•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Bagarres dans la LHJMQ : Enrico Ciccone en remet

Enrico Ciccone est en vidéoconférence avec en arrière-plan une peinture et le drapeau du Québec.

Le député libéral et ex-hockeyeur Enrico Ciccone.

Photo : Radio-Canada

Jean-François Chabot

L’ancien dur à cuire et actuel député libéral Enrico Ciccone continue de taper sur le clou. Sans l’abandon des bagarres, il unit sa voix à celle de la ministre Isabelle Charest pour retenir les fonds destinés à la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ).

La position de Ciccone dans le dossier est déjà connue. Il avait clairement fait connaître son désaccord quand, en février dernier, la ligue a choisi de reporter la tenue du vote des propriétaires portant justement sur l’abolition des bagarres.

D’entrée de jeu, très très déçu. Si on regarde partout à travers la planète, les combats, les bagarres, que ce soit en Suède, en Finlande ou dans les collèges américains, sont interdits. Quand on pose la question aux dirigeants de la LHJMQ, ils nous disent que les bagarres sont interdites, on les punit avec un 5 minutes. Elles sont punies, mais sont encadrées et quand même acceptées, a d'abord dit le député de la circonscription de Marquette.

Ciccone, qui est notamment critique de l’opposition en matière de loisirs, de sports et de saines habitudes de vie, croit encore que le levier financier peut s’avérer efficace.

C’est la première question que j’ai posée à la ministre Charest, le 18 août dernier, lors de l’étude des crédits. Est-ce que le financement était conditionnel à l’abolition des bagarres, du moins pendant la pandémie?

Enrico Ciccone, ex-hockeyeur et député à l'Assemblée nationale du Québec

J’ai essayé de jouer indirectement. Je me suis dit, si on est capables juste de l’éliminer pendant la pandémie. On veut qu’il y ait une distanciation, on veut éviter les rapprochements, mais dans les bagarres, on va s’empoigner, avec la sueur, on respire fort, le sang. Au moins, ça va peut-être donner un petit projet-pilote et on va peut-être voir qu’on peut voir du bon hockey sans les bagarres.

Deux joueurs de hockey se battent.

Le joueur des Cataractes de Shawinigan Marty Doyle et son adversaire des Olympiques de Gatineau David Starenky se battent lors d'un match en 2004.

Photo : Getty Images / Andre Ringuette

Jouer dans les portefeuilles

Ciccone rappelle qu’un bon nombre des équipes du circuit québécois sont la propriété d’individus aux poches profondes qui devraient être en mesure de mettre de l’avant un partage des revenus avec les clubs moins riches.

Plusieurs de ces propriétaires sont des milliardaires, que ce soit la famille McCain, que ce soit Québecor. Le partage des revenus existe également. On peut demander l’aide du gouvernement, c’est noble, c’est correct. Ils peuvent le faire. Pourquoi ne pas demander aux équipes les plus nanties de s’aider, à partager les revenus pour un certain temps, pour au moins régler cette précarité pendant la pandémie.

Le levier financier est un outil puissant dans la manche des autorités gouvernementales. Ciccone ne le nie pas. Il souligne toutefois qu’il est important de ne pas écarter les plus petites équipes de l’équation.

L’aspect financier, comme plusieurs entreprises et PME, ici au Québec, il y a cette précarité-là. C’est la même chose avec les équipes de la LHJMQ. Cependant, je pense qu’il faut quand même passer un message clair. On pourrait se servir de ça pour avoir un levier, pour être capable de passer notre message clair. En même temps, il faut supporter les équipes en difficulté.

Enrico Ciccone, ex-hockeyeur et député à l'Assemblée nationale du Québec

Changer les mentalités

Pour Ciccone, il est important de se départir de cette mentalité acquise il y a plus d’un siècle qui permet aux bagarres de se perpétuer au sein de notre sport national.

Souvent ce qu’on me dit aussi, il y en a presque plus de bagarre [...] Ben justement, s’il y en a presque plus, les gens viennent quand même voir le hockey. Je pense qu’on pourrait tout simplement passer à un autre appel. Parce que c’est ancré en nous depuis plus de 100 ans. On a grandi avec le hockey professionnel à la télévision. Ça démontrait une virilité, un caractère, ça démontrait l’aspect gars d’équipe [...] C’était la façon qu’on était programmé, poursuit-il.

Alexis Lafrenière jasant avec Raphaël Lavoie qui part au banc de punition.

Alexis Lafrenière de l'Océanic de Rimouski, Raphaël Lavoie (no 50) et Dawson Mercer des Saguenéen de Chicoutimi, lors d'un match au Colisée de Rimouski.

Photo : Océanic / Iften Redjah

Aujourd’hui, si on regarde la tendance de la LNH au niveau du repêchage, on va repêcher en plus grand nombre des joueurs qui viennent des collèges américains, qui viennent de la Suède, de la Finlande, où c’est du hockey un peu plus scientifique. On ne pourra jamais empêcher deux p’tits gars qui vont se colletailler, qui vont jeter les gants de temps en temps. Ça arrive ces choses-là. C’est humain. Mais si ça arrive, on passe un message clair en disant : "Votre soirée de travail est terminée."

Si la LHJMQ avait changé ses règles pour interdire les bagarres, Ciccone est convaincu que cela aurait envoyé un message clair et positif à la population, et aux parents en particulier.

Quand tu confies ton enfant de 16 ans à des adultes, si on empêche les bagarres, on dit : "Regardez, on va en prendre soin, vous pouvez nous le confier en toute quiétude, il n’y aura pas de bagarres et on ne l’obligera pas à se battre." On a quand même ce débat à tenter de garder nos joueurs au Québec au lieu de les envoyer dans les collèges américains où la bagarre n’est pas acceptée.

Enrico Ciccone, ex-hockeyeur et député à l'Assemblée nationale du Québec

Ciccone ne croit pas que l’on soit arrivé au point de non-retour et que le gouvernement devrait légiférer pour que les choses changent.

Comme législateur, c’est notre devoir de protéger le citoyen. Je ne dis pas qu’on est rendus là. Il y a le levier financier. Madame la ministre (Charest) semble vouloir mettre de la pression. Je la suis là-dedans. À un moment donné, il va falloir qu’on prenne des décisions qui s’imposent du côté des adultes de la LHJMQ pour s’assurer que chaque p’tit gars qui embarque sur la glace est protégé.

Ciccone estime que l’on ferait d’une pierre deux coups en éliminant l’aspect intimidation qui a encore trop souvent cours dans nos arénas.

Il est le premier à reconnaître qu’il s’est fait un nom et une carrière en se portant à la défense de ses coéquipiers. Mais presque 20 ans après son dernier match dans la LNH, il affirme vivre avec des interrogations quotidiennes qui pourraient faire de lui le porte-parole idéal de la cause.

Chaque matin, je me demande quand je vais commencer à oublier. Est-ce que je vais faire de l’Alzheimer prématurément? Est-ce que j’ai commencé à faire de l’encéphalopathie? Est-ce que je vais avoir des crises de colère? J’ai des collègues et d’anciens chums qui se sont suicidés. Après une autopsie, on s’est aperçu que ces joueurs-là avaient de l’encéphalopathie chronique.

C’est nouveau. La science avance. Ce qu’on faisait à l’époque, ce n’était peut-être pas correct non plus. Aujourd’hui, vous avez peut-être le meilleur gars pour vous en parler. Si des gens veulent me traiter d’hypocrite parce qu’aujourd’hui je veille à la sécurité des joueurs et que je veux éliminer les bagarres, ça va me faire plaisir de porter le drapeau de l’hypocrisie, ici au Québec.

Enrico Ciccone, ex-hockeyeur et député à l'Assemblée nationale du Québec

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !