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Pourquoi certaines personnes croulent-elles sous la pression?

Elle est appuyée sur une barrière.

Nadine Kleinert, de l'Allemagne, réagit après la finale de l'épreuve du lancer du poids aux Championnats du monde d'athlétisme.

Photo : Getty Images / Alex Livesey

Christine Roger

Même après des années de préparation, certains athlètes vont figer et offrir une contre-performance une fois rendus aux Jeux olympiques. D’autres vont plutôt être au meilleur de leur forme lors de situations intenses et stressantes. Comment expliquer que chaque personne réagisse différemment à la pression?

Bien des facteurs externes peuvent influencer le niveau d’anxiété. La nouveauté, le manque de contrôle, l’ambiguïté et le côté imprévisible d’une situation peuvent déclencher ce sentiment.

Selon Véronique Richard, qui est titulaire d’un doctorat en sciences de l’activité physique et d’une spécialité en psychologie de la performance, c’est bien souvent une mauvaise perception qui fera augmenter le niveau d’anxiété. On se crée un scénario fictif et on a l’impression qu’on vit une menace, même si ce n’est pas le cas.

Certains athlètes peuvent s’imaginer qu’une contre-performance leur coûtera leur place dans l’équipe ou le respect de leurs coéquipiers. Si, dans le passé, une conséquence négative est survenue dans une situation similaire, plusieurs auront tendance à associer la conséquence à la situation et cela influencera aussi leur niveau d’anxiété, explique la consultante en préparation mentale, qui travaille notamment avec les équipes nationales de water-polo et de natation artistique.

L’anxiété aura des effets physiques (anxiété somatique) ou psychologiques (anxiété cognitive). Pas besoin de faire du sport pour avoir déjà perçu cette désagréable sensation. Une fois que le stress nous envahit, une cascade de symptômes apparaissent, de l’augmentation de la fréquence cardiaque aux mains moites jusqu’aux maux de tête ou aux nausées.

Bien qu’ils puissent paraître négatifs, ces symptômes sont en fait le signal que votre corps se prépare à se battre. Une énergie supplémentaire est donc disponible pour affronter une situation qui se présente. Si elle est bien canalisée, cela peut-être très utile pour les performances sportives, affirme Véronique Richard.

Il est accroupit au monticule.

Zack Greinke, des Astros de Houston, réagit après avoir accordé un coup de circuit en première manche contre les Athletics d'Oakland, le 29 août 2020.

Photo : Getty Images / Bob Levey

Les conséquences psychologiques de l’anxiété ne sont pas à négliger non plus. Vous pouvez avoir l’impression que votre champ attentionnel est soudainement rétréci et que vous êtes incapable de rester concentré sur un objectif précis. Le doute s’installe et les pensées négatives font leur apparition. Comment expliquer ce phénomène communément appelé choking?

Les doutes provoqués par une anxiété élevée consomment une partie des capacités attentionnelles de l’athlète, laissant moins de ressources pour la tâche à accomplir. Les performances seront alors altérées, souligne Véronique Richard.

En guise d’exemple, un joueur de soccer trop anxieux pourrait avoir du mal à repérer un autre joueur pourtant entièrement libre et parfaitement positionné pour marquer un but.

Plusieurs études sur le sujet mettent aussi en évidence l’impact de la conscience de soi et du mouvement dans la relation anxiété-perfomance.

La personne a tendance à se concentrer de façon exagérée sur elle-même pour tenter de contrôler consciemment les aspects de ses mouvements. En réinvestissant ses connaissances explicites sur la technique, l’automaticité qui définit généralement les performances de haut niveau est perturbée, ajoute Mme Richard. 

Vous n’avez qu’à penser à un joueur de la Ligue nationale de hockey, pourtant extrêmement talentueux, qui va complètement cafouiller sur une tentative de tir de pénalité. En raison de l’anxiété, il a sans doute trop analysé la tâche en pensant à tous les éléments techniques, ce qui a perturbé la fluidité du mouvement et a généré une erreur.

Les effets de l’anxiété sont donc propres à chaque personne et son effet sur la performance va varier d’un athlète à l’autre. Certaines personnes vont être très efficaces avec un niveau élevé d’anxiété, tandis que d’autres vont complètement s’écrouler.

Que vous soyez un sportif du dimanche ou un athlète professionnel, l’anxiété n’est pas une fin en soi. Il existe différentes stratégies d’adaptation qui peuvent être mises en œuvre pour mieux gérer l’anxiété et atteindre un niveau qui aura un effet plutôt positif sur la performance.

La respiration abdominale, par exemple, est une excellente stratégie comportementale qui permet de mieux contrôler les symptômes physiologiques liés à l’anxiété. La prise de perspective face à une situation stressante est une bonne stratégie cognitive d’approche.

Lorsque l’anxiété s’empare de vous, Véronique Richard recommande de plutôt vous concentrer sur ce qu’il y a à gagner en faisant face à la situation. Plutôt que de focaliser sur la douleur qu’entraînera une course, vous pourriez penser à la fierté qui sera ressentie lorsque celle-ci sera terminée ou aux gains cardiovasculaires acquis avec l’entraînement.

On propose aussi souvent aux athlètes souffrant d’anxiété d’adopter des stratégies cognitives de distraction, en écoutant notamment de la musique pour ne pas trop penser à la douleur.

Les athlètes utilisent beaucoup d’autres stratégies comme l’imagerie mentale, le discours interne motivationnel ou les stratégies attentionnelles afin de bien réguler leur anxiété, mentionne la consultante en préparation mentale.

Bien que les stratégies d’évitement puissent être efficaces momentanément, il est préférable d’opter pour les stratégies d’approche ou de distraction, car il y a des preuves qu'elles sont plus efficaces pour optimiser la performance, ajoute-t-elle.

Peu importe la stratégie adoptée, la clé demeure donc d’être à l’écoute de votre corps afin de réussir à prendre conscience de votre niveau d’anxiété somatique et cognitive. Sortir de sa zone de confort optimal n'est pas problématique, à condition de réussir à se réguler.

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