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Chronique

Il y a 50 ans, la révolution au tennis féminin

Une photo en noir et blanc d'une joueuse de tennis qui tente de retourner une balle.

Billie Jean King à Wimbledon en 1971

Photo : afp via getty images / AFP

Marie-José Turcotte

Il se passe des choses vraiment intéressantes en ce moment dans le monde du sport. De richissimes athlètes se rendent compte de leur pouvoir et prennent la parole pour tenter de freiner les injustices. On l’a vu avec les ligues professionnelles. Elles ont fait front commun dans un boycottage pour soutenir la lutte contre le racisme. Ces sportifs poursuivent leurs actions grâce à leur vitrine respective.

Il y a la Japonaise Naomi Osaka, joueuse de tennis, qui est passée de jeune timide à activiste. Comme femme noire, elle ne pouvait plus rester silencieuse face à l’iniquité.

Et voilà qu'une fille de chez nous, elle aussi joueuse de tennis et gagnante des Internationaux des États-Unis en 2019, Bianca Andreescu, s’affirme. Elle a pris la plume pour écrire une lettre ouverte afin de remercier Billie Jean King et les neuf originales (9 originals) qui ont façonné le tennis féminin tel qu’on le connaît aujourd’hui.

Sans vos actions courageuses, votre vision, votre détermination pour améliorer l’avenir du tennis féminin, nous ne serions pas là aujourd'hui, a-t-elle écrit.

Qui sont donc ces originales? Ce sont neuf pionnières menées par Billie Jean King qui se sont battues pour l’égalité.

Septembre 2020 marque les 50 ans de leur action aussi téméraire que visionnaire.

Toute cette histoire s'amorce en 1968 avec le début de ce que l’on nomme « l’ère open ». C’est à partir de ce moment que les quatre tournois du grand chelem s’ouvrent, tant aux amateurs qu’aux professionnels. C’est donc à partir de cette année-là que les joueurs peuvent penser gagner de l'argent en s’amusant avec une raquette et une balle. Et les femmes sont convaincues qu’elles font partie de l’équation.

Après tout, cette époque est effervescente. Comme le disait l’humoriste Yvon Deschamps : Ça proteste, ça manifeste, ça joue aux fesses.

Un peu partout sur la planète, il y a des mouvements de revendications pour de meilleurs contrats sociaux, pour l’équité raciale, pour mettre fin aux guerres. Les femmes exigent le contrôle de leur vie, de leur corps. Pour la première fois, il y a statistiquement plus de jeunes que de vieux et leur influence se fait sentir dans tous les secteurs de la société. C’était l’époque du peace and love et de l’appel à toutes les libertés!

Cependant, le machisme ne disparaît pas en une nuit. Les dames du tennis ont vite réalisé qu’il y avait les professionnels et les professionnelles et que ça ne se conjuguait pas de la même manière. Pour elles, il y avait beaucoup moins de tournois et elles étaient moins bien rémunérées.

Un exemple : en 1970, aux Internationaux d’Italie, le champion Ilie Nastase reçoit 3500 $, la championne Billie Jean King, 600. Et la situation ne fait que se détériorer.

Devant le mépris de la USLTA (United States Lawn and Tennis Association) devenue aujourd’hui la USTA, ces femmes décident d’agir.

Ça vaut la peine d’abord d’identifier ces rebelles avec une cause. Les Américaines Billie Jean King, Rosemary Casals, Nancy Richey, Peaches Bartkowicz, Kristy Pigeon, Valerie Ziegenfuss, Julie Heldman et les Australiennes Kerry Melville et Judy Tegart Dalton. Elles s'associent à Gladys Heldman, la rédactrice en chef du World Tennis Magazine.

Leur première action vise le Pacific Southwest Open, qui doit se tenir à Los Angeles du 21 au 27 septembre 1970. Ce tournoi offre des bourses huit fois plus élevées pour les hommes que pour les femmes. Devant le refus du directeur de l’époque, Jack Kramer, de réduire cet écart, elles organisent une conférence de presse pour annoncer qu’elles vont boycotter le tournoi, et mettre sur pied leur propre événement.

Malgré les menaces de la USLTA de les bannir des tournois du grand chelem et de les empêcher de représenter leur pays sur la scène internationale, elles vont de l’avant, comme nous le raconte une des pionnières, Nancy Richey, sur WTAtennis.com.

Il y avait tellement de discrimination contre nous, j’en étais rendue à me dire : "Je m’en fous si je ne joue plus jamais un autre grand chelem." J’avais l’impression qu’on s’en allait dans un cul-de-sac. Il fallait agir, dit-elle.

Gladys Heldman prend les choses en main. Elle offre à ces neuf joueuses de signer un contrat et d’investir chacune 1 $. Brillant! Elles ont maintenant leur propre organisation professionnelle.

Avec ses contacts, Gladys Heldman arrive à trouver un soutien financier pour organiser un premier tournoi professionnel féminin. Il se tient du 23 au 26 septembre 1970, à Houston, au Texas. Devant le succès de l’événement, 40 femmes décident de participer en 1971 à la première saison du Virginia Slim Circuit. Deux ans plus tard, en 1973, à la veille du tournoi de Wimbledon, 60 joueuses vont adhérer à la création de la Women’s Tennis Association (WTA).

Gratitude, c’est certainement le meilleur mot qui résume la pensée de Bianca Andreescu face à cette WTA qui lui permet de vivre sa passion.

Nous avons une grande dette de reconnaissance envers vous. Vous, les neuf pionnières qui étiez prêtes à sauter sans filet de sécurité, pour que des filles, des femmes comme moi puissent avoir de grands rêves et accomplir des choses, affirme-t-elle.

Vos rêves étaient beaucoup plus grands que le classement mondial ou les tournois du grand chelem. Vous avez fait en sorte que le sport et également le monde soient meilleurs et plus équitables pour les femmes. Vos buts étaient clairs : que toutes les petites filles de la planète puissent avoir un endroit où compétitionner. Que les femmes puissent être reconnues pour leurs accomplissements, pas seulement pour leur apparence. Et qu’elles soient capables de gagner leur vie avec le tennis professionnel.

Bianca Andreescu
La joueuse fixe la balle qu'elle s'apprête à frapper

Bianca Andreescu a rendu hommage à Billie Jean King et aux autres pionnières du tennis féminin

Photo : Getty Images / Al Bello

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Avec sa victoire aux Internationaux des États-Unis, en 2019, Bianca Andreescu a reçu une bourse de 3,85 millions de dollars américains. Comme les avant-gardistes du tennis le disaient dans les années 1970 : We’ve come a long way, baby, on en a fait du chemin!

Selon le magazine économique Forbes, qui chaque année produit des palmarès, entre autres sur les sportifs les mieux payés, en 2020, pour les femmes, le top neuf est occupé par des joueuses de tennis, avec la Japonaise Naomi Osaka en tête. Ses revenus en bourses et en commandites s'élèvent à 37,4 millions.

Si l’on prend le top 100 de tous les athlètes, Osaka est devancée par 28 hommes. C’est Roger Federer qui est le plus riche. Osaka est donc au 29e rang des sportifs les mieux rémunérés du monde. Une seule autre femme fait partie du top 100, Serena Williams au 33e rang.

Naomi Osaka embrasse le trophée remis à la championne des Internationaux des États-Unis.

Naomi Osaka est la sportive la mieux rémunérée.

Photo : Getty Images / Al Bello

Bien sûr, les hommes ont beaucoup plus d’occasions, puisqu’il y a pour eux de nombreux sports professionnels pour s’exprimer. Mais ce palmarès nous dit que le tennis est le sport au féminin qui réussit le mieux à faire vivre ses athlètes.

Merci aux pionnières, mais ce palmarès nous dit également qu’il y a encore beaucoup à faire. Bianca Andreescu en est bien consciente.

Quand j’ai eu la chance de vous rencontrer Billie (Jean King), l’année dernière, je vous ai demandé quel était votre plus grand accomplissement, vous m’avez répondu : "Créer des bourses égales pour le tennis féminin." Mais vous avez aussi été claire, cette bataille n’est pas terminée. Vous m’avez dit que je pouvais continuer d’attirer l’attention sur cette lutte dans mes entrevues et sur les réseaux sociaux, mentionne-t-elle.

Grâce à votre exemple, ma génération peut prendre le relais pour exprimer ce en quoi elle croit, et le promouvoir sans égard aux réactions ou conséquences. Votre leadership a créé une base solide et puissante, qui nous permet à notre tour d’être revendicatrices.

Bianca Andreescu

Pour les uns, c’est l’équité entre les genres, pour les autres, l’égalité entre les races. Peu importe le combat, on peut s’inspirer du conseil de Billie Jean King:

On n’atteint pas le sommet de notre sport sans pouvoir se tenir sur les épaules des générations qui nous ont précédées.

Plan rapproché d'une dame en tailleur vert

Billie Jean King est à l'origine d'une révolution dans le tennis féminin.

Photo : Associated Press / Wong Maye-E

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