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Il y a 50 ans, Jacky Ickx remportait le Grand Prix du Canada à Saint-Jovite

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Jacky Ickx sourit au photographe en 1968.

Jacky Ickx en 1968

Photo : Getty Images / Express

Il y a 50 ans, le 20 septembre 1970, Jacky Ickx remportait le Grand Prix du Canada sur le circuit Mont-Tremblant, à Saint-Jovite, au Québec. Le pilote belge en garde un excellent souvenir.

Le bucolique circuit des Laurentides, qui appartient aujourd’hui à Lawrence Stroll, a accueilli les équipes de F1 en 1968 et en 1970 pour le Grand Prix du Canada.

Il est entouré de forêts.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Vue des airs du circuit Mont-Tremblant (aujourd'hui)

Photo : Le Circuit Mont-Tremblant

Jacky Ickx a commencé sa carrière en course automobile en 1963, carrière qui allait s’étaler sur plus de 30 ans, et il a connu du succès en F1 et en endurance, dont aux 24 heures du Mans.

Il a participé aux deux éditions du Grand Prix du Canada au circuit Mont-Tremblant.

Radio-Canada Sports a joint Jacky Ickx, aujourd’hui âgé de 75 ans, pour se remémorer sa victoire de 1970 au volant de la Ferrari 312B. Il se souvient bien de ses deux visites.

Qui ne connaît pas le Québec, lance-t-il avec un très large sourire. Ce sujet de dissertation, après la visite du général de Gaulle qui est passé par chez vous un certain moment. Les gens qui ont un âge comme le mien s’en souviennent.

Le général Charles de Gaulle, alors président de la France, avait fait une visite officielle au Québec en juillet 1967 et, au balcon de l’hôtel de ville de Montréal, avait terminé son discours par un retentissant Vive le Québec libre! qui avait provoqué une crise diplomatique avec Ottawa, mais qui avait fait connaître le Québec dans le monde entier.

À sa première visite à la mi-septembre de l’année 1968, Jacky Ickx se souvient d'avoir été charmé par ce petit circuit blotti dans la région de Saint-Jovite.

Nous étions très éloignés à Mont-Tremblant des circuits modernes. Il épouse la nature locale, ça monte et ça descend, c’est dans les bois. Et l’été indien, puisque le Grand Prix du Canada se disputait tardivement, pour ceux qui n’ont pas vu l’été indien, et qui le découvrent pour la première fois, c’est d’une splendeur inouïe.

Jacky Ickx, pilote automobile

Je n’ai pas eu la joie de faire du ski en hiver à Mont-Tremblant, mais mon premier séjour en 1968 s’inscrivait dans un menu découverte de nouveaux horizons. C’était passionnant.

Il est devant son ordinateur.

Jacky Ickx en entrevue à Radio-Canada

Photo : Société Radio-Canada

En plus, la commandite ne jouait pas de grand rôle dans la course automobile, précise-t-il. Ça veut dire qu’on avait le temps de parler à ceux qui habitaient la région, aux gens de l’hôtel, aux gens qu’on rencontrait sur la route, et puis à ceux qu’on pouvait côtoyer sur le circuit. On avait une liberté qui est nettement plus compliquée aujourd’hui.

Cette liberté a permis à Jacky Ickx de tisser des liens, notamment avec le chroniqueur automobile Jacques Duval, qui à l'époque animait à Radio-Canada l'émission Prenez le volant.

Dans ce temps-là, la F1 n'était pas aussi sophistiquée qu'aujourd'hui, se remémore Jacques Duval. Pas besoin d'une kyrielle de laissez-passer pour se rendre d'un endroit à l'autre. Jacky était d'une amabilité incroyable. Il était près des gens, et j'ai pu le côtoyer très facilement. Il était abordable.

Jacky Ickx et Jacques Duval en entrevue à Radio-Canada en 1970

Jacky Ickx (à gauche) et Jacques Duval en entrevue à Radio-Canada en 1970

Photo : Société Radio-Canada

Il voyageait avec toute sa famille. La plupart du temps, il était avec sa femme et ses enfants. C'était une belle combinaison, c'était une façon intéressante pour lui de voyager. Il en profitait pour faire un peu de tourisme.

En plus, il était francophone, alors que la plupart des pilotes étaient anglophones, mentionne-t-il. Il appréciait de pouvoir s'exprimer dans sa langue, car ça ne lui arrivait pas souvent. C'était très facile de travailler avec lui.

Gros plan d'un homme avec une chemise à pois

Jacques Duval en entrevue à Radio-Canada

Photo : Société Radio-Canada

Il existe deux émissions spéciales de Prenez le volant sur le Grand Prix du Canada de 1968, en noir et blanc, et sur le Grand Prix du Canada de 1970, en couleurs.

En 1968, le jeune Jacky Ickx en était à sa première saison complète en F1, mais Enzo Ferrari avait décidé de lui faire confiance (comme à Gilles Villeneuve en 1978), et il a été au plus fort de la lutte pour le titre avec Graham Hill et Jackie Stewart jusqu'au séjour au Canada.

Trois points séparaient les trois pilotes quand le Belge a débarqué à Mont-Tremblant, mais il a fini son premier week-end de travail en sol québécois dans les grillages de protection.

La course automobile était dangereuse en 1968, et j’ai eu un problème mécanique à plusieurs reprises pendant les essais. Mon accélérateur restait bloqué toujours au même endroit, dit-il. Avec une pièce expérimentale, j’ai échappé deux fois à la sortie de route, mais la troisième fois, je suis sorti de la route et je me suis enroulé dans les grillages.

J’ai eu beaucoup de chance dans ma malchance parce que je ne me suis cassé que le tibia et le péroné, ce qui m’a éloigné de la course pendant un certain temps.

En 1968, il a terminé la saison de 12 courses au 4e rang du classement des pilotes.

En 1969, il a pris sa revanche sur le mauvais sort en gagnant le Grand Prix du Canada, qui avait émigré en Ontario, au circuit de Mosport. Il avait obtenu la position de tête et avait mené la course de bout en bout au volant d’une Brabham-Ford.

Une image en noir et blanc de vieilles voitures de course

Jacky Ickx dans la Brabham BT26A (no 6) en 1969

Photo : Getty Images / Fox Photos

Le Belge avait en effet décidé de passer du côté de Brabham cette année-là en raison des succès de la marque en tourisme. Mais il s’est vite rendu compte que la F1 était (déjà) un monde à part, et qu’il n’y avait pas d’inconvénient à l’époque à avoir plusieurs contrats.

La notion d’exclusivité n’existait pas à cette époque-là. Tous les pilotes de cette génération faisaient de la F2, de la voiture de tourisme, de l’endurance et de la F1. Vous imaginez? Je faisais de la F1 avec Ferrari et de l'endurance avec Ford. C’était le style de l’époque.

Jacky Ickx

Il a d’ailleurs gagné les 24 heures du Mans de 1969 pour Ford dans la célèbre GT40, après avoir fait un coup d'éclat au départ. Il est retourné au Mans en 1970 avec Ferrari dans la 512S, où il a été contraint à l'abandon.

Retour avec Ferrari

Malgré son titre de vice-champion du monde de F1 en poche, Ickx a quitté Brabham à la fin de la saison 1969 pour revenir dans la Scuderia en 1970. Et la marque italienne lui a donné une voiture très compétitive, la 312B.

En 1970, c’est le retour de Ferrari avec le moteur boxer 12 cylindres à plat, c’est vrai que c’est une période faste d’un point de vue mécanique.

Jacky Ickx dans la Ferrari 312B no 18 roule sur le circuit Mont-Tremblant lors du Grand Prix du Canada de 1970.

Jacky Ickx dans la Ferrari 312B no 18 lors du Grand Prix du Canada de 1970

Photo : Twitter / Ferrari

Quand vous avez ce contact fusionnel avec votre voiture qui est faite pratiquement sur mesure, une fois que vous avez su la maîtriser et que vous avez confiance en elle, que vous savez qu’elle n’a pas de défauts quelques fois rédhibitoires, vous pouvez obtenir la quintessence d’une performance.

Le succès n’est toutefois pas venu tout de suite. Après une première moitié de saison difficile, l’équipe italienne a dû travailler sur la fiabilité de la 312B pour offrir à Ickx son premier podium aux Pays-Bas. Ont suivi un deuxième podium, puis trois victoires, dont celle à Mont-Tremblant.

Par rapport à une voiture de course d’aujourd’hui, les choses étaient assez simples dans les réglages dans les ressorts, les barres antiroulis, un peu de pinçage, un peu de carrossage, tout ça, fait-il remarquer. Mais c’était cette sensation commune, de vivre ensemble. Le pilote ne représentait à mes yeux qu’une petite partie du succès. On se réunissait le soir pour savoir comment faire pour améliorer la voiture.

Jacky Ickx dans la Ferrari 312B roule sur le circuit Mont-Tremblant lors du Grand Prix du Canada de 1970.

Jacky Ickx dans la Ferrari 312B no 18 lors du Grand Prix du Canada de 1970

Photo : Société Radio-Canada

Clairement, c’était une très, très belle ambiance malgré la notion qu’on partait faire des courses et qu’on n’était jamais certain de rentrer (chez nous) le lundi matin.

Une saison de deuils

Durant la saison de 1970, deux pilotes sont morts : Piers Courage, qui pilotait la De Tomaso d’un certain Frank Williams, tout jeune patron d’équipe, à Zandvoort, aux Pays-Bas, et Jochen Rindt, de l’équipe Lotus, qui menait le classement des pilotes, à Monza, en Italie. Le Grand Prix du Canada suivait juste après.

Vous pouvez parfaitement imaginer l’ambiance, dit-il d'un ton pensif. Le manque d’un d’entre nous est toujours un choc. Mais la philosophie de l’époque, c’était : the show must go on.

La vie continue, le propre de l’homme, c’est qu’il n’est pas là pour toujours et, malheureusement, on perd ses amis, ses relations, ses contemporains. Le destin est différent pour chacun d’entre nous. Ce n’était pas évident, clairement.

Jacky Ickx
La couverture du programme du GP du Canada de 1970 au circuit Mont-Tremblant

La couverture du programme du GP du Canada de 1970 au circuit Mont-Tremblant

Photo : Twitter

Sur le circuit Mont-Tremblant, pour cette 11e manche de la saison de 13 courses, en l’absence de Lotus, en deuil de Jochen Rindt, Ferrari a pris le relais. Mais Jacky Ickx a dû céder la pole position à Jackie Stewart qui pilotait pour la première fois une Tyrrell-Ford.

Le Britannique a mené les 30 premiers tours avant qu’un bris d’essieu l’oblige à abandonner. Ickx a fini la course de 90 tours sans être menacé.

Il sort de sa voiture rouge.

Jacky Ickx à l'arrivée du Grand Prix du Canada de 1970

Photo : Twitter

Jacky Ickx était d'une grande précision dans sa façon de conduire, se souvient Jacques Duval. Pas comme d'autres, notamment Jochen Rindt, qui étaient plus fantaisistes, et qui conduisaient d'une façon débraillée.

De plus, j'ai été surpris par l'aplomb de Ferrari. De toutes les écuries qui participaient aux Grands Prix, c'était la plus solide, et ils ont bien entouré Jacky, qui était encore jeune.

C'est dommage qu'il ne soit pas resté plus longtemps en F1, mais c'était encore très dangereux, les pilotes tombaient comme des mouches. Et c'est pour cela qu'il a préféré s'en aller vers l'endurance.

Jacky Ickx reçoit le trophée du vainqueur à Mont-Tremblant en 1970.

Jacky Ickx reçoit le trophée du vainqueur à Mont-Tremblant en 1970.

Photo : Société Radio-Canada

Le Belge aurait pu devenir champion du monde en 1970, mais il n’a pas réussi à amasser suffisamment de points pour rattraper Jochen Rindt, qui menait largement au classement avant sa disparition à Monza. Ickx a fini 2e, à 5 points de la tête, et s’est contenté du titre de vice-champion du monde pour une deuxième fois.

Je trouve ça formidable que ce soit Rindt qui ait gagné le championnat, affirme-t-il. En fait, on a discuté de savoir si on devait le lui donner à titre posthume puisque ça n’avait jamais été fait. Quelle chance j’ai eue que ça n’ait pas été quelque chose d’acquis. Une victoire sans opposant, ça n’aurait pas été bien, ça n’aurait pas été chic.

Après l’édition de 1970 au Mont-Tremblant, le Grand Prix du Canada a abandonné les Laurentides et est reparti à Mosport jusqu’en 1978. Puis, la F1 s’est installée sur l’île Notre-Dame.

J’ai gagné deux fois le Grand Prix du Canada, et ce sont vraiment de jolis souvenirs humainement parlant, car dans la course automobile, vous rencontrez des gens formidables.

L'expérience Ferrari

Jacky Ickx a piloté cinq ans pour l’équipe italienne, dirigée d’une main de fer par Enzo Ferrari. Déjà à cette époque, elle avait une place privilégiée dans le cœur des amateurs de F1.

Quel privilège d’avoir fait partie de l’histoire de Ferrari. Avoir connu le Commendatore Ferrari, c’était vraiment quelqu’un.

J’ai toujours été touché par son intérêt pour moi, de sa patience, de sa gentillesse et de sa tendresse. Grand homme, grande marque, résume-t-il. Brillante histoire, j’en ai fait partie pour une soixantaine de grands prix, et je vous remercie d’y penser, et de rappeler ça à la génération actuelle.

En combinaison blanche, il regarde devant lui.

Jacky Ickx en 2018

Photo : Getty Images / Mark Thompson

Jacky Ickx est revenu au Québec par la suite, notamment à Trois-Rivières, en 1979, qui organisait une manche du Championnat nord-américain Can-Am. Il a remporté le titre cette année-là avec 5 victoires en 10 courses.

Le hasard a fait que le Canada m’a bien réussi. J’ai toujours été touché par la passion pour la course automobile du public québécois.

Jacky Ickx

La qualité des souvenirs passe par les rencontres, a conclu Jacky Ickx. Ce qui est passé est passé, c’est derrière nous, mais ce qui n’est pas derrière nous, c’est les gens que vous rencontrez à travers le monde, quels que soient les pays.

Palmarès de Jacky Ickx :

  • En 114 courses de F1, entre 1967 et 1979 : 13 positions de tête, 25 podiums, 8 victoires, double vice-champion du monde en 1969 et en 1970
  • En endurance : six victoires aux 24 heures du Mans (1969, 1975, 1976, 1977, 1981 et 1982)
  • En rallye-raid : une victoire au Paris-Dakar en 1983

Le coup d'éclat de Jacky Ickx aux 24 heures du Mans de 1969

Il proteste contre le départ traditionnel de style Le Mans qu'il considère comme dangereux pour les pilotes, quand ils doivent courir vers leur voiture de l'autre côté de la piste. Certains démarrent avant d'avoir attaché leur ceinture de sécurité.

Des voitures alignées au bord de la piste avant le départ d'une course

Jacky Ickx (à droite) marche vers sa voiture lors du départ des 24 heures du Mans de 1969.

Photo : You Tube

Le pilote belge décide de marcher jusqu'à sa voiture et de s'attacher avant de démarrer. Il s'élance bien sûr du dernier rang, mais il va quand même remporter l'épreuve au volant de la Ford GT40.

Comme pour lui donner raison, dans le premier tour, un pilote mal attaché s'est tué.

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