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De joueur de football à enseignant à l'école primaire, Matthieu Quiviger en renfort

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Un enseignant, les bras croisés, prend la pose devant son tableau de classe de sixième année.

Matthieu Quiviger

Photo : Radio-Canada / Antoine Deshaies

En regardant Matthieu Quiviger s’activer dans sa classe de sixième année, à l’école Victor-Lavigne, dans l’arrondissement de Saint-Léonard, on ne peut faire autrement que de penser au film Un flic à la maternelle.

Cette comédie policière, sortie en 1990, met en vedette Arnold Schwarzenegger dans le rôle d’un enquêteur de police qui, pour les besoins d’une enquête, se retrouve à enseigner à une classe de maternelle.

Après des débuts maladroits, il parvient à gagner le respect et l’amour de ses élèves. Matthieu Quiviger, qui mesure près de 2 m, est aussi arrivé un peu par hasard, et sur le tard, dans l’enseignement. Mais là s’arrêtent les comparaisons.

À l’aube de la cinquantaine, il entame sa deuxième année d’enseignement au primaire. L'ancien joueur des Alouettes, architecte de formation, a aussi été entraîneur de football et analyste à TVA Sports. Il a notamment joué un rôle déterminant dans la carrière de Laurent Duvernay-Tardif lors de son passage à l’Université McGill, et a écrit des romans, dont deux ont déjà été publiés.

À l’été 2019, un ami lui a demandé si l’enseignement pouvait l’intéresser, à deux jours de la rentrée des classes. En raison de la pénurie d’enseignants, les directions d’école peuvent offrir des contrats à des diplômés universitaires d’autres domaines.

Mon ami m’a appelé le mardi, raconte Quiviger. Le mercredi matin, je parlais avec le directeur de l’école, dans l'après-midi mon dossier est approuvé et le jeudi matin, à 7 h 50, j’étais devant une classe de cinquième année. J’ai connu des débuts fulgurants, mais c’était un défi que je voulais relever, alors je n’ai pas hésité.

Du jour au lendemain, sans la moindre expérience, le sympathique géant a fait ses débuts comme enseignant, dans un univers et une école qu’il ne connaissait pas. Il a d’ailleurs mis trois jours à trouver les toilettes du personnel.

L'an passé, il y avait tellement de choses à apprendre, je ne savais même pas comment la photocopieuse fonctionnait, raconte l’enseignant en souriant. Je n’étais même pas inscrit au service de la paie, mes journées étaient un vrai casse-tête. Aujourd’hui, tout est réglé et je sais comment l’école fonctionne. Je peux me concentrer sur l’enseignement.

Il parle à ses élèves devant un tableau blanc.

Matthieu Quiviger devant sa classe

Photo : Radio-Canada / Antoine Deshaies

Encore là, s’il a pu se concentrer sur l’enseignement, c’est parce que la direction de l’école et ses collègues enseignants l’ont épaulé. Il a pu compter sur des mentors généreux.

Je m’attendais à une réaction un peu froide, mais c’est tout le contraire que j’ai reçu, explique Quiviger. Je suis encadré par des enseignants extraordinaires qui répondent à toutes mes questions, aussi stupides soient-elles. Le programme du ministère, je ne le connaissais pas et ils m’ont guidé.

Yves Prévost, le directeur de l’école Victor-Lavigne, estime que même si la situation n’est pas idéale, embaucher et encadrer des enseignants non diplômés en enseignement vaut le coût. Cinq des 52 enseignants de son école n’ont pas les qualifications requises.

On va être honnête, le réseau de l’éducation, en ce moment, n’est pas très attrayant. Alors, quand on a des candidats comme Matthieu qui lèvent la main et qui veulent s’investir, c’est notre devoir de les accueillir et de les encadrer, explique-t-il. Ils arrivent avec leur coffre à outils et leurs expériences, mais on doit bien sûr combler tous leurs manques. Ça prend beaucoup d’écoute et des collègues qualifiés prêts à les soutenir.

Un directeur d'école, vêtu d'un polo bleu, prend la pose dans la cour de récréation.

Yves Prévost, directeur de l'école primaire Victor-Lavigne

Photo : Radio-Canada / Antoine Deshaies

Matthieu Quiviger avait un coffre d’outils bien rempli à son arrivée à l’école. Ses années comme entraîneur lui ont donné confiance et lui ont permis d'être à l’aise devant un groupe. Il est aussi père de jeunes adultes. Sa curiosité, sa fougue et son désir d’enseigner ont convaincu le directeur qu’il allait être à la hauteur.

Il arrive à entrer facilement en relation avec les enfants et c’est l’un des critères les plus importants pour qu’un enfant réussisse. C’est l’un des rares hommes dans le milieu et, par sa stature et son expérience, je pense qu’il rejoint beaucoup de petits gars qui ont parfois de la difficulté à s’identifier à la personne devant eux.

Vocation tardive, passion intense

Ce n’est bien évidemment pas l’argent qui a attiré Matthieu Quiviger dans cette nouvelle carrière. Il gagne une fraction du salaire qu’il recevait autrefois dans le secteur privé. Il le fait parce qu’il aime ça et parce que sa situation familiale le lui permet.

J’aime faire un travail significatif et me sentir important pour des gens, explique-t-il. Je trouve ça important que mes élèves aient du plaisir tous les jours dans la classe. C’est ça ma vraie paie. Quand un jeune comprend quelque chose ou quand il réussit un devoir sans faire d’erreur pour la première fois et qu’il te remercie, tu vois la fierté dans ses yeux. Ils sont tellement généreux et authentiques dans leurs émotions que tu saisis tout de suite l’impact que tu as dans leur réussite.

Une énergie et un bourdonnement sympathiques règnent dans la classe 325 de M. Matthieu. Ce n’est assurément pas le groupe le plus silencieux de l’école. Cette ambiance, qui rappelle un peu celle des vestiaires d’équipes sportives, convient parfaitement à l’enseignant.

Un enseignant de sixième année, portant un masque, corrige un devoir avec deux élèves de sa classe.

Matthieu Quiviger avec deux élèves de sa classe

Photo : Radio-Canada / Antoine Deshaies

Je m’inspire beaucoup des stratégies de coaching que j’ai utilisées au football ou au hockey au fil des années. Et c’est ce qui m’aide le plus pour offrir une expérience unique à chaque jeune, confie-t-il. Je sais par expérience que demander trop à un enfant, c'est le vouer à l'échec. J'essaie de vivre des petites victoires quotidiennes plutôt que des échecs lamentables. Ma classe, je la vois comme une équipe.

Il s’estime mieux placé que quiconque pour réaliser à quel point la tâche des enseignantes et des enseignants est exigeante. Il comprend parfaitement que certains choisissent de quitter le métier parce qu'ils sont épuisés et étouffés par le poids des années. Pour l’instant, il se voit enseigner pendant plusieurs années encore.

J’ai l’énergie d’une recrue et je vais en profiter le temps que ça va durer. Mais, pour la première fois de ma vie, je n’ai pas le syndrome de l’imposteur, affirme Matthieu Quiviger. Je sens que je suis à la bonne place et j’ai l’intention de rester parce que c’est une expérience qui me comble. Tant que l’école voudra de moi, tant que les jeunes auront besoin de moi, je serai là.

Dans un milieu scolaire encore plus fragilisé par la pandémie, des bras comme ceux de Matthieu Quiviger seront toujours les bienvenus.

Des cœurs comme le sien, encore plus.

Durant l’arrêt forcé des classes au printemps en raison de la pandémie, Quiviger s’est exilé dans son chalet des Laurentides, où il a donné ses cours à distance. Le réalisateur Alexandre Laganière a documenté les dernières heures de son année scolaire.

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