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De joueur de rugby à triathlonien de l'extrême : la transition de Xavier Jourson

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Xavier Jourson, athlète et entrepreneur

Xavier Jourson, athlète et entrepreneur

Photo : xavierjourson.com

Olivier Paradis-Lemieux

Ancien joueur professionnel de rugby en France, Xavier Jourson s'est lancé un défi herculéen au début de la pandémie : participer au Norseman d'ici deux ans, un triathlon extrême qui a lieu dans les fjords de Norvège.

Près de 4 kilomètres de nage en eau vive glaciale, 180 kilomètres de vélo en terrain accidenté et un marathon qui se conclut par une montée abrupte jusqu'au sommet du mont Gaustatoppen, à 1883 mètres d'altitude. Le dénivelé positif total est de plus de 5000 m. Seulement 250 participants sont sélectionnés pour y prendre part chaque année, soit l'élite des triathlons extrêmes et quelques invités.

Certains le considèrent comme le triathlon le plus difficile du monde.

Xavier Jourson n'a jamais pris part à un triathlon. Ni même à un demi-triathlon.

En fait, ce n'est qu'au début du confinement qu'il s'est mis au vélo, afin de garder la forme, mais tout s'est rapidement embrayé pour lui.

J’ai commencé à lire le livre de Rich Roll, un ancien avocat alcoolique qui a réussi à faire l’EPIC5, un triathlon chaque jour, à Hawaii, raconte le Lyonnais d'origine. Dans la foulée, je me suis acheté un VTT, mais je le dépose et je rachète un (vélo de) gravelle. Et, je suis venu faire un tour au circuit Gilles-Villeneuve. Quand j’ai vu les personnes avec les vraies machines, et dès que j’en ai eu une, les choses se sont mises à s’enclencher. Une course cycliste, c'est un peu trop tard pour moi. Qu’est-ce qui m’animerait à l’aube de mes 35 ans? Un triathlon.

Rich Roll avait fait un livre, je me suis dit que j'allais faire quelque chose comme ça, poursuit-il. Je vais documenter ce que je fais. Je me suis lancé, et quitte à le faire, aussi bien le faire en grand. Et dès qu’on m’a parlé du Norseman, moi qui craint un peu le froid, je me suis dit : allons-y!

Le Lyonnais d'origine a l'habitude de se fixer des objectifs qui semblent irréalisables. Cette fois, il vise de participer au Norseman en août 2022.

C’est un trait de caractère que j’ai toujours eu, avoue-t-il. Ça peut être mal interprété des fois, mais me mesurer aux autres, faire partie des grands a toujours été quelque chose qui m'a animé. Me dépasser, performer. Étant amateur de sports au complet, les disciplines olympiques telles que l’athlétisme sont pour moi très vecteurs de se dépasser et d’avancer. Je suis un peu le leitmotiv autour de moi dans ma communauté, dans ma famille, avec mes amis.

C'est ce désir de dépassement qui l'a amené à s'installer au Québec, il y a trois ans, après une dizaine d'années comme joueur professionnel de rugby en France. Pas pour le sport toutefois, mais en raison du même esprit de compétition.

La finance m’intéressait beaucoup. Je me suis dit que j’aurais plus d'occasions en Amérique du Nord, où la finance de marché est plus importante qu’en Europe, et plus compétitive. Et la notion de compétition revenait encore. Une fois ma demande de permis de travail validée, j'ai sauté dans l’avion. Je suis arrivé ici avec deux sacs de 23 kg et 5500 $ en poche, et j’ai commencé mon aventure le 23 mai 2017, avec personne pour m’accueillir à l’aéroport.

La passion avec laquelle il parle de son nouveau projet, un peu fou, convient-il, a convaincu une équipe d'entraîneurs de triathlon, Luc Morin et Pascal Harvey, de se joindre à lui, en plus de sa conjointe, Nadège Zanré, la directrice du projet, qui est aussi médecin à Sainte-Justine. Le cerveau de la bande, se presse-t-il d'insister.

Un réalisateur, Ian-Mathieu Ouellet, a également accepté de le suivre dans sa démarche pour son projet documentaire dont le titre de travail est La transition (Nouvelle fenêtre), celle d'un athlète de haut niveau qui doit, en plus d'apprendre à maîtriser trois nouvelles disciplines, opérer une transformation radicale de son corps pour atteindre l'objectif qu'il s'est fixé.

Xavier Jourson

Xavier Jourson passe un test pour évaluer sa capacité respiratoire.

Photo : xavierjourson.com

En quelques mois, il a déjà perdu 16 kg d'une masse musculaire qu'il avait pris des années à construire.

Je dois encore perdre 10 kg pour avoir un poids entre 90 et 95 kg. Je pars de très loin. Le rugby est un sport de contact, ce sont surtout les fibres explosives qui travaillent. Et là, ce sont les fibres lentes que je suis en train de réveiller, précise-t-il. C'est un peu complexe au niveau de l’alimentation et de la nutrition parce que mon corps change, je perds du poids, ça me fatigue beaucoup.

Les triathloniens professionnels noirs sont bien peu nombreux. Le premier à avoir atteint ce statut est l'Américain Max Fennel, seulement en 2014.

Quand j’ai commencé le début de cette aventure, je me suis positionné. Est-ce qu’il y a des triathloniens noirs? Max Fennell est l'un des seuls, mais sinon, je n’ai pas réussi à en trouver d’autres, raconte-t-il. C’est une des choses que j’aimerais promouvoir à travers ce que je suis en train de faire. Si je peux amener une communauté de minorité visible à faire des triathlons, je serai très heureux du projet que je suis en train de mener.

Le Norseman a été créé en 2002. Sur les 250 participants, je n'ai pas encore réussi à trouver un Noir qui l'a fait, soutient celui qui affirme être déjà en contact avec l'organisation pour obtenir une place en 2022. Je ne sais pas si je serai le premier, mais ce que je vais leur démontrer c'est qu'une personne noire peut le faire.

Une des questions sous-jacentes du documentaire qu'il réalise autour de son parcours sera d'ailleurs de comprendre les raisons pour lesquelles les triathloniens noirs sont aussi peu nombreux, alors qu'ils sont bien représentés dans la course à pied. Déjà, il a quelques pistes de réflexion socio-économiques et historiques, mais il cite d'abord la natation, souvent peu pratiquée en bas âge dans les communautés noires, comme le frein principal.

Surtout que lui-même n'a appris à nager qu'à l'âge adulte, alors qu'il amorçait sa rééducation après la blessure à une main qui a mis fin à sa carrière de joueur professionnel en France.

À la suite de ma blessure, j’avais deux vis de huit centimètres dans la main. Mon préparateur physique m’avait suggéré de nager pour récupérer. Mais nager, ce n'était pas quelque chose que je savais faire. J’ai commencé à Paris à nager, alors c’est certain que tu attires les regards, tu suscites la curiosité. C’était le bon moyen pour réadapter mon corps, j’ai commencé à aimer la nage, décrit-il.

C'est à Percé cet été, alors qu'il tournait les premières images de son documentaire, qu'il a enfilé une combinaison humide pour la première fois, réalisant du même coup le chemin qu'il avait encore à parcourir pour être capable de nager des kilomètres en eau libre.

Xavier Jourson

Xavier Jourson nage au large de Percé.

Photo : xavierjourson.com/Ian-Mathieu Ouellet

Avec la pandémie, même nager dans une piscine intérieure s'avère compliqué, et il s'attend à ce que la difficulté d'avoir accès à ces infrastructures soit l'un des écueils les plus importants à sa démarche.

Or, toutes ces difficultés sont ce qui le motive à entreprendre un projet aussi ambitieux, pas seulement pour lui-même, mais pour inspirer toute une communauté.

L’effet George Floyd, Black Lives Matter. Je voulais mettre ma pierre à l’édifice. N’étant pas politicien ou artiste, je me suis demandé comment je pouvais mettre ma pierre à l’édifice, relate-t-il. Mes inspirations sont Barack Obama, Nelson Mandela ou Martin Luther King, que j’affectionne tout particulièrement. Tous ces leaders noirs m’ont motivé. Je voulais laisser quelque chose. Faut être fou, faut être fou pour faire un truc comme ça, mais c’est comme ça que j’ai voulu le faire.

Quand Barack Obama a été élu, je me suis dit que s’il y a un Noir qui l’a fait, il ouvre la porte pour tout le monde. Et c’est un peu ce que je veux faire. Tous ces hommes-là qui m’ont inspiré dans ma vie, je veux en faire partie.

Je termine ça, je laisse la porte ouverte à tout le monde. Et j’espère que derrière moi, il y en a qui vont se lancer.

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