•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Chronique

Bagarres dans la LHJMQ : les clubs des Maritimes étaient visés

Ils se donnent des coups.

Le joueur des Cataractes de Shawinigan Marty Doyle et son adversaire des Olympiques de Gatineau David Starenky se battent lors d'un match en 2004.

Photo : Getty Images / Andre Ringuette

Quand un gouvernement décide de modifier l’une de ses lois, il va de soi de vérifier quels groupes au sein de la population seront les plus touchés ou avantagés par les nouvelles mesures. Or, cet exercice s’avère particulièrement intéressant lorsqu’on l’applique aux nouveaux règlements adoptés mercredi par la LHJMQ afin de réduire le nombre de bagarres.

La LHJMQ est composée de 18 équipes, dont 12 sont basées au Québec et 6 dans les Maritimes.

Lorsqu’on leur parle en privé, les dirigeants des équipes québécoises mentionnent souvent qu’il existe un clivage dans la ligue concernant la pertinence, en 2020, de laisser des jeunes de 16 à 20 ans se battre sur une patinoire. Leurs collègues des Maritimes, disent-ils, sont nettement plus opposés à l’abolition des bagarres.

Il y a deux semaines, cette différence culturelle est de nouveau clairement apparue lors d’un premier vote visant à punir plus sévèrement les joueurs qui décident de jeter les gants :

  • 8 des 12 équipes québécoises (66,6 %) ont voté pour des nouvelles mesures;
  • 4 des 6 formations des Maritimes (66,6 %) ont voté contre.

Au total, 10 des 18 organisations de la LHJMQ étaient donc pour une réglementation plus sévère. Mais comme les statuts de la ligue requièrent l’accord d’au moins 12 équipes pour modifier des règles de jeu, la proposition de punir plus sévèrement les bagarreurs a été rejetée, au grand dam du commissaire Gilles Courteau.

La proposition était pourtant très molle. Elle prévoyait que les bagarreurs allaient écoper de 10 minutes de pénalité supplémentaires en plus des 5 minutes déjà prévues aux règlements. Et qu’une suspension d’un match allait s’ajouter automatiquement à compter de la cinquième bagarre au cours d’une même saison.


Parmi les dirigeants d’équipes de la LHJMQ, Patrick Roy était celui qui avait réagi le plus vivement au rejet des mesures proposées.

Le noeud de la guerre est dans les Maritimes. Ils ont un code d’arbitrage différent du nôtre, où ils sont plus permissifs au niveau de la robustesse, avait souligné l’entraîneur et DG des Remparts de Québec.

Il parle devant un micro.

Patrick Roy, entraîneur des Remparts de Québec

Photo : Radio-Canada / Guillaume Croteau-Langevin

Et dans la même veine, Roy avait accusé quatre organisations québécoises (Val d’Or, Rouyn-Noranda, Gatineau et Drummondville, selon La Presse) de faire figure de suiveux dans ce dossier en se ralliant aux récalcitrants des Maritimes.

Jusqu’à mercredi dernier, ces événements ont été suivis de nombreux jeux de coulisses.

La ministre déléguée aux Sports et aux Loisirs, Isabelle Charest, s’était clairement prononcée en faveur de l’abolition des bagarres. Et le décevant vote de la LHJMQ était survenu alors que la ligue était en attente d’une aide gouvernementale importante de 20 millions de dollars de Québec. Sans cet argent, il serait impossible à la LHJMQ de disputer une saison devant des gradins vides en temps de pandémie.

La ministre tenait donc la LHJMQ dans le creux de sa main. Jouissant d’un rapport de force total, elle avait le pouvoir d’imposer facilement une abolition pure et simple des bagarres au hockey junior (par abolition, on entend l’expulsion immédiate des combattants).


En lieu et place, la LHJMQ a tenu un autre vote mercredi. Et cette fois, les dirigeants d’équipes se sont rappelé de quel côté leurs rôties sont beurrées. Ils ont adopté une proposition visant à infliger 10 minutes de punition supplémentaires aux bagarreurs (la même proposition qu’il y a deux semaines) et à suspendre automatiquement les bagarreurs pour une partie à compter d’une troisième bagarre au cours de la saison.

C’est un progrès indéniable. Mais le fait demeure : les bagarres sont encore permises au hockey junior et le gouvernement s’apprête à verser 20 millions à une ligue qui permet à des mineurs de se battre à poings nus. Même si la science est claire quant aux dommages au cerveau qui en résultent et même si lesdites bagarres n’ont aucun effet sur les chances, pour ces joueurs, de faire carrière dans la LNH.


Un lynx sort les griffes.

Le logo des Wildcats de Moncton

Photo : Radio-Canada / François Le Blanc

Le plus ironique de cette histoire, c’est que ce durcissement des règles, imposé par une ministre québécoise, aura moins d’effets au Québec que dans les Maritimes.

Quand on jette un coup d’oeil aux statistiques, on constate avec amusement que les manières de pratiquer le hockey au Québec et dans les Maritimes reflètent presque parfaitement le résultat du premier vote mentionné plus haut.

  • La saison dernière, 19 des 60 joueurs les plus punis de la LHJMQ se sont battus au moins trois fois.
  • Douze des 19 joueurs (63 %) qui se sont battus trois fois et plus portaient les couleurs d’équipes des Maritimes, alors que ces équipes ne constituent que le tiers des organisations de la LHJMQ.
  • Parmi ces 60 joueurs les plus punis, toutes les équipes des Maritimes misaient au moins sur un joueur qui avait disputé trois combats au cours de la saison. Du côté québécois, six équipes (50 %) habillaient un joueur qui avait jeté les gants trois fois.

Au fil des ans, l’intolérance grandissante de la société envers la violence au hockey et diverses mesures adoptées par la LHJMQ ont constamment fait diminuer le nombre de bagarres. On est graduellement passé d’une moyenne de 2,4 bagarres par rencontre en 1993-1994 à une moyenne de 0,9 bagarre en 2007-2008. Et la saison dernière, la moyenne de bagarres se situait à 0,24 par match.

À coup sûr, le nombre de bagarres diminuera encore cette saison dans la foulée des nouvelles règles adoptées mercredi. Il s’agit d’un progrès incontestable.

Au point où nous en sommes, n’aurait-il pas été plus cohérent de donner un dernier coup de barre et de mettre fin à ce débat surréaliste une fois pour toutes?

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !