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Organiser un événement sportif en pleine pandémie : un parcours du combattant

Elle court sur une piste cyclable.

Une femme fait de la course à pied avec un masque et des gants.

Photo : anp/afp via getty images / BART HOOGVELD

Josie-Anne Taillon

Les amateurs de courses à pied organisées et autres compétitions sportives n’auront pas eu beaucoup d’événements à se mettre sous la semelle au cours des derniers mois. Pandémie oblige, plusieurs organisateurs ont fait le choix d’annuler l’édition 2020 de leur compétition.

Quelques irréductibles ont quand même voulu offrir un événement organisé aux coureurs et triathloniens. Certains y sont arrivés, d’autres non, mais là où leurs histoires se ressemblent, c’est qu’avec la COVID-19, l’organisation s’est transformée en parcours du combattant.

Des règles strictes

Le Triathlon Esprit de Montréal a eu lieu les 12 et 13 septembre. Au total, 1100 compétiteurs se sont succédé, sans tous se croiser, sur l’île Notre-Dame. Pour respecter les normes de la santé publique, il a fallu faire des choix tels que d’offrir seulement la formule sprint, qui se complète en moyenne en 1 h 30 min.

Les organisateurs ont donc pu offrir trois départs à quatre heures d’intervalle avec un maximum de 200 participants à la fois. Ça, c'était avant que Montréal ne passe en alerte maximale de la COVID-19, ou zone rouge, deux semaines après l'événement.

Et oubliez les départs de masse, les participants devaient attendre sagement leur tour et partir quatre à la fois avec un écart de 15 secondes. Même les supports à vélo respectaient la consigne des deux mètres de distanciation.

Gros plan de supports à vélos.

Des supports à vélos qui respectent les deux mètres de distanciation lors du Triathlon Esprit de Montréal 2020.

Photo : Triathlon Québec / Marie-Hélène Plouffe

La liste des nouvelles mesures sanitaires est longue à énumérer. Le plan établi comptait plusieurs pages et a dû être approuvé par la Ville de Montréal et la Fédération québécoise de triathlon. Le parc Jean-Drapeau a révisé le plan et a demandé des modifications, tout comme le Centre de coordination des mesures d’urgence de la Ville de Montréal.

Vous pouvez ajouter à la liste des intervenants le Service de sécurité incendie de la Ville de Montréal, la Direction régionale de la santé publique ainsi qu’Urgences-santé.

La directrice générale de Triathlon Québec, Marie-Ève Sullivan, souligne qu’elle a eu un doute sur la tenue de la compétition lorsque, 48 heures seulement avant le départ, la Direction régionale de la santé publique a réclamé d’autres changements majeurs au promoteur.

Le départ, vide, du Triathlon Esprit de Montréal 2020

Le départ du Triathlon Esprit de Montréal 2020

Photo : Triathlon Québec / Marie-Hélène Plouffe

Si près du but, ce dernier a réussi à aller de l’avant. La directrice générale reconnaît que ce fut difficile, mais une fois l’événement lancé, il s’est déroulé rondement.

La seule chose qui aurait pu mal fonctionner, c’est que les participants ne soient pas collaboratifs, mais, au contraire, je n’ai jamais vu des gens aussi disciplinés, on était très contents et ceux qui étaient là étaient très contents de participer. On avait les vrais sportifs qui étaient là pour les bonnes raisons, dit-elle.

Quatre hommes au départ de l'épreuve de nage d'un triathlon

Un départ à quatre participants lors du Triathlon Esprit de Montréal 2020

Photo : Triathlon Québec / Marie-Hélène Plouffe

Une annulation à deux semaines du marathon

Malgré des efforts considérables, les organisateurs du Marathon P'tit Train du nord ont dû se résigner à annuler l’édition 2020.

Deux coureurs.

Des coureurs lors du Marathon P'tit Train du nord.

Photo : Marathon P'tit Train du nord

L’événement devait avoir lieu le 4 octobre prochain. Le président fondateur, Alain Bordeleau, affirme que le comité organisateur a passé l’été à faire et refaire des scénarios et à revoir le plan pour satisfaire aux recommandations de la santé publique.

On était prêts, affirme-t-il. On a organisé presque quatre marathons tellement il y a eu de changements et d’adaptations. On a travaillé tellement fort, plus qu’en temps normal.

Toutefois, à la mi-septembre, la santé publique soulève un point qui n’avait pas été mentionné auparavant, soit que selon le décret gouvernemental, les organisateurs doivent s’assurer qu’il n’y a pas plus de 250 personnes sur tout le parcours en tout temps, et pas seulement aux départs et à l’arrivée. À ce moment, le Québec n'avait pas encore haussé ses niveaux d'alerte de COVID-19 pour la région des Laurentides.

Comme le marathon se déroule sur le parc linéaire du P'tit Train du Nord, les organisateurs se sont rendus à l’évidence qu’ils ne pourraient pas remplir cette condition.

Des coureurs lors d'un marathon à l'automne

Des coureurs participent au Marathon P'tit Train du nord dans les Laurentides.

Photo : Marathon P'tit Train du nord

Pendant 42 km de long, c’est la voie publique. C’est difficile de prévoir combien de gens vont aller se promener, difficile de contrôler ces gens-là puisque c’est un parc et il y a beaucoup d’accès. Pour nous, c’était mission impossible, se désole Alain Bordeleau.

Il n’y a pas de mots pour décrire la déception. Comme comité organisateur, on travaille fort et on veut que l’événement se fasse. Mais le plus dur, c’est de dire aux coureurs que ça ne se fera pas. Les gens se sont entraînés, nous ont suivis, y ont cru autant que nous. On avait un oui de la santé publique et la semaine d’après, à cause d’une technicalité, ça ne marche plus.

Alain Bordeleau, président et fondateur du Marathon P'tit Train du nord

Annulation après annulation

La série des Courses thématiques comptait huit événements à son calendrier 2020. Aucun n’a eu lieu.

Le Tour de l’horloge devait se tenir en avril dans le Vieux-Montréal et l’organisation souhaitait bien pouvoir l’offrir aux coureurs à la mi-novembre, mais devant la hausse marquée des cas de COVID-19, la décision d'annuler s’est imposée à la fin septembre.

Le directeur général, Éric Fleury, estime que l’organisation doit donner l’exemple.

Le Tour de l’horloge, il restait presque deux mois, on s’est dit : "À voir comment ça va, faut lancer le message qu’il faut être prudent." C’est aussi un message pour les gens du milieu, on ne voulait pas devenir un milieu d’éclosion.

Des coureurs

Des coureurs lors du Tour de l'horloge à Montréal

Photo : Courses thématiques

Pour chaque course au calendrier, les organisateurs ont évalué les possibilités avec la santé publique. Une procédure longue et complexe et, chaque fois, la décision de ne pas tenir l’événement est venue des Courses thématiques.

L’événement de Saint-Hilaire, on aurait pu le tenir, avec 250 participants et des départs limités sans problème, affirme Éric Fleury. Mais le parcours est en arrière d’une école et on avait un malaise à amener plein de monde là.

Et les coureurs n’étaient pas vraiment au rendez-vous.

Les inscriptions, c’était mort. Dès que ça a commencé, il y a eu 5 % des inscriptions seulement que l’on avait habituellement par jour. Ça rentrait au compte-goutte.

Éric Fleury, directeur général des Courses thématiques

Des règles à revoir?

Pour les trois intervenants, il est évident que tous ces efforts n’ont pas été faits en vain. L’expérience acquise avec la santé publique leur donnera un atout pour la prochaine saison.

La pandémie, c’était l’inconnu, souligne Marie-Ève Sullivan. C’est pour ça que l’on voulait tester le modèle. Si l'an prochain, on a encore des restrictions, on sera déjà prêt à les affronter.

La directrice de Triathlon Québec s’interroge toutefois sur la motivation des promoteurs.

Est-ce que l’on va trouver des comités organisateurs intéressés à organiser des événements avec seulement 25 % des participants et plus de dépenses? Il y a quand même une diminution de 75 % des revenus, les commanditaires seront peut-être plus difficiles à aller chercher, parce qu’il n’y aura pas d’exposants ni de spectateurs. Ce sera un défi.

Des coureurs à l'automne

Des coureurs lors du Marathon P'tit Train du nord

Photo : Marathon P'tit Train du nord

Pour le fondateur du Marathon P'tit Train du nord, l’expérience de cette année démontre que le décret gouvernemental doit être précisé.

On en a parlé avec la santé publique, c’est important que le décret soit clarifié, que des nuances soient apportées pour que des événements comme ceux de courses à pied puissent se tenir, et peut-être faire des différences entre un bar ou un événement intérieur et un événement de course à pied en plein air.

Alain Bordeleau, président fondateur du Marathon P'tit Train du nord

Marie-Ève Sullivan abonde dans le même sens. Les consignes changent rapidement en fonction de l’évolution de la pandémie, j’espère qu’il va y avoir des consignes strictes pour le sport, mais que l’on va continuer à faire bouger les gens.

Saison 2021

Bien malin celui qui pourra prévoir l’évolution de la pandémie, mais une chose est sûre, il serait très étonnant que les athlètes retrouvent les courses organisées telles qu’ils les ont connues.

Des coureurs

Des coureurs lors du Tour de l'horloge dans le Vieux-Montréal

Photo : Courses thématiques

Les organisateurs des Courses thématiques tentaient d’offrir des sites conviviaux, où les inscriptions se faisaient non loin du départ et de l’arrivée. Éric Fleury est bien conscient que ce modèle ne pourra pas rester et qu’il y aura des changements, même au-delà des parcours.

On va devoir déplacer nos départs et arrivées, c'est certain, souligne le directeur général. C’est sûr qu'aux stations de ravitaillement, il n’y aura plus une armée de bénévoles pour donner des verres d’eau, les gens devront être plus autonomes. Faut protéger les bénévoles et le personnel aussi.

Un bénévole porte un masque et des gants pour remettre un verre d'eau à un coureur.

Un bénévole donne un verre d'eau à un coureur lors du marathon de Los Angeles 2020.

Photo : Getty Images / Katharine Lotze

Triathlon Québec évalue la possibilité d’organiser des aquathlons cet hiver.

Ça va dépendre des consignes. En tant que fédération, notre priorité, c’est la santé publique. On veut que les athlètes pratiquent leur sport, mais on doit respecter les recommandations. D’un autre côté, on est capable de faire preuve de créativité, de continuer à offrir des compétitions pour les athlètes. Avoir une population active, c’est une population en santé.

Quant à Alain Bordeleau, il n’est pas inquiet que les coureurs soient au rendez-vous du prochain Marathon P'tit Train du nord, qui est prévu lors de la première fin de semaine d'octobre 2021. Pour preuve, certains ont déjà écrit à l’organisation pour connaître la date de l’ouverture des inscriptions.

Les événements de course à pied, ça contribue à la motivation des coureurs. Ça les stimule, ça motive ces gens-là à bouger. Je pense que c’est très, très, très important que ces événements-là soient relancés et perdurent, conclut monsieur Bordeleau.

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