•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Chronique

Une vague allemande déferle sur la LNH, et ce n’est pas un hasard

Il reçoit les félicitations de ses coéquipiers au banc des joueurs.

L'Allemand Leon Draisaitl a été nommé joueur par excellence de la LNH.

Photo : icon sportswire via getty images / Icon Sportswire

L’incroyable vague de succès que connaît le hockey allemand n’est pas anecdotique ni accidentelle. Elle est bien réelle.

Mine de rien, un événement historique est survenu dans le monde du hockey cette semaine. Leon Draisaitl, l’attaquant allemand des Oilers d’Edmonton, a été proclamé le joueur par excellence de la LNH tant par les représentants de la presse (trophée Hart) que par ses pairs (trophée Ted-Lindsay). 

Il ne s’agit pas d’un mince exploit lorsqu’on tient compte du fait que l’Allemagne, jusqu’à tout récemment, campait un rôle plutôt secondaire sur la scène du hockey international. L’histoire de Draisaitl est encore plus fascinante lorsqu’on constate qu’il n’y a que 21

000 hockeyeurs fédérés en Allemagne, sur une population de quelque 80 millions d’habitants.

Si l’on se fie aux observations du Québécois Stéphane Richer, qui fait carrière en sol allemand depuis 25 ans, le hockey de ce pays connaît de loin les meilleurs moments de son histoire. Et ça ne semble être que le début. Au cours des prochaines années, il faut s’attendre à voir débarquer dans la LNH une toute nouvelle génération de hockeyeurs développés en Allemagne. 

Avant d’aller plus loin, allons-y d’un petit rappel historique fort intéressant. 

Dans les années 1980, deux hockeyeurs originaires de l’Outaouais et portant le nom de Stéphane Richer ont fait carrière dans l’organisation du Canadien. L’un était un attaquant prolifique qui a remporté deux Coupes Stanley. L’autre était un défenseur fiable qui a longtemps roulé sa bosse dans la Ligue américaine et dont le parcours a été ponctué de quelques séjours dans la LNH.

C’est ce dernier Stéphane Richer qui occupe les fonctions de directeur général de l'Eisbären de Berlin, l’un des plus prestigieux clubs de la Deutsche Eishockey Liga (DEL), la ligue de première division allemande. 

Richer a terminé sa carrière de joueur au début des années 2000 après avoir disputé huit saisons dans la DEL, principalement à Mannheim. Il n’a jamais quitté ce pays (professionnellement) depuis. Au fil des ans, Stéphane Richer a occupé les fonctions d’entraîneur en chef à Mannheim et à Cassel. Il a ensuite été le directeur général du club de Hambourg pendant plusieurs saisons avant de prendre les commandes du Eisbären de Berlin.

Très peu de Canadiens, donc, connaissent aussi bien le hockey allemand que Stéphane Richer.


Le DG filait le parfait bonheur quand je l’ai appelé cette semaine. Le camp d’entraînement de son équipe commençait à peine, et les Kings de Los Angeles venaient de prêter cinq de leurs plus beaux espoirs à l'Eisbären : les attaquants Alex Turcotte, Tyler Madden, Akil Thomas, Aidan Dudas et le gardien Jacob Ingham. 

Un joueur manie la rondelle.

Alex Turcotte

Photo : icon sportswire via getty images / Icon Sportswire

Il existe une filière directe entre l'Eisbären et les Kings puisque les deux organisations appartiennent toutes deux à l'Anschutz Entertainement Group (AEG).

Philip Anschutz a reproduit à Berlin ce qu’il a fait à Los Angeles. Il a construit un amphithéâtre ultramoderne autour duquel il a fait jaillir un quartier d’affaires et de divertissement.

Habituellement, c’est surtout nous qui nous utilisons les ressources des Kings. Chaque année, par exemple, nous envoyons deux jeunes Allemands à leur camp de perfectionnement. Mais cette année, c’est l’inverse en raison de la pandémie.

Toutes les équipes de la LNH essaient de placer leurs jeunes joueurs en Europe pour leur permettre de poursuivre leur développement. Selon mon dernier décompte, 85 jeunes appartenant à des équipes de la LNH ont été prêtés à des clubs européens jusqu’à présent, raconte Stéphane Richer.

En plus des cinq espoirs des Kings, l'Eisbären accueille le jeune défenseur Leon Gawanke, un espoir des Jets de Winnipeg. Le Berlinois a disputé son hockey junior au Cap-Breton dans la LHJMQ. Il jouait au Manitoba, dans la Ligue américaine, la saison dernière.

Cet échange de bons procédés est bénéfique pour tout le monde. Ces jeunes que nous accueillons entreprennent leur carrière professionnelle. Ils sortent des rangs juniors ou de l’université. Ils vont se rendre compte que le niveau de jeu est élevé en Europe et ils seront encadrés par de bons vétérans. Ici à Berlin, nos deux vétérans et leaders sont Maxim Lapierre et Pierre-Cédric Labrie.

Ce sera aussi très positif pour nos plus jeunes joueurs de côtoyer des espoirs qui ont presque leur âge et qui viennent d’être repêchés. Ça leur permettra de se comparer et de voir où ils en sont dans leur développement, estime Stéphane Richer.


Jusqu’à quel point les jeunes hockeyeurs allemands seront-ils impressionnés par leurs nouveaux coéquipiers nord-américains? Il y a lieu de se le demander.

L'Eisbären compte dans sa formation l’ailier gauche Lukas Reichel, qui est considéré comme le 11e espoir européen en vue du repêchage de la LNH, prévu dans deux semaines.

Je pense que Reichel pourrait constituer la grande surprise de ce repêchage. Je suis convaincu qu’il sera pris au premier tour. Son niveau d’habiletés est vraiment très élevé et son sens du jeu est incroyable. Il n’a pas encore atteint sa pleine maturité physique, mais sa progression a été vraiment impressionnante au cours de la dernière année. Il est arrivé ici à 17 ans, plutôt timide. Il était naturellement porté à refiler le disque aux vétérans. Or, il est maintenant celui qui veut la rondelle et qui crée des jeux.

Maxim Lapierre a pris Lukas sous son aile. Ils ont joué ensemble pendant presque toute la dernière saison. Lukas a appris les bonnes manières et il a développé d’excellentes habitudes de travail, dit Richer.

À 17 ans au sein d’une ligue professionnelle fort compétitive, Reichel a inscrit 12 buts en 42 matchs la saison dernière. C’est cinq buts de plus que Tim Stützle, qui porte les couleurs du club de Mannheim et qui est identifié comme le premier espoir européen en vue du repêchage.

D’anciens joueurs de la LNH qui ont affronté Stützle dans la DEL soutiennent qu’il connaîtra assurément du succès en Amérique du Nord. Ce n’est pas un mince compliment.

Stützle a absolument tout pour réussir. À 17 ans, confronté à des professionnels qui ont beaucoup de métier, il était un joueur dominant dans notre ligue. Il jouait au sein de la première unité d’avantage numérique de son équipe. Et certains soirs, il était le meilleur joueur sur la patinoire. Ça n’étonne personne ici qu’il soit identifié comme l’un des trois meilleurs joueurs disponibles en vue du repêchage, analyse Stéphane Richer.

Puis, à Munich, on retrouve un autre ailier gauche, John-Jasen Peterka, que la centrale de recrutement de la LNH considère comme le 7e espoir disponible.

Peterka, lui, c’est un pur attaquant de puissance. Il fonce constamment au filet et il possède un bon tir. Il n’est pas un fabricant de jeux. Il n’est pas un passeur. Mais c’est un tireur qui travaille très fort, commente le DG québécois de l'Eisbären.


Joueurs et entraîneurs se tiennent côte à côte après avoir reçu leur médaille d'argent, au centre de la patinoire.

L'équipe allemande de hockey masculin, médaillée d'argent des Jeux olympiques de Pyeongchang

Photo : Getty Images / Bruce Bennett

Quand il regarde le portrait dans son ensemble, Stéphane Richer n’hésite pas une seconde à affirmer que la saison 2019-2020 a été la plus fructueuse de l’histoire du hockey allemand. Il n’y a pas si longtemps, quand l’Allemagne avait atteint la finale du tournoi olympique de Pyeongchang, on disait pourtant la même chose.

Leon (Draisaitl) a remporté le trophée Hart. Et trois Allemands seront probablement sélectionnés au premier tour au repêchage de la LNH, ce qui ne s’est jamais vu.

Pour les jeunes d’ici, qui grandissent dans un pays où le football (soccer) est une religion, c’est énorme! Souvent, les meilleurs jeunes hockeyeurs allemands pratiquent aussi le football et ils doivent faire un choix quand arrive l’adolescence. Les trophées récoltés par Leon et la popularité des jeunes d’ici auprès des recruteurs de la LNH, ça leur montre qu’il existe une voie pour ceux qui choisissent le hockey.

Au cours de la dernière saison, Stéphane Richer raconte qu’il y avait parfois 20 recruteurs de la LNH dans les gradins quand l'Eisbären affrontait Mannheim ou Munich.

Je n’avais jamais vu une telle chose de toute ma vie. Et après les matchs, les recruteurs venaient me voir pour me dire qu’ils étaient impressionnés par le niveau de jeu de la DEL.

Tous ces progrès, souligne-t-il, ne sont toutefois pas le fruit du hasard.

La fédération allemande a imposé des standards aux équipes professionnelles en matière de développement du hockey mineur. On a incité les clubs professionnels à beaucoup investir dans le développement, notamment en fournissant des entraîneurs à temps plein au hockey mineur.

Puis d’autres mesures ont été adoptées. Par exemple, nous étions obligés d’aligner deux joueurs allemands de moins de 23 ans dans nos équipes la saison dernière. Ce quota passera à trois joueurs la saison prochaine. On déploie beaucoup d’efforts pour que les jeunes talents allemands soient encadrés et développés.

L'Eisbären de Berlin possède sa propre académie de développement qui accueille, à compter de 13 ans, de jeunes talents qui participent à un programme sport-études chapeauté par l’organisation.

Les jeunes vivent, étudient et s’entraînent sur le même campus. Ils s’entraînent deux fois par jour, explique Richer.

Et des académies comme celle-là, souligne-t-il, il en pousse un peu partout à travers le pays. Le club de Munich est d’ailleurs en train de bâtir un complexe de quatre glaces qui lui servira de base d’entraînement, mais qui lui permettra aussi de créer sa propre académie.

Leon Draisaitl n’a donc pas remporté les deux plus prestigieux trophées individuels du hockey par hasard cette semaine. De l’autre côté de l’Atlantique, une autre très sérieuse nation de hockey est en train de naître.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !