•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Des intellectuels français en guerre contre les Jeux de Paris et le CIO

Gros plan d'un homme en conférence de presse avec derrière lui les anneaux olympiques

Thomas Bach, président du CIO

Photo : Getty Images / AFP/Fabrice Coffrini

« Il est irresponsable de dilapider l'argent public dans une opération de prestige pharaonique. » C’est le titre-choc d’une tribune publiée cette semaine dans le quotidien français Le Monde. Une trentaine d’intellectuels ont signé ce manifeste et considèrent qu’en ces temps de pandémie, les priorités sont sans doute ailleurs. Ils posent unanimement cette question : « L'État n'a-t-il rien de mieux à faire que de s'aligner sur un idéal olympique depuis longtemps rongé par l'affairisme, la corruption, le dopage? »

La présidente de la Ligue internationale du droit des femmes, Annie Sugier, est l’une des signataires de cette tribune. Elle s’est confiée à Radio-Canada Sports.

L’objectif est de remettre en cause l’organisation d’un événement qui coûte beaucoup d’argent à un moment où le pays souffre d’énormément de crises, notamment celle du coronavirus, explique-t-elle. Autour de cette indignation, il y a aussi d’autres sujets : "Que signifient les Jeux olympiques? Que signifie le sport aujourd’hui, qui est gangréné par un certain nombre de scandales financiers, mais aussi sexuels?"

Au départ, Annie Sugier ne voulait pas accoler son nom à cette tribune, car elle a soutenu au tout début la tenue des Jeux olympiques à Paris en 2024. Elle continuait à croire aux vertus du sport comme outil d’éducation et de respect de valeurs universelles, comme la non-discrimination, le respect de l’autre. Des notions d’universalité qui, aujourd’hui, sont de plus en plus contestées.

Elle dénonce notamment la politique de deux pays en particulier, l’Iran et l’Arabie saoudite, et l’inertie des autorités sportives à les condamner.

Ces deux pays font non seulement des interférences politiques dans le monde du sport, mais ne respectent pas leurs propres athlètes, notamment avec toutes sortes de menaces et d’exactions, mais aussi dans le domaine de l’apartheid sexuel, lance-t-elle. Il y a bien sûr le cas récent du lutteur iranien qui a été injustement exécuté, mais aussi cette boxeuse iranienne, Sadaf Khadem, qui a été obligée de se réfugier en France, car elle a été menacée de prison dans son pays, car elle avait été entraînée par un homme.

Il y a aussi Kimia Alizadeh, seule femme médaillée olympique dans l'histoire du sport iranien qui a dû se réfugier en Hollande, car elle était aussi menacée d’emprisonnement, car elle dénonçait les violences dont étaient victimes les athlètes de son pays et l’obligation de porter l’uniforme islamique, qui va à l’encontre de la Charte olympique. Malgré tout cela, le CIO ne fait rien.

Pour la présidente de la Ligue internationale du droit des femmes, le CIO a tous les moyens d'exclure les pays qui n’appliquent pas ses principes. Il l’a d’ailleurs fait avec l’apartheid en Afrique du Sud et récemment pour interférence politique au Koweït. Sans oublier l’exclusion de la Russie pour les affaires de dopage. Alors pourquoi pas l’Iran et l’Arabie saoudite, se demande-t-elle?

Le CIO est profondément hypocrite quand il dit qu’en excluant un pays, on pénalise les athlètes, dit-elle. Dans le cas de l’Afrique du Sud, les athlètes blancs qui n’étaient pas forcément responsables de la politique d’apartheid ont été exclus, car on a considéré que la cause que défendait le monde entier contre l’apartheid méritait ce sacrifice. Donc, à un moment donné, il faut savoir affirmer ses principes. On ne peut pas une fois exclure et une autre fois ne pas exclure. Il faut être cohérent.

Pour Mme Sugier, il faut tout simplement appliquer les principes de respect et d’éducation inscrits dans la Charte olympique et sévir contre les pays qui ne la respectent pas. Elle se questionne aussi sur certains articles de la charte comme l’article 50, qui interdit toute manifestation politique de la part des athlètes pendant les Jeux.

Souvenez-vous que Tommie Smith et John Carlos en 1968 avaient levé le poing pour une cause juste et avaient été exclus. Le caractère héroïque de ce qu’ils ont fait. S’ils sont passés à l’histoire, c’est parce qu’ils ont transgressé une règle pour les bonnes raisons. Cela peut sembler paradoxal, mais quand il s’agit d’un État qui bafoue les règles olympiques, il faut avoir le courage d’exclure, ce que ne fait pas le CIO.

Anne Sugier, présidente de la Ligue internationale du droit des femmes

Le collectif d’intellectuels dénonce également les dépassements annoncés de coûts des Jeux de Paris dans la foulée de ceux de Tokyo qui ont littéralement explosé depuis leur report en raison de la pandémie. Une étude de l’Université d’Oxford publiée ces jours-ci semble leur donner raison. Celle-ci conclut que les Jeux de Tokyo seront les Jeux d’été les plus chers depuis ceux de 1960. Si les dépassements pour les Jeux ont atteint 170 % en moyenne, ceux pour Tokyo sont évalués à 200 %.

Les signataires insistent également sur les nombreuses atteintes aux droits de la personne dont sont victimes bon nombre d’athlètes dans le monde, comme on peut le lire dans leur tribune : Le CIO bafoue sa propre charte et piétine la grande cause mondiale qu'est l'égalité de droit entre les femmes et les hommes.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !