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Chronique

La LNH, la gérontologie, la survie des Stars et la Coupe Stanley

Il pousse un adversaire.

Corey Perry (à droite) a marqué le but gagnant du cinquième match de la finale.

Photo : La Presse canadienne / JASON FRANSON

La LNH n’a jamais entretenu une relation très rationnelle avec les hockeyeurs plus âgés. Au fil des décennies, les joueurs de plus de 30 ans ou de plus de 35 ans ont parfois été très recherchés, parfois rejetés comme des galeux. Allez savoir pourquoi.

Au début des années 1980, par exemple, on ne retrouvait que 16 joueurs de plus de 35 ans dans la ligue (0,76 par club). Et au début des années 1990, il n’en restait que huit (0,38 par équipe)!

Mais 20 ans plus tard, au début des années 2010, l’expérience des joueurs de 35 ans et plus était à ce point valorisée qu’on en comptait 75, soit une hausse de 837 % et une moyenne de 2,5 par équipe.

Nous sommes maintenant en 2020 et la courbe oscille à nouveau vers le bas. Il y avait seulement 34 patineurs de 35 ans dans la LNH cette saison, soit à peine 1,1 par équipe.

La mode est aux jeunes joueurs dans une époque où les athlètes n’ont jamais été aussi bien encadrés et soignés, non seulement pour repousser l’usure du temps, mais pour continuer à exceller pendant de plus longues périodes.

Pour s’en convaincre, il suffit de se souvenir de ce que des athlètes comme Roger Federer, Michael Phelps et Usain Bolt ont accompli depuis le début des années 2010.

Il regarde un adversaire amortir la rondelle avec sa main.

Joe Pavelski (à droite) occupe le sommet du classement des buteurs des séries 2020.

Photo : La Presse canadienne / JASON FRANSON

***

En 2008 et en 2009 – on ne parle pas ici de l’époque médiévale – les Red Wings de Détroit ont participé à deux finales d’affilée de la Coupe Stanley avec des formations remplies de joueurs de plus de 35 ans. Chris Chelios a soulevé la coupe à 45 ans, Nicklas Lidstrom à 37 ans, Kris Draper à 36 ans et Darren McCarthy à 35 ans. Et on ne parle pas de la position de gardien, qui était défendue par Dominik Hasek (42 ans) et Chris Osgood (35 ans).

En 2009, Lidstrom, Draper, McCarthy et Osgood étaient toujours là. Les Ailes rouges s’étaient toutefois rajeunies en remplaçant Chelios par Brian Rafalski (35 ans) et en poursuivant leur route avec Tomas Holmstrom et Kirk Maltby, qui venaient aussi d’atteindre la mi-trentaine.

L’ex-directeur général des Red Wings Ken Holland avait l’habitude de dire que les hockeyeurs ne perdent pas leur talent en vieillissant.

Bien sûr, leurs capacités physiques diminuent, mais leur talent ne se perd pas. En plus, l’expérience et le leadership de ces joueurs sont extrêmement précieux. Il suffit donc de trouver le bon dosage et de leur offrir un temps d’utilisation optimal pour leur permettre de contribuer au succès de notre équipe, expliquait-il.

***

Pourquoi les joueurs plus expérimentés sont-ils poussés plus rapidement vers la retraite?

Ils sont victimes de motifs économiques. Bien des directeurs généraux règlent facilement leurs problèmes de conformité avec le plafond salarial en insérant dans leur formation des jeunes touchant des salaires peu élevés. Et ces jeunes joueurs de soutien sont remplacés par d’autres encore plus jeunes dès que leur condition salariale menace de s’améliorer.

Il y a deux semaines, en entrevue avec mon savant confrère Alexandre Gascon, Kristopher Letang blâmait aussi le manque de vision des joueurs de la nouvelle génération, qui signent de gros contrats très jeunes sans prendre le temps de se soucier du poids qu’ils exerceront au sein de la masse salariale de leur équipe.

Quand tu parles d’un gars qui a 22 ou 23 ans et dont on sait qu’il deviendra un bon joueur dans la Ligue nationale, choisir d’avoir un salaire de 9 millions au lieu de 11, ça peut faire une méchante différence dans ton équipe. Ça permet au DG de continuer à payer les vétérans qu’il veut garder, disait-il.

En 2018, le président des Maple Leafs de Toronto, Brendan Shanahan, avait livré un tel plaidoyer auprès des trois jeunes surdoués de son organisation : Auston Matthews, Mitch Marner et William Nylander. Shanahan avait toutefois prêché dans le désert et les trois jeunes se sont ensuite précipités vers la caisse pour empocher, respectivement, des contrats qui leur rapportent 11,6, 10,9 et 6,9 millions par saison.

La résultante de ces décisions d’affaires, c’est qu’ils ne seront probablement jamais assez bien entourés pour avoir la chance de remporter la Coupe Stanley.

***

Ce long préambule nous ramène aux présentes séries éliminatoires de la Coupe Stanley et à la magistrale leçon de détermination que nous ont offerte les Stars de Dallas samedi soir.

Le DG des Stars, Jim Nill, provient de l’organisation des Red Wings, où il a longtemps fait partie de l’équipe de direction aux côtés Holland.

Durant l’été 2019, il a procédé à deux acquisitions qui, dans le contexte actuel de la LNH, ressemblaient presque à des actes charitables.

Nill a consenti un contrat d’un an, d’une valeur de seulement 1,5 million, au vétéran attaquant Corey Perry. À 35 ans, il venait de voir son contrat précédent être racheté par les Ducks d’Anaheim.

Perry répondait toutefois au profil tracé plus haut par Ken Holland. Il était une ancienne vedette comptant une conquête de la Coupe Stanley à son palmarès. Perry avait aussi déjà atteint une fois le plateau des 50 buts en plus d’avoir connu une autre saison de plus de 40 buts et plusieurs campagnes de plus de 30 buts. Il avait fait partie d’Équipe Canada. Il avait du vécu.

Il était clair qu’il avait beaucoup ralenti, mais Nill estimait que cet intense agitateur avait encore quelque chose à offrir à son équipe. À condition de l’utiliser intelligemment, bien entendu.

Le DG des Stars a aussi fait un geste d’éclat en accordant un contrat de 3 ans et 21 millions de dollars au capitaine des Sharks de San José, Joe Pavelski. Les Sharks et leur DG Doug Wilson jugeaient qu’à 36 ans, Pavelski n’était plus en mesure de camper un premier rôle chez eux.

Or, un peu plus d’un an plus tard, on peut affirmer que les joueurs du Lightning de Tampa Bay seraient déjà en train de boire dans la coupe Stanley si ces deux embauches n’avaient pas eu lieu. Et que les Stars, qui manquaient auparavant de leadership selon leurs dirigeants, n’auraient probablement jamais atteint la finale de la Coupe Stanley.

Ils célèbrent un but.

Deux joueurs des Stars

Photo : Getty Images / Bruce Bennett

***

Enfermés dans la bulle de la LNH depuis deux mois et acculés au mur par le Lightning, les Stars avaient toutes les raisons du monde samedi de plier bagage et de rentrer à la maison.

Vendredi soir, ils avaient subi une cruelle défaite en prolongation qui lançait le Lightning en avant 3-1 dans la série. Après avoir raté cette chance de recréer l’égalité, les Stars étaient pour ainsi dire morts et enterrés. Il faut remonter jusqu’en 1942 pour retrouver une équipe étant parvenue à combler un tel retard et à remporter la finale.

Meurtris, les Texans n’étaient qu’à un peu plus de huit minutes de l’élimination quand Pavelski a inscrit le but égalisateur qui leur a permis de survivre jusqu’en prolongation.

Avec 13 buts à son actif, il occupe le sommet des buteurs des séries, à égalité avec Brayden Point.

Et en deuxième période de prolongation, le bon vieux Perry s’est faufilé dans l’enclave et qui a patiemment logé la rondelle derrière la ligne rouge pour maintenir les Stars en vie. C’était son deuxième filet du match.

Perry a jusqu’à présent inscrit cinq buts dans les séries, ce qui égale son total de la saison.

Pour ceux qui comprennent l’importance du rôle que peuvent jouer des meneurs au sein d’une équipe, le témoignage d’après-match de Tyler Seguin sonnait comme une douce musique.

Pour nous, le plus gros changement est survenu dans le vestiaire quand ces deux gars-là se sont levés pour nous dire qu’il fallait prendre l’initiative et jouer pour gagner au lieu de passivement attendre qu’une victoire survienne. Au point où ils en sont dans leur carrière, ils savent que c’est difficile de se rendre jusqu’à cette étape et ils ne veulent pas avoir de regrets. C’est pourquoi nous avons joué de façon différente en deuxième prolongation, a expliqué Seguin.

Durant la première période de prolongation, Dallas avait passé quelque 17 minutes sans obtenir de tir au filet...

L’histoire de Pavelski et de Perry montre que les vétérans ont encore leur place dans la LNH et que l’idée voulant qu'elle soit devenue une ligue de jeunes n’est certainement pas aussi absolue qu’on le croit.

Les faits contredisent d’ailleurs cette affirmation parce que, année après année, la Coupe Stanley est presque toujours remportée par une équipe dont l’âge moyen est nettement supérieur à celui de l’ensemble de la ligue.

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