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Chronique

Lewis Hamilton a commis des fautes à Sotchi, mais pas celles qu'on pense

Lewis Hamilton devance Valtteri Bottas et Max Verstappen.

Lewis Hamilton devance Valtteri Bottas et Max Verstappen.

Photo : Getty Images / JOHN THYS

Le Grand Prix de Russie aurait pu être un grand moment dans l’histoire de la F1 si Lewis Hamilton avait égalé le record de 91 victoires de Michael Schumacher.

À la place, on a eu droit à un coup de sang du champion du monde après avoir reçu pendant l'épreuve deux pénalités de la direction de course.

Il faut dire que le Britannique n'était pas dimanche dans les meilleures dispositions. L’accident de Sebastian Vettel en qualifications l'avait obligé à avorter son dernier tour lancé en pneus mi-durs. Il était passé in extremis en Q3 en chaussant des pneus tendres pour un tour entrepris avec 1,6 seconde à faire dans Q2.

Hamilton savait qu’il partait avec les mauvais pneus, et qu’il n’aurait pas la tâche facile face à son coéquipier Valtteri Bottas, dont la voiture était munie de mi-durs. Il n’était pas du tout certain de pouvoir devancer le Finlandais au drapeau à damier.

Et voilà qu’avant même le début de la course, il a créé sa propre perte, d’un point de vue réglementaire, en boudant l’espace réservé aux simulations de départ. Le Britannique a bien vu qu’il y avait beaucoup de résidus de gomme dans cet espace que tous les autres pilotes ont utilisé sans poser de question (représenté par un rectangle dans le dessin du circuit).

Le circuit de Sotchi, avec la zone permise des simulations de départ (rectangle) et l'endroit où Lewis Hamilton a fait ses simulations (X).Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le circuit de Sotchi, avec la zone permise des simulations de départ (rectangle) et l'endroit où Lewis Hamilton a fait ses simulations (X).

Photo : FIA

En sortant des puits, Hamilton a demandé à son ingénieur s’il pouvait aller faire une simulation de départ un peu plus loin. Une question qui a pris son ingénieur par surprise, et qui a donné la mauvaise réponse :  Affirm, a dit l'ingénieur, un raccourci de Affirmative ou Yes dans le langage des communications radio de l’aviation civile et militaire.

Et le meneur au classement s’est exécuté. Il y a donc eu erreur de l’équipe Mercedes-Benz. Cette conversation a été rendue publique après la course.

NDLR : Le cahier de charge des équipes pour le Grand Prix de Russie stipule au point 19 que les simulations de départ doivent se faire juste à l'extérieur de la zone des puits, qui se termine au feu de circulation, à droite de la sortie.

En réalisant des simulations de départ dans un endroit où il n’y avait pas de résidus de gomme, il a pu en tirer avantage au départ, ce que Mercedes-Benz ne confirmera jamais.

Le Britannique n’est plus un débutant. Il aurait dû y penser, avec l’expérience qu’il a. Pensait-il pouvoir passer sous le radar de la direction de course? Il s’est mal défendu en disant qu’il n’a mis personne en danger.

Son équipe a compris qu’il ne passerait pas sous le radar en voyant jusqu’où il allait pour faire ses simulations, soit à la toute fin de la sortie des puits (voir photo ci-dessous). Ce que l’ingénieur de piste de Mercedes-Benz Andrew Shovlin a admis après la course. Il a très justement noté que si la FIA n’avait pas sévi, des équipes auraient protesté.

Lewis Hamilton fait une simulation de départ à la toute fin de la sortie des puits du circuit de Sotchi. La fin de la sortie est encerclée en noir à gauche.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Lewis Hamilton fait une simulation de départ à la toute fin de la sortie des puits du circuit de Sotchi. La fin de la sortie est encerclée en noir à gauche.

Photo : FIA

Si le moteur de sa W11 avait calé, il aurait obligé la direction de course à sortir le drapeau jaune, car même collé au mur de protection, il aurait mis les autres pilotes en danger puisqu'à cet endroit, les voitures passent à pleine vitesse (325 km/h) sur la trajectoire de course.

Il y a eu double faute, de la part de l’équipe et du pilote. La direction de course devait donc sanctionner, mais de quelle façon? La sanction devait-elle modifier le cours du Grand Prix de Russie? Un recul sur la grille de départ du grand prix suivant aurait-il été plus à propos?

Hamilton a peut-être réussi un meilleur départ que les autres en raison de ses simulations sur du bitume propre. Le pénaliser pendant la course était justifié. Mais pourquoi deux pénalités?

Il a reçu le feu vert de son équipe et a fait deux simulations de départ du même endroit. Il n’y a pas deux fautes, il y a une faute répétée. La FIA a donné une deuxième pénalité parce qu'il n'a pas respecté la vitesse qui doit être constante une fois hors de la zone des puits (article 36.1 du livre des règlements sportifs).

C'est évident qu'il n’a pas respecté cette directive puisqu’il effectuait ses simulations de départ. Ça reste une faute, pas deux.

La double sanction reçue (2 fois 5 secondes d’arrêt aux puits) l’a relégué au 11e rang, et il a finalement pu remonter jusqu’au podium, en 3e place.

Il est utile (et peut-être amusant) de noter que la zone de simulation des départs est située à l'extérieur de la zone des puits. Donc, théoriquement, selon l'article 36.1, chaque pilote qui effectue une simulation de départ est en infraction. La FIA devra encore réviser son livre des règlements.

En fait, la deuxième faute va à l’équipe, qui a fait l’erreur de lui donner le feu vert.

Silence radio

Forcément, Hamilton n’a pas aimé la décision de la FIA, il y a vu une manœuvre pour le stopper, comme il l’a dit dans des communications radio. Or, la conversation a été retransmise à la télévision. Il avait déjà dit à Monza que la FIA cherchait à le ralentir. La patience de la fédération internationale a des limites. Pour ses propos, il est passible de sanction.

Il a commis là sa deuxième faute du Grand Prix de Russie. L'équipe Mercedes-Benz devra lui faire comprendre que le silence radio est de mise quand la colère monte.

Le directeur de course de la FIA Michael Masi a joué l'apaisement en disant que sa porte était toujours ouverte pour discuter avec Lewis Hamilton. Il y a toutefois un sous-entendu : on l'invite à s'exprimer dans un bureau à l'abri des micros plutôt que dans son habitacle.

Les points d'inaptitude

Revenons à l’incident. Il a non seulement reçu deux pénalités de 5 secondes, mais la FIA lui a ajouté deux points à son total de points d'inaptitude. Avec 12 points accumulés sur une période de 12 mois, le pilote reçoit automatiquement une suspension d’une course.

Hamilton était rendu à 10 points. J’utilise l’imparfait, car le directeur de course Michael Masi, qui n’a pas un boulot facile à tout surveiller et à devoir prendre des décisions dans des délais très courts, a fait amende honorable après la course, après avoir entendu Lewis Hamilton et Mercedes-Benz. Il a compris que l’équipe avait commis la faute de lui donner le feu vert.

Il a donc retiré les deux points de pénalité à Hamilton et a imposé une amende de 25 000 euros (39 000 $ CA) à l’équipe. Maigre consolation pour Hamilton. Mais au moins, Michael Masi a montré qu’il peut se montrer réceptif aux arguments des équipes et des pilotes.

Après la révision de la décision de la FIA, Hamilton a encore 8 points d'inaptitude à sa super licence (le passeport pour faire de la F1), et ils ne s'effaceront que le 17 novembre. Il est à 4 points d'une suspension automatique.

Lewis Hamilton pourra dès la prochaine course, le Grand Prix d’Eifel, tenter de rejoindre Michael Schumacher. Et ce sera dans les terres de l’Allemand, sur le circuit du Nürburgring. Le moment et l’endroit seraient bien choisis. En attendant, la FIA doit tirer des leçons de ce qui s’est passé à Sotchi.

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