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Repêchage de la LNH : quelques cibles pour le Canadien au premier tour

Marc Bergevin et Trevor Timmins

Marc Bergevin et Trevor Timmins

Photo : Getty Images / Bruce Bennett

Alexandre Gascon

Le jeu en valait la chandelle, a assuré Marc Bergevin après l’élimination du Canadien du tournoi de reprise de la LNH. Dix matchs relevés contre des adversaires de premier plan, une série remportée et une source d’informations précieuses pour le futur.

Pour cette participation inattendue aux séries éliminatoires, le CH a payé un petit prix, avait dit le DG, soit un recul de sept positions au repêchage (de 9e à 16e).

Qu’est-ce que sept rangs, au fond, quand vous avez enfin l’occasion de mesurer votre équipe et la progression de vos jeunes joueurs face à l’élite de la Ligue nationale? On peut penser, par exemple, que Max Domi, et peut-être même Tomas Tatar, ont perdu des plumes pendant le tournoi.

À l’inverse, Bergevin s’est montré encouragé par les prouesses de Nick Suzuki et de Jesperi Kotkaniemi. Les performances de Carey Price, pleinement reposé, ont rassuré autant l’état-major que les partisans.

Ces évaluations guident déjà les décisions du patron. Ainsi est arrivé le gardien auxiliaire Jake Allen, ainsi Bergevin a été dynamique pour mettre sous contrat le robuste défenseur Joel Edmundson, ainsi l’avenir de cette équipe se conjugue peut-être de plus en plus au présent.

Ces 10 matchs sont donc utiles. Le prix à payer sera-t-il si petit pour autant? Honnêtement, seul le temps apportera la réponse. Mais selon les experts consultés, l’on comprend qu’il pourrait y avoir une bonne différence cette année entre la qualité du joueur disponible au 16e rang plutôt qu'au 9e.

Radio-Canada Sports a interrogé quatre recruteurs de divers horizons à quelques jours du repêchage des 6 et 7 octobre pour dresser un portrait global du premier tour et des cibles qui pourraient intéresser le Tricolore lorsque viendra le temps de parler en plein milieu du peloton.

Cela, évidemment, si Bergevin conserve ce choix. Le DG a affirmé sur différentes tribunes qu’il pourrait bien le mettre aux enchères et l’échanger si l’occasion est belle.

Treize à la douzaine

De l’avis général, il y a de la profondeur dans ce premier tour. Il y a un consensus pour les trois premiers choix, même si l’ordre entre le deuxième et le troisième n’est pas coulé dans le béton. Par la suite, tous les recruteurs consultés s’accordent pour dire que les 20 premiers noms sur les listes dans la ligue sont probablement tous les mêmes, à peu de choses près.

Il y a quand même quelques démarcations.

Il n’y a pas de grandes vedettes, avec probablement une exception [Alexis Lafrenière, NDLR], même si on ne sait pas non plus comment il va se développer. Mais il y a beaucoup de bons joueurs de la Ligue nationale là-dedans. Des gars qui apportent une dimension intéressante dans le top 20, estime un dépisteur d’une formation de l’Est.

Une fois qu’on a passé le premier, les 9 ou 10 suivants, on les évalue en grappe. Tous ces gars-là vont être dans une grappe, considérés comme des A- ou des B+. Nos systèmes d’évaluation se ressemblent tous dans la Ligue nationale. Quand c’est dans la même grappe, une équipe va penser à sa vision. Si ta vision c’est les joueurs de centre qui te font gagner ou un très bon défenseur mobile en arrière, tu vas choisir en conséquence. La question est : comment vont-ils prioriser les joueurs d’à peu près même talent dans la grappe? enchaîne un autre dépisteur.

Nous, en ce moment, il y a 12 joueurs qui nous allument vraiment, ajoute un troisième.

Ce dernier recruteur considère d’ailleurs que le CH se retrouve dans une position fâcheuse. Au-delà de cette impressionnante douzaine, la source se tarit un peu. Au milieu du premier tour, il y aura des choix à faire. Il sera encore possible de tenter le coup de circuit, mais le bon vieux simple au champ droit qui te fait progresser d’un coussin demeure plus probable.

Quelques écueils à éviter également.

Canadien, je les plains cette année, a expliqué un de nos espions d’une équipe de l’Ouest. S’ils ne battent pas les Penguins, ils ont le 9e choix et, cette année, il y a un top 11, 12 très fort. Déjà là, c’est pas évident, mais en plus, Hendrix Lapierre revient au jeu et il est de retour sur les rails.

D’aucuns ne croient que le Canadien repêchera Lapierre avec son 16e choix étant donné l’incertitude autour de la santé du jeune homme, mais, à tout seigneur tout honneur, difficile de ne pas, à tout le moins, le considérer. Il amorce donc la liste des candidats intéressants.

Hendrix Lapierre

On vient de le dire, ce serait surprenant que le CH se prévale de son seul choix de premier tour pour miser sur un point d’interrogation, déjà que le repêchage en est rempli, inutile d’en ajouter.

Lapierre demeure un cas unique. Sans ses nombreuses blessures subies à l’hiver et à l’automne 2019, le Gatinois aurait probablement été considéré comme l’un des 10 premiers espoirs du prochain encan, voire parmi les 5 premiers.

Il attend une passe.

Hendrix Lapierre est originaire de Gatineau.

Photo : Radio-Canada / Vicky Boutin

Il avait amorcé la dernière campagne bien lentement avec seulement 2 buts en 19 matchs avec les Saguenéens de Chicoutimi et plusieurs se demandaient si la commotion cérébrale des derniers mois n’avait pas laissé de traces. Il semblait en avoir subi deux autres l’automne dernier, mais de nouveaux examens, menés à l’initiative de son agence, ont plutôt montré qu’il s’agissait de blessures cervicales. Ç’aurait rassuré la plupart des équipes, murmure-t-on.

Sa prestation de 11 points en 5 matchs à la Coupe Hlinka-Gretzky en août 2019 est encore bien fraîche en mémoire. Et, dans les derniers jours, Lapierre a repris le flambeau lors des matchs préparatoires à la saison de la LHJMQ qu’il a complètement dominés.

Je suis allé le voir en matchs présaison, il est définitivement rétabli, assure un recruteur.

À Shawinigan vendredi, il y avait 42 dépisteurs, tout le monde l’a vu. [Trevor] Timmins était là. S’il ne s’était pas blessé, peut-être est-il un top 5. Mais avec ses blessures, si le repêchage avait eu lieu au mois de juin, il partait au deuxième tour, c’est sûr. Là, il est revenu et sera probablement disponible au 16e rang. C’est difficile parce que si tu le prends et tu rates ton coup, tout le monde va dire : quel mauvais choix. Et s’ils ne le prennent pas et qu’il devient un centre numéro deux à Anaheim dans quatre ans, tu vas te faire…, raconte un de nos hommes.

Ils sont dans une position difficile.

Il est arrivé la même chose à [Alex] Galchenyuk quand il s’est blessé au genou l’année avant le repêchage. Sa blessure n’a finalement pas vraiment eu d’influence sur sa carrière. Laissez passer un gars comme [Lapierre], c’est un pensez-y-bien.

Un dépisteur

Dawson Mercer

Ce garçon présente un minimum de risques. Le genre de proposition tentante au 16e rang si aucun de vos coups de cœur ne s’est faufilé jusqu’à vous.

Le Terre-Neuvien était classé 6e parmi les patineurs nord-américains par le Centre de recrutement de la LNH à la mi-saison. Il a finalement glissé au 10e rang. On lui reproche parfois un manque de flair offensif en dépit de ses 60 points en 42 matchs dans la LHJMQ l’an dernier, réussis, précisons-le, alors qu’il en était déjà à sa troisième année d’expérience dans cette ligue.

Ce que j’aime, c’est sa progression année après année. J’avais des points d’interrogation sur son patin quand il est arrivé. Aujourd’hui, ils ont diminué de 60 %. On dit souvent que ce n’est pas un patineur rapide, mais il trouve le moyen d’arriver à temps dans ses batailles à un contre un ou pour aller récupérer des rondelles libres. Son patin ne me fait pas peur, explique-t-on.

Doté d’un gabarit intéressant pour un ailier à 1,83 m (6 pi) et 81 kg (180 lb), Mercer compense son coup de patin dans la moyenne par sa compétitivité et son sens du jeu. Sans être démuni à l’attaque, comme le confirment ses statistiques.

C’est le genre de joueur que Montréal doit rentrer. Des gars de culture, de compétition. C’est pas le gars qui a le potentiel de Jack Quinn ou de Hendrix Lapierre ou de Mavrik Bourque, mais Mercer, en échange du potentiel, c’est un choix plus sûr. Il va jouer dans la Ligue nationale, sûrement dans ton troisième trio. Ça va peut-être être un gars de 14 buts, 20 passes, mais qui est difficile à affronter. Il joue en désavantage numérique. Il peut remplacer un match dans ton premier trio, il peut jeter les gants, a fait valoir un autre homme.

Jacob Perreault

Un marqueur né, comme son père Yanic, ancien porte-couleurs du Tricolore. Trente-neuf buts en 57 matchs avec le Sting de Sarnia la saison dernière et un tir des poignets qu’un recruteur ne s’est même pas donné la peine de décrire en mots, se contentant d’enchaîner les onomatopées admiratives.

Voilà qui devrait intéresser le Canadien de prime abord? Oui et non.

C’est difficile de comprendre pourquoi tu as un manque de constance et d’éthique de travail dans ton jeu quand ton père est Yanic Perreault, laisse tomber un recruteur.

Un homme interpelle l'un de ses coéquipiers pendant une séance d'échauffement sur la patinoire.

Jacob Perreault est le deuxième pointeur du Sting de Sarnia cette saison, dans la Ligue junior de l'Ontario.

Photo : Radio-Canada / Raphael Guillemette

Son désir de vaincre, son engagement loin de la rondelle, dans son territoire, inquiètent les professionnels de l’évaluation. Son coup de patin est aussi remis en cause, avec quelques nuances, précise-t-on. À l’étonnement général, Perreault a remporté le concours du patineur le plus rapide au match des espoirs l’hiver dernier.

Il les a tous battus : [Alexis] Lafrenière, [Marco] Rossi, et compagnie. Pourtant, tu le vois jouer d’un match à l’autre, tu as l’impression que ce n’est pas un bon patineur […] Ça confirme que c’est l’engagement. Mais c’est un marqueur. Si tu as plus qu’un choix de première ronde, c'est un excellent pari.

Ce n’est pas le cas du CH, mais celui des Sénateurs, des Devils, des Rangers et des Ducks. Ses chances sont plus élevées de sortir en fin de premier tour.

Kaiden Guhle

Vous aurez compris que cette cuvée ne regorge pas de défenseurs complets à l’impressionnant potentiel. Après Jake Sanderson et Jamie Drysdale, c’est un peu moins attrayant.

Kaiden Guhle dispute le poste de troisième défenseur du repêchage à Braden Schneider. Mais tous ceux à qui l’on a parlé préfèrent le premier.

Guhle, un colosse de 1,91 m (6 pi 3 po) et 85 kg (187 lb) comme les aime Marc Bergevin, a amassé un honnête total de 40 points en 64 matchs à Prince Albert l’an passé. Ce n’est toutefois pas son brio offensif qui le distingue des autres. Si le Tricolore se rabat sur lui, ce ne sera pas avec l'espoir de décrocher les étoiles, simplement pour solidifier sa brigade défensive.

L’un de nos espions s’est d’abord fendu d’un long soupir quand on lui a demandé ce qu’il en pensait.

Je l’aime bien, mais il a des limites. Il n’a pas tant d’offensive, il a un bon physique, il patine, il donne une bonne mise en échec. Si le Canadien voulait absolument aller chercher un défenseur, il hésiterait entre lui et Schneider. C’est un peu dans le même genre. Schneider est plus naturellement dur, mais Guhle patine plus.

Il a une présence, a ajouté un autre.

Tous les deux sont de bons défenseurs défensifs avec une petite dimension offensive, une bonne première passe et un bon sens du hockey. Mais ce n’est pas leurs atouts principaux, explique un troisième.

Un défenseur qui peut jouer parmi les six premiers dans ton équipe, c’est une denrée rare. Tout le monde en cherche. Même dans le junior. On veut tous avoir la perle rare. Mais je ne cracherai jamais sur un défenseur qui a un bon potentiel de jouer dans ton top six. Arrangeons-nous pour le développer et qu’ils deviennent top 4.

Un dépisteur amateur de la LNH

Pas le choix qui aurait fait vibrer la foule du Centre Bell si le repêchage avait eu lieu comme prévu à Montréal. Virtuellement, par contre, le problème ne se pose pas.

L’on aurait pu ajouter les noms de Seth Jarvis ou de Jack Quinn, deux attaquants fort talentueux, mais les experts consultés doutent de leur disponibilité si tard dans le repêchage. Si jamais c’était le cas toutefois, le Canadien aurait l’obligation de sauter sur l’occasion selon eux, un peu comme il l’a fait avec Cole Caufield l’an dernier.

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