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Chronique

La patience de Julien BriseBois, la finale du Lightning

Gros plan d'un homme en point de presse

Julien BriseBois, directeur général du Lighnting

Photo : Associated Press / Dirk Shadd

Dans le sport professionnel comme en affaires, les plus grands succès sont souvent précédés de douloureux échecs. Cet automne, le Lightning de Tampa Bay nous le rappelle d’éloquente façon.

En avril 2019, l’organisation du Lightning avait vécu l’un des épisodes les plus humiliants de l’histoire de la LNH. Après avoir récolté 62 victoires en saison (ce qui égalait un record), les hommes de Jon Cooper s’étaient facilement fait balayer au premier tour par les Blue Jackets de Columbus, qui n’avaient jamais remporté une série depuis leur arrivée dans la ligue.

Adieu veau, vache, cochon... coupe Stanley.

Ce revirement de situation avait été tellement brutal que l’organisation s’était sentie obligée de présenter des excuses à ses partisans.

Le jeune directeur général Julien BriseBois, qui terminait alors sa première saison aux commandes après avoir campé le rôle d’adjoint de Steve Yzerman pendant plusieurs années, s’était alors retrouvé dans une délicate situation. Le genre de crise qui fait ou qui défait le règne d’un DG à la tête d’une organisation.


Dans l’univers du sport professionnel, où les résultats font foi de tout, on a souvent tendance à couper des têtes quand des échecs aussi retentissants surviennent.

Ce n'est toutefois pas le cas du Lightning.

Le propriétaire Jeff Vinik n’a pas viré son jeune directeur général. Pourtant, à la date limite des échanges de l’hiver 2019, BriseBois n’avait procédé à aucune acquisition pour bonifier sa formation. L’équipe connaissait alors une saison record et, avec sa garde rapprochée, BriseBois en était venu à la conclusion qu’il n’y avait pas de faiblesse à corriger.

D’autres propriétaires auraient probablement pu se servir d’un tel épisode pour remettre leur équipe entre les mains d’un directeur général plus expérimenté.

De son côté, BriseBois n’a jamais songé à remplacer l’entraîneur Jon Cooper, dont l’équipe avait pourtant cessé de fonctionner au moment le plus important de la saison.

Si je congédiais Cooper, j’en chercherais un autre comme lui. Alors, aussi bien garder l’original, avait-il expliqué en conférence de presse.

Et alors qu’il était aux prises avec toutes sortes de complications financières en raison d’une modeste hausse du plafond salarial, BriseBois aurait aussi pu chercher à braquer les réflecteurs vers une autre direction que la sienne. Il aurait pu, par exemple, décider de larguer un salaire imposant en concluant un gros échange, et ainsi apaiser ceux qui réclamaient des têtes.

Or, Julien BriseBois n’a rien fait de tout cela. Et tard jeudi soir, son équipe s’est qualifiée pour la finale de la Coupe Stanley et pour un étonnant rendez-vous avec les Stars de Dallas.


Avec une aisance presque déconcertante, Tampa Bay a remis les pendules à l’heure au premier tour en éliminant Columbus en cinq matchs. Le Lightning a ensuite réservé le même sort aux coriaces Bruins de Boston, finalistes en 2019 et détenteurs du premier rang de la ligue au terme de la saison.

Puis, en finale de l’Est, Cooper et ses hommes ont battu en six rencontres le rouleau compresseur des Islanders de New York.

Ils s'enlacent sur la glace.

Des joueurs du Lightning célèbrent leur qualification pour la finale de la Coupe Stanley

Photo : Getty Images / Bruce Bennett

Pour recadrer son équipe, BriseBois a d’abord recadré son entraîneur, qui a obtenu le mandat de se montrer plus strict envers ses hommes quant à l’application du système de jeu.

En décembre dernier, même le joueur par excellence de la LNH, Nikita Kucherov, a fait les frais de cette mise à jour de la culture organisationnelle. Kucherov a été collé au banc durant presque toute la troisième période d’un match contre les Sénateurs d’Ottawa parce qu’il s’était montré nonchalant en défense. Un revirement qu’il avait commis avait coûté un but à l’équipe.

L’entraîneur avait tout à fait raison de prendre cette décision et ça n’a rien de personnel. Nous tentons d’accomplir quelque chose au sein de cette équipe et on doit tous travailler dans le même sens, avait dit le capitaine Steven Stamkos.

Peu après cet épisode, Tampa Bay a connu une séquence de 22 victoires en 25 matchs.

Et depuis le début des présentes séries, il est bon de souligner que cette équipe a maintenu une fiche de 6-1 en prolongation, quand le jeu doit obligatoirement être serré et réduit à sa plus simple expression.

Le parcours éliminatoire du Lightning a commencé par une victoire en cinquième période de prolongation sur les Blue Jackets. Et Tampa Bay a disputé 185 min 17 s en prolongation cet été. C’est plus que quiconque dans toute l’histoire des séries éliminatoires de la Coupe Stanley.


Surtout, pour redonner à son équipe toute sa grandeur, Julien BriseBois s’est particulièrement concentré sur l’acquisition de joueurs qui allaient complémenter les talents exceptionnels qui étaient déjà en place.

En juillet 2019, il a acquis pour seulement 900 000 $ le gros attaquant autonome Patrick Maroon, qui venait de remporter la Coupe avec les Blues.

Un peu lent et lourdeau, Maroon est l’antithèse du type de joueurs que sélectionne normalement le Lightning. Mais il exerce un leadership positif et fréquente les zones douloureuses comme si de rien n’était.

Pour compléter sa brigade défensive, le jeune DG a aussi misé l’été dernier sur les vétérans Luke Schenn (un an, 700 000 $) et Kevin Shattenkirk (un an, 1,2 million). Ce dernier, dont le contrat venait d’être racheté par les Rangers, a joué plus de 19 minutes par match en moyenne durant les séries.

Il frappe un adversaire.

Kevin Shattenkirk est un précieux atout pour le Lightning.

Photo : Getty Images / Bruce Bennett

Puis, en février dernier, à la date limite des échanges, BriseBois n’a pas répété l’erreur qu’il avait commise l’année précédente. Il a littéralement mis ses tripes sur la table pour offrir à ses hommes une chance de boire dans la coupe.

Il a convaincu les Devils du New Jersey de lui céder l’attaquant Blake Coleman en formulant une offre qu’ils ne pouvaient pas refuser : un choix de premier tour en 2020 et l’espoir Nolan Foote, que Tampa Bay venait de sélectionner au premier tour du repêchage de 2019.

Coleman, un fougueux marqueur de 20 buts dont le salaire de 1,8 million sera en vigueur jusqu’à la fin de la saison 2020-2021, valait son pesant d’or sur le marché. Il a inscrit 4 buts et 6 passes depuis le début des séries.

Puis, BriseBois a sacrifié un autre choix de premier tour pour mettre la main sur Barclay Goodrow des Sharks de San José. Cet autre fougueux attaquant de troisième trio, dont le contrat de 925 000 $ prendra fin en 2021, a disputé 18 min 25 s par match en moyenne depuis le début des séries. Et jeudi soir, comme par magie, c’est lui qui a fourni la passe décisive, en prolongation, sur le but qui a éliminé les Islanders.

Constatant tout le chemin accompli par cette organisation au cours de la dernière année, la question se pose : où en serait le Lightning si, durant l’été 2019, l’un ou l’autre de ses dirigeants avait décidé de punir au lieu de faire confiance?

Allez vers le tableau des séries

La situation du Lightning rappelle celle des Bruins de Boston qui, en 2010, avaient laissé filer une avance de 3 victoires à 0 dans la série qui les opposait aux Flyers de Philadelphie.

Dans le septième match, étrangement, le même scénario s’était répété : Boston détenait une avance de 3-0 au tableau quand les Flyers s’étaient mis à remonter la pente pour finalement l’emporter 4-3 et passer au tour suivant. Dans toute l’histoire de la LNH, c’était seulement la troisième fois, et la première en 35 ans, qu’une équipe se faisait éliminer après avoir détenu une avance de 3-0 dans une série.

Compte tenu de la culture d’entreprise, de nombreux observateurs s’attendaient à ce que Claude Julien paie de son poste ce gênant effondrement. Mais le directeur général Peter Chiarelli avait plutôt décidé de construire sur les leçons de cette expérience malheureuse.

Durant l’intersaison, aucune décision draconienne n’avait été prise. Chiarelli avait sacrifié des choix de premier et de troisième tours pour mettre la main sur les attaquants Nathan Horton et Greg Campbell, des Panthers de la Floride. Et trois jeunes, les attaquants Brad Marchand et Tyler Seguin ainsi que le défenseur Adam McQuaid, avaient obtenu des postes à temps complet au sein de l’équipe au début de la saison 2010-2011.

Un an après l’écroulement de 2010, les Bruins buvaient dans la coupe Stanley.

Dans le sport professionnel, la patience est souvent la plus précieuse des vertus.

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