•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Dopage au Tour de France : deux anciens maillots jaunes s'interrogent

Il sourit avec son maillot jaune.

Tadej Pogacar a gagné le Tour de France à 21 ans.

Photo : Getty Images / Kenzo Tribouillard

Dimanche sur les Champs-Élysées, le public a assisté à un conte de fées. À la veille de son 22e anniversaire, le Slovène Tadej Pogacar remportait le Tour de France pour devenir ainsi le plus jeune cycliste à gagner l’épreuve depuis le Français Henri Cornet en 1904.

À peine descendu de vélo pour savourer sa victoire, celui qu’on surnomme déjà la comète slovène a dû répondre à des questions concernant le dopage dans son sport.

Je dirais que nous n’avons rien à cacher aujourd’hui et je pense que le cyclisme, malgré ce climat de suspicion, est un sport qui fait beaucoup contre le dopage. En vérité, cela me désole que les gens doutent de mes performances. Ma seule défense, c’est d’avoir ma conscience pour moi, a dit alors le nouveau maillot jaune de la Grande Boucle.

Samedi, la veille de l’arrivée, l’incroyable s’est produit quand Pogacar a littéralement fait exploser le classement général avec son contre-la-montre météorique. Il va rattraper les 57 secondes qui le séparaient de son compatriote Primoz Roglic et en ajouter 59 autres pour s’emparer du maillot jaune. Du jamais vu depuis l’édition de 1989 quand l'Américain Greg LeMond avait dépossédé Laurent Fignon du maillot jaune par 8 secondes lors du contre-la-montre de la 21e et dernière étape.

D’ailleurs, le Français Romain Feillu s’interroge fortement sur les performances de certains coureurs dans ce Tour.

Aujourd’hui, quand on voit des coureurs capables d’aller vite au sprint, de grimper des cols et de lâcher les plus gros grimpeurs, forcément, ça m’interroge. On est en droit de se poser des questions, a dit à Radio-Canada Sports l’ancien détenteur du maillot jaune en 2008.

Feillu, maintenant à la retraite, se questionne également sur le doublé slovène de cette édition, avec pour référence l’affaire Aderlass, révélée dans le quotidien Le Monde en mai 2019.

Cette affaire de dopage sanguin avait entraîné la suspension de plusieurs coureurs et directeurs sportifs slovènes. Toujours selon le quotidien, 42 % des coureurs slovènes passés pros entre 2009 et 2019 ont été suspendus pour dopage. Le procès Aderlass s’est ouvert il y a quelques jours en Allemagne.

On sait que la Slovénie est au cœur de cette affaire et je pense que la suspicion est de mise au vu de ces performances. Espérons que cette affaire ira jusqu’au bout. Je suis exaspéré, car quand il y a de gros poissons qui sont impliqués et que cela va faire du mal au vélo, les affaires ne sortent pas, a précisé, quelque peu irrité, Romain Feillu.

Un autre ancien maillot jaune exaspéré

Honnêtement, je ne regarde plus le Tour, ça me dégoûte.

C’est ce qu’a déclaré l’ancien champion cycliste Stéphane Heulot, dans les colonnes du quotidien Ouest France, au sujet de la victoire de Pogacar.

Je n’y arrive plus, en fait […] Il y a des choses assez faciles à évaluer, quand même, en termes de performance, ajoute celui qui a endossé le maillot jaune durant trois jours en 1996. J’ai du mal à comprendre comment un coureur de 75 kg peut monter à une vitesse folle un col et maintenir sa montée ensuite. En termes de vitesse ascensionnelle, on a vu des trucs qui n’étaient pas possibles, non plus, pour certains. Je pense qu’on a encore passé un cran. Vous voyez l’émoticône avec l’envie de vomir, eh bien, je ressens ça. Ça me dégoûte...

C’est comme si demain, Al Capone était ministre de la Justice…

Stéphane Heulot s'interroge également sur la présence dans le Tour de Mauro Gianetti, directeur de l’équipe UAE Team Emirates de Pogacar, au passé passablement sulfureux, selon certains observateurs du cyclisme.

Que des personnes comme ça, ou comme d’autres, soient encore dans le cyclisme aujourd’hui, c’est impensable.

Heulot fait référence à l’expulsion de Riccardo Ricco après un contrôle positif dans le Tour de France en 2008. À cette époque, Mauro Gianetti était son patron.

Le dopage est tellement ancré chez certains directeurs sportifs comme Gianetti, qu'ils ne peuvent pas concevoir le cyclisme autrement. C’est une vraie faute. À mon sens, on ne pourra jamais changer le système si l’on ne change pas les hommes. Le dopage sera là tant que des gens seront indéboulonnables. C’est comme si demain, Al Capone était ministre de la Justice…

D’autres réactions se sont fait entendre après l’incroyable exploit de Pogacar qui a, en plus du maillot jaune, remporté deux autres maillots, le blanc du meilleur jeune et celui à pois du meilleur grimpeur.

En tout cas, maintenant, il va devoir affronter ce nouveau statut qu'acquiert un vainqueur du Tour de France et tout ce qu'il va devoir supporter comme lot de critiques très certainement, a affirmé l’ancienne gloire du cyclisme français Laurent Jalabert, maintenant consultant à la radio. Parce que quand on devient un coureur de tout premier plan, on devient forcément un petit peu plus suspect. Il faut s'en accommoder.

Dans le même ordre d’idée, Greg LeMond, vainqueur en 1986, 1989 et 1990, s’est exprimé dans le quotidien Le Parisien sur les performances de l’équipe Jumbo-Visma.

C’est toujours normal de douter et de s’interroger. C’est même sain, a-t-il confié. On ne peut pas me reprocher de ne pas l’avoir fait quand il le fallait. Franchement, je vois des choses qui me disent que ça va dans le bon sens.

Ce qui est certain, c’est que ce Tour 2020 n’était pas comme les autres en raison de la COVID-19. Faut-il s’étonner alors de la présence d’un champion pas comme les autres?

Avec les informations de Ouest France

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !