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L’exécution d’un lutteur iranien provoque une vague d'indignation

Ils tiennent des drapeaux derrière des affiches.

Des Iraniens établis à Londres ont dénoncé l'annonce de l'exécution du lutteur Navid Afkari.

Photo : Getty Images / AFP/JUSTIN TALLIS

Le lutteur iranien Navid Afkari a été pendu le week-end dernier à la prison de Chiraz, au sud de l’Iran, après avoir été reconnu coupable d’ « homicide volontaire » sur un fonctionnaire en 2018. Durant des semaines, la communauté sportive mondiale s’était mobilisée pour demander la grâce de ce jeune athlète de 27 ans. L’association Global Athlete, qui réunit plus de 80 000 sportifs dans le monde, a dénoncé une « exécution odieuse », Amnistie internationale a parlé « de parodie de justice », tandis que le Comité international olympique s’est dit « choqué ». Et le mouvement d’indignation se poursuit.

Contactée par Radio-Canada Sport, Martine Dugrenier, directrice générale de la Fédération québécoise de lutte olympique, a réagi à la nouvelle en parlant d’histoire triste et d’injustice.

La campagne de soutien à travers le monde n’a malheureusement pas eu l’effet souhaité, explique-t-elle. Le monde sportif est un monde de solidarité. Encore une fois, les athlètes à travers le monde se sont rassemblés pour aider un des leurs. C’est une situation regrettable. Il faut bien comprendre qu’en Iran, la lutte est un sport important et les lutteurs sont de véritables vedettes. C’est aussi sans doute pour cela qu’il y a eu une mobilisation aussi importante devant l’impact de cette exécution.

Martine Dugrenier est aussi entraîneuse au Centre national canadien et enseignante en éducation physique au Collège Vanier. Elle est consciente qu’elle devra peut-être évoquer ce drame avec ses jeunes.

On se trouve parfois impuissants, car c’est une situation politique que l’on connaît mal. C’est difficile d’avoir un réel impact sur un pays aussi spécifique. Mais la solidarité des sportifs dans le monde a fait en sorte que l’on soit au courant de ce qui se passait là-bas et de ce qui pourrait se passer dans d’autres pays pour d’autres athlètes. Ici, on va en discuter avec les athlètes si le sujet vient sur la table. Mais c’est délicat, car on ne connaît pas tous les détails. On ne connaît pas le système juridique en Iran. Mais je ne sais pas si on peut dire cela comme ça, mais on peut se considérer chanceux de vivre au Canada.

Malgré tout, c’était beau de voir cet effort-là que tout le monde a mis pour aider cet athlète-là. Je crois que cela démontre qu’on peut être forts ensemble et continuer à travailler ensemble. Et, surtout, ne pas tourner la page devant une situation comme celle-là.

Martine Dugrenier, ancienne athlète olympique en lutte

Frustration

On a cherché un cou pour une corde. C’est cette image forte qui illustre la pensée de Sahar Mofidi, membre de la communauté iranienne de Montréal qui milite pour les droits des femmes iraniennes.

Je suis frustrée, enragée, triste, fâchée… C’est un mélange de toutes sortes de sentiments, dit-elle.

Je me sens impuissante devant toutes ces exécutions. Chaque jour, nos jeunes sont tués par ce régime barbare et on se sent impuissants.

Sahar Mofidi explique que le jeune lutteur a été arrêté dans une manifestation contre les libertés bafouées par le régime iranien. Il a été accusé de complot contre le régime. Il y a ensuite eu cette accusation de meurtre contre un policier du régime, mais de nombreux témoins ont dit qu’il n’était même pas présent sur les lieux. Ses aveux de culpabilité ont été extorqués sous la torture, ont insisté son avocat et sa famille.

Cela aurait pu être mon frère ou mon cousin, affirme-t-elle.

Cet État invoque n’importe quelle raison pour arrêter ou juger tous ceux qui le contestent, ajoute-t-elle. On prend nos jeunes pour les condamner de manière complètement aléatoire et c’est ce qui est arrivé à Navid. Ses cris répétés où il clamait son innocence n’auront pas suffi et le gouvernement iranien montre encore une fois comment il n’accorde aucune importance à la justice ni aux cris de l’opinion publique.

Navid n’était pas un activiste politique, c’était juste une personne révoltée contre toutes les injustices et les conditions qui se dégradent au quotidien en Iran. Ce qui lui est arrivé peut arriver à n’importe quel jeune Iranien qui veut juste revendiquer ses droits.

Sahar Mofidi, militante iranienne

Au bord des larmes, elle se demande maintenant si toute cette mobilisation internationale n’a pas finalement nui au jeune lutteur.

Aujourd’hui, on est fatigués, lance-t-elle. Les gens dans la communauté sont tristes et se sentent impuissants. On arrive même à se demander si le fait que nous ayons dénoncé cette situation et que nous nous sommes mobilisés contre cette exécution a aidé ou nuit à Navid. On ressent un sentiment de culpabilité. On se dit que si l’on n’avait rien fait, il serait peut-être encore vivant. Notre mobilisation a peut-être enragé encore plus le gouvernement qui voulait montrer par cette exécution qu’il est encore puissant et qu’il se fout de l’opinion publique internationale. Je me sens partagée par des sentiments contradictoires et je me demande finalement si ce que l’on a fait, on l’a fait pour son bien.

Sur le site de Global Athlete, on peut lire sous le titre Repose en paix, Navid Afkari : Nous appelons la solidarité des athlètes à exiger que le Comité international olympique et United World Wrestling mettent immédiatement en œuvre des sanctions qui expulsent l'Iran du sport mondial pour cette exécution odieuse. Les actions du gouvernement iranien sont une violation flagrante des droits de l'homme; de tels actes ne peuvent rester impunis. Pour avoir exécuté un athlète, ce gouvernement ne mérite plus le privilège de concourir dans le sport international.

Selon le dernier rapport d’Amnistie internationale, l'Iran s’est classé après la Chine, comme le pays qui a le plus recours à la peine de mort, avec au moins 251 exécutions en 2019.

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