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Est-ce que la COVID pourrait avoir des effets à long terme sur la santé cardiaque?

Une illustration en 3D montre une personne ayant un malaise au niveau de la poitrine.

Est-ce que la COVID-19 augmente les risques de souffrir de myocardite ?

Photo : iStock / peterschreiber.media

La Presse canadienne

Au cours des dernières semaines, de nombreux étudiants-athlètes ont repris la pratique de leur sport. Avec la pandémie actuelle, les experts en cardiologie se questionnent sur les effets à long terme que le coronavirus pourrait avoir sur les jeunes sportifs.

Des études récentes, mais de petite envergure, ont révélé que certains des patients ayant contracté la COVID ont montré des signes de myocardite lors de leurs examens d'imagerie par résonance magnétique (IRM). 

La myocardite est une inflammation du muscle cardiaque qui est somme toute assez rare et qui disparaît bien souvent par elle-même. Elle peut toutefois être fatale dans certains cas.

On dit souvent que ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts, mais ce n’est absolument pas le cas. Ce qui ne nous tue pas peut causer des séquelles irréversibles à votre corps, affirme le cardiologue montréalais, Christopher Labos. La majorité des gens se remettent de la COVID-19, mais ce n’est pas le cas pour un petit nombre de personnes.

Et ce n’est pas seulement une question de survivre ou de mourir, il peut aussi y avoir des dommages à long terme.

Une étude de l'Université d'État de l'Ohio a soumis 26 athlètes à une IRM. Les examens ont démontré des cicatrices ainsi que d’autres signes de myocardite chez 15 % d’entre eux. Pour 30 %, les chercheurs ont vu des dommages et de l’inflammation qui ne pouvaient pas être liés hors de tout doute au syndrome.

Contact casque à casque entre deux joueurs de football de deux universités américaines.

Sur cette séquence, Tyrell Gilbert (en blanc), de l'Université de Cincinnati, a été expulsé pour avoir visé la tête du receveur Tre Turner lors du Military Bowl le 31 décembre 2018.

Photo : Associated Press / Patrick Semansky

Pour le Dr James McKinney, cardiologue à l'Université de la Colombie-Britannique, la présence de myocardite chez 15 % des participants (4 sur 26) est beaucoup plus élevée qu’attendu.

Toutefois, comme l’étude n’avait pas fait passer des tests d’IRM à ces athlètes avant qu’ils contractent la COVID-19, il n’y a aucune façon de savoir si les cicatrices étaient présentes avant la maladie.

Plusieurs virus de la grippe ont déjà été associés à la myocardite, mais le SARS-CoV-2 pourrait avoir une incidence plus élevée. Nous ne le savons pas encore, souligne le Dr McKinney. Il faudrait faire une étude qui compare les IRM d'athlètes qui ont eu la COVID et d’autres qui ont eu la grippe saisonnière. Peut-être que le coronavirus cause plus de myocardite que la grippe, mais nous ne pouvons l’affirmer pour le moment.

Quand un virus s’attaque au cœur, il cause une réponse inflammatoire, explique Jack Goodman, professeur spécialisé en santé cardiaque à l’Université de Toronto. Le taux de mortalité d’une myocardite virale est d’environ un ou deux par million.

Selon le professeur Goodman, ça n’arrive pas souvent, mais c’est préoccupant.

Les inquiétudes entourant la COVID ont poussé l’Association Big Ten dans la NCAA (qui regroupe les équipes sportives de 14 universités) à annuler le calendrier du mois d’août. La semaine dernière, l’Association a décidé que la saison de football pourrait reprendre le mois prochain.

L’organisme qui gère le sport universitaire au Canada, U Sports, a annulé tous les championnats qui devaient avoir lieu cet automne. Toutefois, la décision de mettre un trait sur toute la saison revient aux universités et aux associations. Quelques séances d’entraînement de football ont lieu même s’il n’y a pas de matchs.

La myocardite a été liée à la mort d’un petit nombre de jeunes athlètes, affirme le Dr McKinney, mais les dangers sont difficiles à évaluer s’il n’y a pas de symptômes.

Parmi les 26 athlètes examinés par l’étude d'Ohio State, seulement deux ont rapporté avoir le souffle court. Les échocardiographies et les électrocardiographies n’ont rien montré d’anormal.

La présence de cicatrices ne signifie pas nécessairement qu’il y a myocardite, selon James McKinney. Et nous ne connaissons pas leur pronostic à long terme. Est-ce qu’elles vont s’en aller d’elles-mêmes? Est-ce qu’elles auront des effets plus extrêmes?

De nombreux athlètes professionnels ont contracté la COVID-19, dont le no 1 au classement de l’ATP, Novak Djokovic, et le secondeur des Broncos de Denver Von Miller. Selon ce que l’on en sait, peu d’entre eux ont développé une myocardite.

Le lanceur de 27 ans Eduadro Rodriguez, des Red Sox de Boston, est l’un d’entre eux. Il a raté la saison de la MLB à cause de sa condition qui serait liée à la COVID selon ses médecins.

Que vous soyez un athlète professionnel ou tout simplement un amateur des gymnases, tous ceux qui se remettent du coronavirus devraient attendre au moins une semaine après la fin des symptômes avant de reprendre l’entraînement, soutient le docteur McKinney.

Vous pouvez reprendre graduellement, mais arrêtez tout de suite si vous ne vous sentez pas bien, affirme-t-il.

Si vous ressentez des palpitations, que votre coeur s’emballe, que vous avez de la douleur, le souffle court ou que vous avez des vertiges ou même des évanouissements, vous devez aller consulter un médecin.

James McKinney, cardiologue à la UBC

James McKinney et le professeur Jack Goodman font partie d’un groupe de cardiologues et d’experts qui écrivent un guide pour la reprise du sport après avoir contracté la COVID-19.

Le professeur souligne que le conseil vaut autant si vous avez eu un rhume ou une grippe, si vous avez encore des symptômes, vous ne devriez pas vous entraîner.

Même si la myocardite est rare, un expert en maladie infectieuse de l’Université McMaster, le Dr Zain Chagla, estime qu’avec la prévalence de la COVID dans le monde, on peut s’attendre à ce que les cas de myocardite augmentent.

La plupart des patients avec une myocardite n’auront pas de séquelles, mais il s’inquiète que certains d’entre eux développent des complications cardiaques chroniques, des insuffisances, ou même des maladies qui nécessiteront des transplantations.

Donc tout ce qui cause la myocardite est préoccupant, dit le Dr Chagla.

Christopher Labos, qui est aussi un épidémiologiste, affirme que la COVID pourrait avoir des effets à long terme sur plusieurs parties du corps, telles que le cerveau, les poumons et le cœur, mais la science n’en connaît pas encore l’étendue.

Il croit que la plupart des jeunes qui attrapent la COVID s’en remettent, mais la meilleure façon d’éviter les complications est tout simplement d’éviter le virus.

Restez à la maison, portez votre masque, lavez vos mains. La base, quoi, conclut Christopher Labos.

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