•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Chronique

La marmite bout, la maison brûle dans le sport scolaire

Il donne un point de presse avec des drapeaux du Québec derrière lui.

Le ministre de l'Éducation Jean-François Roberge

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Ce qui devait arriver… est justement en train de se produire. À force de disséminer de nouvelles directives incohérentes sur le terrain quant à la prévention de la COVID-19, le gouvernement Legault est en train de perdre l’appui et l’adhésion de la communauté sportive québécoise.

À la fin d’août, la rentrée scolaire avait été marquée par un tonnerre de protestations à l’endroit du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge. À la dernière minute, juste avant que les élèves franchissent les portes des écoles, les directions d’établissements avaient reçu une directive politique qui avait pour effet de stopper jusqu’en octobre tous les programmes sport-études et autres programmes sportifs scolaires.

Deux semaines auparavant, le 12 août, les écoles avaient pourtant reçu une directive totalement contraire qui les invitait à lancer les activités de leurs équipes sportives, à la seule condition de respecter les protocoles de retour au jeu élaborés par chacune des fédérations du Québec.

À la rentrée, l’interdiction de pratiquer les sports scolaires avait été vivement critiquée par les intervenants des milieux scolaires et sportifs en raison d’une incompréhensible incohérence. En effet, pendant qu’on interdisait aux élèves-athlètes de pratiquer leur sport à l’école, toutes les activités des associations sportives civiles étaient maintenues comme si de rien n’était.

Ainsi, les 100 hockeyeurs membres des équipes d’une école se faisaient interdire de s’entraîner et de jouer. Mais les 100 élèves de la même école qui étaient membres de leur association locale pouvaient se rendre à l’aréna le soir pour se livrer à leur sport favori. Comme s’il y avait deux sortes de sports et deux sortes d’enfants au Québec.

Pour calmer le jeu, le premier ministre Legault avait alors coupé la poire en deux en annonçant que la directive incohérente du ministère de l’Éducation n’allait finalement être en vigueur que pendant deux semaines, soit jusqu’au 14 septembre, à condition que la situation de la COVID-19 reste maîtrisée dans les écoles.

***

Au début de la semaine dernière, donc, toutes les écoles québécoises ont relancé leurs programmes sportifs. Sauf qu’une curieuse nouvelle directive leur a été imposée.

Ainsi, dès qu’un cas de COVID-19 est détecté dans une école, les activités de tous les programmes sportifs compétitifs de cet établissement doivent dorénavant être stoppées pendant 14 jours. Et peu importe que la personne infectée ait été en contact ou non avec les membres des équipes sportives.

En gros, dans une école de 1500 ou 2000 élèves, si un professeur de mathématiques de troisième secondaire ou une élève de musique de deuxième secondaire contractent la COVID-19, toutes les activités sportives doivent cesser sur le champ pendant deux semaines. Même si les joueurs et joueuses de basketball, de hockey, de football ou de volleyball de quatrième et cinquième secondaires n’ont aucun rapport avec les personnes infectées.

Et si un nouveau cas est recensé dans l’école six jours plus tard, on remet le compteur à zéro, et les équipes sont paralysées six jours de plus.

À sa face même, cette directive est déraisonnable. Et elle perpétue en plus l’incohérence qui avait mis le feu aux poudres à la fin du mois d’août. Pendant que les élèves-athlètes du sport scolaire sont placés en quarantaine sportive , leurs amis fréquentant les mêmes écoles peuvent continuer à pratiquer leur sport normalement au sein des associations civiles.

Pourtant, c’est le même gouvernement, le même ministre de l’Éducation et la même ministre déléguée aux Sports, Isabelle Charest, qui chapeautent l’ensemble de la pratique sportive au Québec.

Compte tenu de tout ce qui précède, peut-on comprendre les directions d’écoles et les dirigeants d’organisations sportives d’être mécontents et de déplorer la désorganisation et la constante improvisation qu'ils subissent?

***

Il y a quelques jours, le PDG du Réseau du sport étudiant du Québec (RSEQ), Gustave Roel, interpellait la ministre Charest dans les pages du Soleil de Québec.

M. Roel demandait à la ministre de faire preuve de cohérence et se demandait par quelle logique le gouvernement pouvait traiter le sport scolaire et le sport associatif de manières différentes. L’homme qui se trouve à la tête de la pyramide du sport scolaire déplorait aussi que de nouvelles directives du gouvernement soient émises au fur et à mesure et que le RSEQ n’en soit avisé qu’à la dernière minute.

On se demande si on travaille pour rien , concluait M. Roel.

Si j’étais à la place du premier ministre Legault et des ministres Roberge et Charest, je m’inquiéterais vivement de tels propos formulés par un intervenant qui n’a absolument pas l’habitude de jouer du coude avec le gouvernement.

Ça signifie que la marmite chauffe.

Et je m’inquiéterais aussi, probablement encore plus, des propos tenus par le directeur général de la Ligue de hockey Midget AAA (LHMAAAQ), Georges Marien.

***

Les habitués de cette chronique connaissent Georges Marien, auquel je fais parfois référence.

Engagé dans le hockey mineur québécois depuis un demi-siècle et au sein du Midget AAA depuis 1984, Marien représente en quelque sorte la quintessence des intervenants du milieu sportif. C’est un homme bon, posé et progressiste dont les décisions visent toujours prioritairement le bien-être des entraîneurs et des athlètes qui sont sous sa responsabilité.

Le respect dont Georges Marien jouit au sein de la communauté sportive surpasse les cadres du hockey.

Bref, si vous êtes responsable de la pratique sportive au Québec (comme le sont les ministres Roberge et Charest) et que vous ne parvenez plus à obtenir l’appui ou l’adhésion d’intervenants comme Georges Marien, ça signifie qu’il n’y a plus beaucoup de soldats qui vous suivent sur le terrain.

Ce n’est plus la marmite qui bout. C’est la maison qui brûle.

***

Depuis le début de ses camps d’entraînement au mois d’août, la LHMAAAQ a mis en place toutes sortes de mesures de prévention pour assurer une pratique sportive sécuritaire à ses joueurs de 15 et de 16 ans.

Outre les mesures d’hygiène et de distanciation préconisées par Hockey Québec, la température de chaque joueur et entraîneur est prise à chaque entraînement et match afin de trouver d’éventuels cas.

La semaine dernière à Québec, un cas de COVID-19 a été détecté dans une classe que fréquentent trois joueurs du Séminaire Saint-François. La réaction de l’équipe et de la ligue a été instantanée. Par mesure préventive, les trois joueurs ont aussitôt été placés en isolement et soumis à des tests. Ils n’ont plus participé à une activité de leur équipe depuis et les recommandations de la santé publique seront suivies à la lettre jusqu’à la fin du processus.

Par ailleurs, toujours la semaine dernière, un premier cas de COVID-19 a été décelé parmi les joueurs de la ligue. C’est un membre des Élites de Jonquière qui a été le malheureux élu. Le circuit a aussitôt déployé toutes les mesures prévues au protocole. Toute l’équipe a été placée en isolement et chacun de ses membres a dû se soumettre à un test de dépistage.

La sécurité de nos membres est ce qui importe le plus pour nous. Et nous sommes totalement d’accord pour déployer tous les efforts possibles pour leur assurer cette sécurité. Nous n’avons pas peur de travailler. Mais nous n’acceptons pas de travailler pour rien afin de faire respecter des directives qui n’ont pas de sens, lance Georges Marien, dont les propos rejoignent directement ceux de Gustave Roel.

***

La LHMAAAQ n’a été mise au courant que vendredi dernier, en fin d’avant-midi, de la dernière directive du ministère de l’Éducation. Et de l’aveu du DG de la ligue, cette journée s’est avérée absolument infernale.

Nous avons été contraints d’annuler un match entre Saint-Eustache et Laval-Montréal une heure et demie avant la mise au jeu parce qu’un professeur d’une école de Montréal avait été testé positif à la COVID-19 plusieurs jours auparavant, sans qu’on puisse nous dire si ce professeur avait été en contact avec un de nos joueurs , raconte Georges Marien.

Comme un ou des cas avaient aussi été découverts à l’école Charles-Lemoyne (Saint-Hubert), dans une école secondaire de Lévis et au Séminaire Saint-François, les matchs de toutes ces équipes ont aussi dû être annulés.

La LHMAAAQ n’est pas une organisation professionnelle. Selon Georges Marien, quatre personnes ont dû travailler pendant huit heures pour gérer cette supposée crise et prévenir tous les intervenants concernés (gouverneurs, entraîneurs, joueurs, parents, médias, officiels, recruteurs, etc.) de l’annulation des matchs et des directives à suivre pour la suite des choses.

On me dit que les cas qui ont été décelés dans ces écoles (sauf celui du Séminaire Saint-François) n’ont pas de rapport avec nos joueurs ou nos équipes. Ça n’a pas de sens de stopper nos activités parce qu’une élève de secondaire 3 d’une école a été testé positif il y a huit jours. Ce n’est pas cohérent. Depuis le début, le seul fil conducteur qu’on voit (de la part du ministère), c’est celui de l’incohérence totale. Et nous n’appuyons pas ce genre d’improvisation.

Ce n’est pas plaisant de s’occuper de sport au Québec en ce moment. On nous sort à tout bout de champ des décisions comme celle-là. Ça ne marche pas! Les dirigeants des fédérations sentent peut-être qu’ils ne peuvent parler sur la place publique, mais nous ne nous empêcherons pas de dire ce qui est en train de se passer. Il faut cesser d’avoir peur d’avoir peur. C’est assez, ajoute-t-il.

Comme leurs homologues d’autres disciplines, les dirigeants de la LHMAAAQ estiment que le manque de communication du gouvernement est amplifié par l’aspect contradictoire des directives émises.

Si le gouvernement n’en veut pas de saison de sport, qu’il le dise et ça va arrêter là. Sinon, il faut qu’on cesse de jouer avec les gens comme on le fait en ce moment. Pour que ça fonctionne, on doit savoir dans quelle direction on se dirige.

Que les ministres répondent donc à nos questions. Qu’ils nous expliquent pourquoi les programmes sport-études et les programmes civils sont traités différemment. Qu’on respecte notre intelligence et qu’on nous l’explique. Si les ministres sont capables de nous l’expliquer de façon crédible, on va cesser de monter aux barricades. Mais là, ça n’a plus de sens. Il faut qu’une voix s’élève quelque part pour que ces incohérences cessent, conclut Georges Marien.

Le nombre de cas de COVID-19 répertoriés au Québec est en hausse constante depuis quelques semaines. Mais le sport mineur, selon les informations compilées jusqu'à maintenant, n’a pas été un vecteur de transmission de la maladie.

Il sera donc intéressant de voir si le gouvernement Legault continuera à considérer le sport scolaire comme une menace à la santé publique.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !