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Chronique

Après le champagne, des choix difficiles attendent Julien BriseBois

Gros plan d'un homme en conférence de presse

Le DG du Lightning Julien BriseBois

Photo : Associated Press / Dirk Shadd

Le Lightning de Tampa Bay célébrera sa conquête de la Coupe Stanley en compagnie de quelque 15 000 partisans (vive la pandémie!), mercredi soir, au stade Raymond James, le domicile des Buccaneers. Mais aussitôt les célébrations terminées, la cruelle réalité des affaires refera surface et des décisions difficiles devront être prises par la direction de l’équipe.

Le DG du Lightning, Julien BriseBois, savait depuis plusieurs années que la croissance de sa masse salariale allait inévitablement lui causer des ennuis au lendemain de la saison 2019-2020. Cette situation est toutefois exacerbée par le fait qu’au lieu de continuer à croître, pour les raisons que l’on sait, le plafond salarial sera gelé à 81,5 millions de dollars pour les deux prochaines saisons.

Enfermé dans la bulle avec ses hommes pendant les 65 derniers jours, BriseBois s’est livré à une minutieuse tournée de dépistage, assistant systématiquement à tous les matchs qui étaient disputés par les autres formations. Il cherchait ainsi à dénicher des joueurs peu coûteux qui lui permettraient de préserver une formation dominante et qui donneraient une chance à ses hommes de défendre leur titre.

Le noyau du Lightning est à son apogée. Si l'équipe joue minutieusement ses cartes, la coupe restera à sa portée pour encore plusieurs années.


Les échanges effectués par BriseBois en février dernier, à la date limite, confirment que cette réflexion était amorcée depuis très longtemps.

Le Lightning a donné deux choix de premier tour pour acquérir Barclay Goodrow et Blake Coleman. Le prix payé était très élevé à première vue, mais aux yeux du Lightning, la valeur de ces deux attaquants était nettement plus importante compte tenu du fait qu’ils n’allaient respectivement toucher que 925 000 $ et 1,8 million la saison prochaine.

Alors que toutes les bouteilles de champagne n’ont pas encore été débouchées, le casse-tête devant BriseBois ressemble donc à ceci :

  • Le Lightning a 76,2 millions d’engagés en vue de la prochaine saison. Toutefois, il lui manque pas moins de huit joueurs (trois attaquants et cinq défenseurs) pour compléter sa formation.
  • Parmi les joueurs qui n’ont pas de contrat, on retrouve les défenseurs Erik Cernak et Mikhail Sergachev ainsi que l’attaquant Anthony Cirelli. Ces trois jeunes ont de très importantes responsabilités au sein de l’équipe, mais ils sont joueurs autonomes avec compensation et n’ont pas encore droit à l’arbitrage salarial.
  • On peut donc prévoir une somme d’environ 2,6 millions pour eux. Ça signifie que BriseBois aurait alors 78,8 millions de dépenses, mais qu’il lui manquerait toujours deux attaquants et trois défenseurs.
  • Considérons à ce moment que la limite budgétaire de l’équipe sera atteinte. Un DG peut difficilement entreprendre une saison sans se laisser une marge de manoeuvre raisonnable pour parer aux blessures et aux imprévus.

Les deux derniers postes d’attaquants pourraient raisonnablement être pourvus par des jeunes développés au sein de l’organisation. Mitch Stephens, qu’on a vu à plusieurs reprises dans les séries, commandera un salaire d’environ 900 000 $. Alexander Volkov, qui a disputé son premier match des éliminatoires le soir de la conquête, touchera aussi environ 900 000 $. Et le Québécois Mathieu Joseph pourrait peser environ 800 000 $ dans l’équation.

Le gros ailier Pat Maroon, qui a joué un rôle très important cette saison et en séries, jouit pour sa part d’une autonomie complète. Après avoir remporté deux Coupes Stanley consécutives, il serait étonnant qu’il accepte de rejouer à Tampa pour un salaire de débutant. Il avait consenti un intéressant rabais au Lightning et ne touchait que 900 000 $ cette année.

La situation en défense est nettement plus compliquée parce que plusieurs membres de cette brigade jouaient aussi à des salaires très avantageux pour la direction du Lightning. La perspective de remporter une Coupe Stanley fait parfois chuter les exigences salariales de vétérans qui ne sont pas parvenus à vivre une conquête.

Zach Bogosian touchait un salaire supérieur à 5 millions quand les Sabres de Buffalo l'ont largué par-dessus bord en février. Il a abouti à Tampa Bay en signant un contrat de 1,3 million. Kevin Shattenkirk avait vu son contrat à 6,67 millions par saison être racheté par les Rangers durant l’été 2019. Il avait accepté d’aller jouer à Tampa pour seulement 1,75 million. Et Jan Rutta avait accepté une diminution de salaire de près de 50 %, 2,25 millions à 1,3 million pour rester à Tampa Bay.

Ces belles aubaines sont probablement terminées.

En promouvant leur jeune espoir Cal Foote (leur premier choix de 2017) dans la LNH, les dirigeants du Lightning feraient d’une pierre, deux coups. Foote, qui compte deux saisons d’expérience dans la Ligue américaine, ne commandera que 925 000 $ à ses débuts dans la LNH.

Pour maintenir une brigade défensive valable, on voit toutefois mal comment BriseBois pourrait dépenser moins de 3,5 millions pour les deux arrières manquants.

Bref, en fin de compte, il devra sacrifier autour de 7 millions en salaires dans la formation qui lui a permis de remporter la Coupe Stanley.

Il a deux attaquants et trois défenseurs à embaucher, sans compter le ou les joueurs qui devront s'ajouter pour remplacer le ou les salaires délestés.


Et c’est là que la partie devient vraiment intéressante.

Steven Stamkos est le capitaine du Lightning. Il n’est âgé que de 30 ans et il lui reste quatre années de contrat à écouler, à raison de 8,5 millions par saison. C’est un leader et une supervedette. Au cours des trois dernières saisons, il a inscrit une moyenne de 38 buts par tranche de 82 matchs.

N’empêche, le Lightning vient de remporter la Coupe Stanley sans lui. Stamkos a été blessé durant toutes les séries, sauf un match au cours duquel il n’a disputé que 2:47 de jeu.

En incluant Stamkos dans un échange, le Lightning pourrait à la fois régler ses problèmes budgétaires et mettre la main sur de jeunes espoirs de premier plan et/ou des choix de repêchage très avantageux.

Deux joueurs se félicitent.

Steven Stamkos

Photo : Getty Images / Bruce Bennett

En 2017, Tyler Johnson était un membre important du noyau du Lightning quand on lui a consenti un contrat de 7 ans pour 35 millions. Ce n’est toutefois plus le cas. Au cours des séries, il a été le neuvième attaquant pour son temps d'utilisation et il a fait partie de la deuxième unité d’avantage numérique. Il a amassé 4 buts et 3 passes.

À 30 ans, Johnson a encore quatre saisons à écouler à son entente. Il a marqué 29 buts en 2018-2019, mais seulement 14 en 2019-2020. Il pourrait trouver preneur sur le marché, mais assurerait un retour beaucoup moindre que Stamkos. Son départ permettrait toutefois à BriseBois de retrouver une marge de manoeuvre budgétaire sans créer un trop grand vide dans sa formation.

Alex Killorn est un attaquant de puissance jouissant d’une excellente réputation dans la LNH. Diplômé de Harvard, ce joueur de caractère a 31 ans et vient de connaître la meilleure saison de sa carrière, avec une récolte de 26 buts en 65 matchs. Depuis ses débuts dans la LNH, il n’avait jamais franchi le cap des 20 buts.

Le temps est peut-être venu de le laisser partir pendant que sa valeur est à la hausse. Il lui reste trois années de contrat à écouler, à 4,45 millions par saison. Le retour serait intéressant et, là aussi, le DG récupérerait une certaine marge de manoeuvre.

Ondrej Palat touche plus de 5,3 millions par saison. Il n’a franchi le cap des 20 buts qu’une seule fois dans la LNH, mais il vient d’en inscrire 11 dans le fabuleux parcours éliminatoire du Lightning.

Il n’a que 29 ans. Il est membre du premier trio et présente un fabuleux bilan défensif de +131 depuis le début de sa carrière. Si Palat était rendu disponible sur le marché, le Lightning trouverait immédiatement preneur. Il ne fait pas tout à fait partie du noyau de joueurs indispensables à l’équipe, mais pourquoi le sacrifierait-on au juste? Peut-être simplement parce qu’il serait plus en demande qu’un joueur comme Johnson, par exemple.

Les quatre joueurs qui apparaissent comme les plus susceptibles d’être échangés ont le sang bleu, comme disent les Dodgers de Los Angeles. Ils ont grandi dans l’organisation et ont été des piliers sur lesquels le Lightning a bâti pour se maintenir parmi la fine élite de la LNH au cours de la dernière décennie.

On parle donc de décisions très douloureuses à venir pour le jeune DG.

Par contre, on voit mal comment BriseBois pourrait se départir de joueurs qui forment désormais le noyau de son équipe championne.

Brayden Point et Nikita Kucherov n’iront nulle part. Et compte tenu de l’état de la brigade défensive, Victor Hedman et Ryan McDonagh non plus. Ni le gardien Andrei Vasilavskiy. Même Yanni Gourde, qui donne une incroyable profondeur à la ligne de centre en pivotant le troisième trio, apparaît comme un joueur difficile à déplacer.

Le repêchage aura lieu la semaine prochaine. L’intersaison sera fascinante pour les champions de la Coupe Stanley.

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