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L’improbable épopée des Stars de Dallas

Il est debout derrière le banc des Stars.

Rick Bowness

Photo : Getty Images / Bruce Bennett

Alexandre Gascon

Des vedettes critiquées, un directeur général qui n’arrivait pas à trouver la formule gagnante, un entraîneur apparemment condamné à jouer les seconds violons, une équipe en perdition en début de campagne : rien ne prédestinait les Stars de Dallas à atteindre la troisième finale de la Coupe Stanley de leur histoire.

Et pourtant…

Avant cette saison, l’équipe avait raté les séries éliminatoires 8 fois en 11 ans. L’an dernier, le président de l’équipe Jim Lites avait vivement critiqué ses meneurs Jamie Benn et Tyler Seguin, leur reprochant d’être nonchalants et de s’en remettre uniquement à leur talent, en des termes bien moins diplomates.

Cette année, les deux connaissaient leur pire saison d’un point de vue statistique depuis qu’ils portent l’uniforme des Stars. L’attaque vieillissante n’était pas nécessairement de nature à insuffler de l’optimisme.

Au petit matin du 19 octobre 2019, les Stars pointaient au 30e rang de la ligue avec une moyenne de points obtenus de ,167 avec une fiche de 1-7-1, pratiquement la même que celle du Canadien en 2017-2018 (1-6-1) et l’on sait comment cette histoire s’est terminée.

Voilà deux équipes fort différentes, évidemment, mais c’est simplement pour illustrer la difficulté de renverser la situation après avoir été dans une si mauvaise posture aussi tôt, en dépit des quelque 73 matchs restants.

Les Stars se replacent rapidement sous l’égide de l’entraîneur Jim Montgomery, très apprécié de ses joueurs à l’époque, souffle-t-on, mais doivent faire leur deuil de leur pilote au début décembre quand le directeur général Jim Nill annonce son congédiement en raison d’une conduite non professionnelle. On apprendra quelques semaines plus tard que Montgomery souffre d’alcoolisme.

Nill doit alors faire vite et pige dans son lot d’entraîneurs adjoints passablement expérimentés.

Un homme assis à une table pendant le repêchage.

Le DG Jim Nill

Photo : Getty Images / Bruce Bennett

Il fallait prendre une décision rapidement, a-t-il raconté mardi après-midi. Je l’ai appris pendant le week-end et on jouait contre les Islanders. On n’y a pas pensé longtemps, j’ai passé un coup de fil à Rick Bowness. On a beaucoup de gars qui sont d'anciens entraîneurs. J’ai pensé que Rick était le gars pour l'emploi. On avait besoin d’un revirement rapide de situation.

Bowness, 65 ans, compte plus de 2400 matchs derrière un banc de la Ligue nationale, principalement en tant qu’adjoint. Le Néo-Brunswickois rongeait son frein dans l’antichambre depuis 2004 quand il a eu droit à une vingtaine de matchs comme entraîneur-chef par intérim. Outre ce bref intermède, il n’a pas dirigé sa propre équipe depuis les Islanders de 1997-1998.

Avant le début de son règne à Dallas, Bowness présentait une fiche de 123-289-48-3 comme entraîneur-chef, certes largement teintée par trois ans et demi comme entraîneur à Ottawa aux balbutiements de la franchise, mais néanmoins assez rebutante.

Bowness mènera son équipe à une fiche de ,603 à partir du 7 décembre et les Stars obtiennent un laissez-passer dans l’Ouest lors du tournoi de reprise de la LNH.

Dans la bulle à Edmonton, le premier gardien de l'équipe, Ben Bishop, s’est blessé. Les Stars ont dû naviguer à vue, repoussés par bien des vents contraires cette année. Les voilà presque à bon port malgré tout.

Après quatre décennies derrière un banc, Bowness atteint sa deuxième finale. Parfois, la patience porte ses fruits.

Construction méthodique

Elle a aussi rapporté à Nill. Bien des morceaux de cette équipe ont été acquis à gauche et à droite, autant grâce à des échanges (Tyler Seguin, Ben Bishop) qu’à du flair et à de la persuasion sur le marché de l’autonomie (Alexander Radulov, Joe Pavelski, Anton Khudobin).

N’empêche, une bonne partie du noyau des Stars vient du repêchage, le mantra de Nill qui a grandi au sein de la famille Ilitch dans l’organisation des Red Wings de Détroit avec des mentors comme Scotty Bowman et Ken Holland qui misaient presque tout sur le repêchage et le professionnalisme de la culture d’entreprise.

J’ai eu de grands mentors, j’ai été extrêmement privilégié. Quand tu commences, tu es jeune, tu es plein d’énergie, tu veux tout faire. J’ai eu des occasions d’aller dans d’autres organisations et c’est probablement une bonne chose que je ne l’aille pas fait. Je me serais fait dévorer vivant. C’est un milieu difficile. Au contraire, j’étais dans une bonne position et j’ai appris mon métier de grands hommes.

Le directeur général des Stars de Dallas, Jim Nill

Neuf des 20 joueurs en uniforme dans le cinquième match contre les Golden Knights de Vegas ont été des choix des Stars, parmi eux, l’ensemble des quatre premiers défenseurs de l’équipe et ses deux plus jeunes attaquants prometteurs. À titre de comparaison, aucun des quatre défenseurs les plus utilisés par le Canadien pendant les séries éliminatoires n'a été repêché par Montréal.

Les arrières texans sont aussi les plus productifs de la ligue dans ces séries avec 53 points, menés par le prodige finlandais Miro Heiskanen (22) et le Suédois John Klingberg (16).

Tout n’est pas parfait pour autant au royaume des Cowboys. Les Flames de Calgary comme l’Avalanche du Colorado, leurs deux premières victimes, ont eu des occasions de les envoyer au tapis. La série contre les Golden Knights était, en apparence, plus maîtrisée, néanmoins âprement arrachée avec quatre victoires par un but, dont deux en prolongation.

Seguin totalise 2 buts en 20 matchs et les Stars sont la première équipe en 52 ans à participer à la finale de la Coupe Stanley malgré un différentiel de buts négatif (62 buts pour, 64 contre).

Mais ils y sont. Et, comme l’a dit récemment Brendan Gallagher, c’est tout ce qui compte.

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