce n’est donc pas une question de bonne conduite, comme le prétendait la LHJMQ dans son communiqué de lundi, qui fait en sorte qu’un joueur puisse ou non contracter le coronavirus.

Même si on l’empêche d’avoir une vie sociale normale et qu’on l’oblige à étudier à distance au lieu de se présenter dans une salle de classe, un jeune homme de 16 ou 19 ans n’est pas responsable des expositions auxquelles sont soumis les gens avec qui il vit ou celles de ses coéquipiers. Ou, comme on l’a durement constaté cette semaine, un joueur ne peut être tenu responsable de l’état de santé de ses adversaires.

***

Lors des récentes séries de la LNH, les équipes vivaient dans de véritables bulles. Cinquante-deux membres de chaque organisation étaient isolés dans des hôtels entourés de barrières hautes de 2,5 mètres dont ils n’avaient pas le droit de sortir, et dans lesquels aucune personne de l’extérieure n’était admise.

En plus, tous ceux qui vivaient à l’intérieur des bulles de la LNH étaient testés quotidiennement – ce qui coûtait une véritable fortune – afin de pouvoir réagir rapidement et circonscrire toute éclosion.

Or, la LHJMQ, malgré les nombreuses expositions auxquelles ses joueurs sont soumis, n’a pas les moyens de faire tester ses joueurs régulièrement. Et il serait pour le moins odieux de permettre à ses équipes d’avoir recours au système public à des fins de prévention parce que le système québécois est débordé et suffit à peine à la tâche pour tester la population.

La méthode retenue par la LHJMQ repose donc sur un système de déclaration volontaire selon lequel, chaque matin, les joueurs et les membres de leur famille d’accueil doivent indiquer dans une application de leur téléphone portable s’ils ressentent des symptômes. Et s’ils n’en ressentent pas, tout est beau, ils peuvent se rendre à l’aréna et participer aux activités de leur équipe.

Les limites de ce système ont toutefois été clairement démontrées cette semaine. Parmi les 18 cas rapportés par l’Armada, 16 étaient asymptomatiques!

Si un premier joueur n’avait pas ressenti de symptômes, combien de personnes les 16 autres asymptomatiques auraient-ils contaminées? En fait, la question doit aussi être posée dans le sens inverse : combien en ont-ils déjà contaminé?

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Dans une étonnante entrevue accordée au 91,9 Sports jeudi matin, l’entraîneur de l’Armada, Bruce Richardson, s’est plusieurs fois félicité du fait que tous ses joueurs soient en santé! On croit rêver.

Le bien-être et la santé de nos joueurs sont ce qui importe le plus pour nous, a-t-il indiqué.

Richardson s’est toutefois montré évasif quand on l’a questionné sur les conséquences de cette éclosion majeure pour les familles d’accueil de ses joueurs. Si les procédures normales ont été suivies, on peut facilement présumer qu’un grand nombre de personnes, adultes et enfants, ont été contraints de se placer en isolement pendant 14 jours parce qu’ils ont été en contact avec des joueurs.

La même chose doit se produire à Sherbrooke.

Combien de journées de travail et d’études seront-elles perdues à cause de ces deux éclosions?

Et alors que le nombre de cas atteint des proportions vraiment inquiétantes au Québec et que le nombre de décès commence à augmenter, combien d’heures les traceurs de la santé publique ont-ils dû consacrer à la LHJMQ pour dresser des listes et communiquer avec les personnes qui ont été en contact avec les joueurs et le personnel des équipes?

Dans une entrevue préenregistrée diffusée jeudi (au terme de laquelle il n’a répondu à aucune question), Gilles Courteau a vanté la collaboration étroite qui existe entre la LHJMQ et la santé publique. Cette opération de relations publiques ne change toutefois rien aux faits : au cours de la dernière semaine, la LHJMQ n’a pas collaboré avec les acteurs du domaine de la santé. Elle leur a compliqué la vie en ajoutant à leur considérable fardeau.

Quand on prend un pas de recul et qu’on regarde objectivement le portrait dans son ensemble, on se demande comment le commissaire Courteau pourra sérieusement approcher la Direction de la santé publique et plaider que la LHJMQ est tellement méticuleuse et spéciale qu’elle doit être exemptée des consignes qui visent à protéger la santé de la population.

***

Tout le monde comprend que les acteurs du hockey junior majeur sont de véritables passionnés. Mais à un certain moment, des questions éthiques plus importantes que la présentation de matchs de hockey junior ne devraient-elles pas s’imposer d’elles-mêmes?

Quand la santé publique déconseille fortement aux citoyens de quitter une zone rouge afin d’éviter la propagation du virus, comme cela a été le cas une semaine avant le début de la saison de la LHJMQ, le premier réflexe d’une entreprise responsable d’assurer la sécurité de jeunes de 16 à 20 ans ne devrait-il pas être, justement, de respecter scrupuleusement cette mise en garde?

Pourquoi la LHJMQ y a-t-elle vu une permission de faire voyager ses équipes étant donné qu’il n’y avait pas d’interdiction formelle?

En tant qu’entreprise implantée dans la plupart des régions du Québec et des Maritimes, la LHJMQ ne devrait-elle pas s’efforcer de faire partie de la solution au lieu de faire partie du problème?

Chaque fois que le nombre de cas augmente dans une région, il faudrait peut-être se rappeler que ce sont tous les citoyens qui sont punis et qui voient leurs libertés restreintes.

Pendant la rédaction de cette chronique, la région de Drummondville s’est ajoutée à la liste des zones rouges du gouvernement du Québec. Les Voltigeurs deviennent donc la quatrième équipe des 18 de la LHJMQ à ne pouvoir tenir de matchs d’ici la fin du mois d’octobre.

Au train où vont les choses, la liste s’allongera sans doute au cours des prochaines semaines. Mais peu importe, compte tenu de tout ce qui précède, le temps est venu pour la LHJMQ de reconnaître qu’elle a placé la charrue avant les bœufs et qu’elle doit interrompre ses activités pour participer à l’effort collectif des Québécois.

La LHJMQ se targue d’être une véritable école de vie pour ses joueurs et de développer des citoyens exemplaires et engagés dans leur communauté. Eh bien, il n’y a pas de moment plus approprié que maintenant pour leur montrer en quoi consiste le sens des responsabilités.

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