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Analyse

Jamal Murray, nouveau porte-étendard du basketball canadien

Un homme crie.

Jamal Murray laisse aller ses émotions après la victoire contre le Jazz de l'Utah.

Photo : Getty Images / Kevin C. Cox

Olivier Paradis-Lemieux

Depuis la retraite de Steve Nash, aucun joueur canadien n’avait réussi à captiver l’imaginaire collectif. C’était avant les 30 derniers jours à Orlando. Avant que Jamal Murray accumule des performances explosives, extirpant chaque fois ses Nuggets des précipices dans lesquels ils étaient sur le point de sombrer.

Le Canada est devenu dans les dernières années le pays le mieux représenté dans la NBA après les États-Unis. Or, depuis que Nash a mené les Suns de Phoenix à une troisième finale d’Association, en 2010, aucun Canadien n’avait réussi pareil exploit en tant que leader de son équipe. Certes, Tristan Thompson était le centre partant des Cavaliers de Cleveland, mais, sans diminuer sa contribution au titre de 2016, il n’était qu’une pièce complémentaire d’un groupe qui comptait LeBron James, Kyrie Irving et Kevin Love.

Repêchés au tout premier rang en 2013 et 2014, Anthony Bennett et Andrew Wiggins étaient les successeurs désignés de Steve Nash, joueur le plus utile de la NBA en 2005 et 2006.

Le premier n’a pas joué 200 matchs dans la NBA, pas un depuis 2017, et est peut-être bien le pire premier choix de l’histoire. Le deuxième a fait sauter la banque en 2017, mais son contrat de près de 30 millions de dollars par an est largement considéré comme l’un des plus toxiques de la NBA. Les Timberwolves n’ont accédé qu’une seule fois aux séries en cinq ans avec Wiggins avant de s’en départir en février après une autre saison perdue.

Rien pour enflammer une nation. Ce qu’au contraire Jamal Murray fait depuis un mois dans la bulle de la NBA à Orlando.

Il tente un tir.

Jamal Murray, meneur de jeu des Nuggets de Denver

Photo : Associated Press / Mark J. Terrill

Les deux séries auxquelles il a pris part avec les Nuggets sont allées à la limite de sept matchs, après que Denver, le dos au mur après les quatre premières rencontres, eut réussi d'improbables retours. Seulement 12 équipes dans toute l’histoire de la NBA ont réussi à revenir d’un retard de 1-3, les Nuggets viennent de le faire deux fois de suite. C’est inédit.

Au premier tour, le meneur de jeu de 23 ans s’est retrouvé au centre d’un duel de marqueurs face à Donovan Mitchell du Jazz dans les matchs 4, 5 et 6 au cours desquels il a marqué deux fois 50 points, et 42 points dans l’autre. Seuls Michael Jordan, le meilleur joueur de tous les temps, et Jerry West, dont la silhouette est le logo de la NBA, ont marqué plus de points que lui dans les séries au cours de trois matchs consécutifs. C’est rarissime.

Dans le septième match de la série de deuxième tour contre les Clippers de Los Angeles, Murray a encore une fois explosé avec 40 points, dont 20 au seul deuxième quart. Cela a permis aux Nuggets de rester à courte distance de l’équipe de Kawhi Leonard avant de la disséquer en deuxième demie avec son complice, le créatif centre serbe Nikola Jokic. Un seul joueur a réalisé cette performance à un plus jeune âge que Jamal Murray : LeBron James.

Au passage, il a même, pour certains, vengé l’affront national qu’a fait subir Leonard aux Raptors, en tournant le dos à l’équipe canadienne championne en titre pour la deuxième équipe de la métropole californienne. Vraiment tout pour gagner le cœur d’un pays entier.

Des joueurs de basketball

L'entraîneur des Nuggets de Denver, Michael Malone, enlace Jamal Murray après leur victoire en sept matchs contre les Clippers de Los Angeles. À gauche, le centre Nikola Jokic.

Photo : Getty Images / Douglas P. DeFelice

Mesurer les attentes

Jamal Murray ne marque pas encore 20 points par match en moyenne, son efficacité au lancer est en hausse depuis sa première saison. Mais pour un joueur qui tente un haut volume de tirs, elle se situe encore dans la moyenne plutôt qu’au-dessus de la moyenne.

Et si ses explosions récentes laissent présager qu’il est en train d’atteindre cet autre niveau avec 27,1 points par moyenne depuis un mois et 14 matchs hautement disputés, il faut bien souligner que Jamal Murray n’est pas LeBron James, ni Michael Jordan, ni Jerry West, ni Steve Nash. Il ne gagnera jamais le titre de joueur le plus utile de la NBA.

La pépite des Nuggets (nos excuses) n’est même pas le meilleur joueur de son équipe. Ce titre revient assurément à Nikola Jokic, peut-être bien le centre le plus singulier de l’histoire de la NBA avec sa capacité unique à passer le ballon, de toutes les façons possibles, et à diriger une attaque depuis le haut de la clé.

Quand les Nuggets ont consenti à Murray l’an dernier une prolongation de contrat de 5 ans et 170 millions de dollars, à seulement 22 ans, nombreux sont ceux qui ont sourcillé. Denver avait-il trop misé trop vite sur la jeune vedette canadienne, 7e choix de l’encan de 2016?

Deux joueurs de basketball

Kawhi Leonard tente de bloquer un tir de Jamal Murray lors de la série de deuxième tour entre les Clippers et les Nuggets, gagnée par Denver.

Photo : Associated Press / Mark J. Terrill

Cette présence en finale d’association et ses performances récentes en rassurent plusieurs. Ce qui en fait une supervedette en pleine éclosion est tout autant son charisme, sa capacité à élever son jeu dans l’adversité et une humilité qui n’atténue en rien la confiance qu’il a en ses moyens.

Aussi, une vulnérabilité publique rare pour un athlète qui se laisse transporter par ses émotions afin d’atteindre un autre niveau d’excellence.

Pour Breonna, George, Jacob et tous les siens

À preuve, son deuxième match de 50 points au premier tour, quand les Nuggets faisaient face à l’élimination pour un deuxième match de suite, réussi au retour du boycottage collectif de la NBA à la suite d’un autre épisode de violence policière aux États-Unis, celle vécue cette fois par Jacob Blake.

En conférence de presse avant la rencontre, il avait placé ses deux chaussures seules devant la caméra pendant deux minutes sur le tabouret avant de réapparaître pour les journalistes. Sur l’une de ses chaussures avait été tracé le visage de Breonna Taylor, sur l’autre, celui de George Floyd, deux Afro-Américains tués par des policiers dans la dernière année.

Combien de temps ç’a duré, avait-il alors demandé. Deux minutes? Une de ces personnes a eu un genou contre son cou pendant huit minutes.

Des chaussures

Les chaussures de Jamal Murray, lors du 6e match de la série de premier tour contre le Jazz de l'Utah. Sur celle de gauche est dessiné le visage de Breonna Taylor, sur celle de droite, celui de George Floyd.

Photo : Getty Images / Kevin C. Cox

Avant la relance de la saison à Orlando et dans la foulée du mouvement Black Lives Matter, Murray a tenu à partager ses propres histoires de profilage racial quand il grandissait en Ontario. Des interpellations par la police, avec son père, parce qu’ils étaient Noirs, avait-il assuré. Parce que ce n’est pas qu’aux États-Unis que ça se produit, c’est partout.

À fleur de peau, en entrevue sur le terrain après la rencontre, le natif de Kitchener avait déclaré que sa performance était uniquement des émotions. C’est difficile de le mettre en mots. Sans le basketball, je ne sais pas où je serais ni qui je serais.

Ces chaussures veulent dire beaucoup pour moi [...] Elles sont comme un symbole pour dire qu’il faut continuer de lutter. Partout dans le monde. Elles me donnent la force de continuer de lutter. Nous voulons gagner. Je montre mes émotions et c’est ce qui se produit.

Jamal Murray

Jusqu’où peuvent aller Jamal Murray et les Nuggets?

Jusqu’au titre, assurément.

Avec Kawhi Leonard et Paul George, les Clippers de Los Angeles étaient donnés favoris avant le début de la saison, il y a près d’un an maintenant. Ils les ont vaincus, même après avoir été mis dans les câbles. Ils devront maintenant se mesurer à l’autre équipe de Los Angeles, les Lakers, et son propre duo de supervedettes : Anthony Davis et un certain LeBron James.

Compter les Nuggets comme battus d’avance est une erreur que plus personne ne fera tant qu’un grand Serbe de Sombor et un plus petit Canadien de Kitchener seront à leur tête.

Peu importe le résultat de cette finale d’association, Jamal Murray s’est emparé du flambeau tendu depuis des années par Steve Nash, que personne ne semblait vouloir tenir à bout de bras. Et puis, avec un peu de chance, pourra-t-il le faire aussi aux Jeux olympiques l’été prochain, s'ils ont lieu et que la NBA est de la partie.

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