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Chronique

Lionel Messi, un dernier tour de piste à Barcelone?

Il lève les yeux au ciel.

Lionel Messi jouera avec le FC Barcelone en 2020-2021

Photo : Getty Images / JOSEP LAGO

Olivier Tremblay

« L’impossible schisme s’est produit. Vingt ans après l’arrivée d’un frêle adolescent en Catalogne, Lionel Messi n’est plus un joueur du FC Barcelone. »

Rien n’est impossible, même la parution du brouillon d’amorce qui se voulait le point de départ d’une analyse dorénavant caduque.

Cela dit, peut-être Messi et le Barça ont-ils seulement retardé l’échéance. L’entrevue qu’a accordée l’Argentin au site Goal.com, la semaine dernière, le laisse croire. Il a réintégré le groupe du nouvel entraîneur Ronald Koeman et devrait jouer 45 minutes dans le match amical de samedi, contre le Gimnastic Tarragone, deux semaines avant le retour du FC Barcelone en Liga prévu le 27 septembre et quelques heures après le duel Eibar-Celta Vigo qui ouvrira la saison 2020-2021, samedi matin (HAE).

Si le numéro 10 reste en Catalogne, c’est pour… éviter des procédures judiciaires.

Il s'approche du ballon.

Lionel Messi a repris l'entraînement avec le FC Barcelone le 7 septembre.

Photo : Reuters / Courtoisie/FC Barcelone

Messi avait décidé de s'en aller. Mais son contrat stipule qu’il devait le signifier aux dirigeants du club, dont le président Josep Maria Bartomeu, au plus tard le 10 juin, soit une dizaine de jours après la fin de la saison européenne. En Espagne, les matchs ont recommencé le 11 juin après l’interruption causée par la COVID-19.

La clause a donc été suivie à la lettre, mais qu’en est-il de son esprit? Qu’importe, Bartomeu s’est assuré qu’un autre chapitre s’écrive, même si ce devait être celui de trop. Celui qui bouleverse une histoire imparfaite, mais si belle.

Le président m’a toujours dit qu’à la fin de la saison, je pourrais décider si je voulais m’en aller ou rester. Il n’a pas tenu parole.

Lionel Messi, à Goal.com

Messi et Barcelone, c’est l’histoire d’une organisation qui offre à un jeune Argentin de 13 ans le traitement hormonal que les clubs de son pays ne peuvent lui payer dans une économie en crise. L’histoire d’un joueur devenu le meilleur du monde dans le club qui l’a formé, avec lequel il a gagné 34 trophées collectifs. L’histoire de la pièce maîtresse d’une génération qui a révolutionné le soccer.

C’est, en somme, l’histoire d’un club qui a tout donné à son joueur… et d’un joueur qui a tout donné à son club. Et visiblement, le joueur ne croyait plus que son club puisse lui donner quoi que ce soit. C’est une question de confiance.

On pourrait présumer que la débâcle contre le Bayern en Ligue des champions, le mois dernier, était l’élimination humiliante de trop pour Messi, mais les problèmes sont plus profonds que la simple joute sportive. La Puce a traversé des moments difficiles à Barcelone. Mais jamais de quoi faire perdre la foi en toute l’organisation.

Toute l’année, j’ai dit au président que je voulais partir, qu’il était temps de viser de nouveaux objectifs de carrière. Il remettait toujours la discussion.

Lionel Messi, à Goal.com

Il a beau être un prodige, Messi a connu des débuts cahoteux avec la première équipe en Catalogne (blessures, saisons sans trophées…). Mais quand Pep Guardiola devient son entraîneur, en 2008, le no 19 prend plutôt le no 10, et tout finira vite par tourner autour de lui. C’est la saison du (premier) triplé Championnat-Coupe-C1, le point de départ d’une ère magique où Barcelone gagne 14 trophées en 4 campagnes avec du jeu qui secoue toute la planète.

Les résultats ne sont plus au rendez-vous comme auparavant (une Liga et une Supercoupe) dans les deux années qui suivent le départ de Guardiola en 2012. Mais surtout, en janvier 2014, le président du club Sandro Rosell démissionne dans la polémique. Il est remplacé par Bartomeu.

Ce dernier restera pour toujours celui qui a failli faire fuir Messi, et qui y parviendra visiblement.

Il n’y a pas de projet depuis longtemps. On jongle et on bouche les trous à mesure.

Lionel Messi, à Goal.com

Le Barça gagne encore le triplé en 2014-2015, mais, tranquillement, les bases du projet sportif s’effritent.

Peu à peu, les piliers de la génération dorée façonnés dans son réputé centre de formation s’en vont. Xavi et Pedro en 2015. Andrés Iniesta en 2018. C’est le cycle de la vie.

Les deux hommes prennent la pose en présentant un maillot du FC Barcelone avec les mots « A. Iniesta pour la vie » inscrits à l'endos.

Le président du FC Barcelone, Josep Maria Bartomeu (à gauche), a prolongé le contrat d'Andrés Iniesta « pour la vie » en octobre 2017. Iniesta a quitté le club l'été suivant.

Photo : Getty Images / AFP/Lluis Gene

De nouveaux jeunes ne les remplacent pas. Une enquête du journaliste Xavi Torres, pour le quotidien Ara, conclut même qu’après la mise en œuvre des plans de Bartomeu, qui comprend des nominations malavisées à des postes cruciaux, une gestion des locaux déficiente et un service alimentaire médiocre, le centre de formation est malade.

Aujourd’hui, dans l’effectif du Barça, seuls trois titulaires indiscutables proviennent du centre de formation : Gerard Piqué (33 ans), Sergio Busquets (32 ans) et Jordi Alba (31 ans). Les Riqui Puig (21 ans) et Ansu Fati (17 ans) sont prometteurs, mais ils auront besoin d'une vraie chance un jour.

Quand on ne peut former les joueurs, encore faut-il savoir les recruter. Le constat d’échec, pour Bartomeu, est sans appel. Le FC Barcelone ne sait plus comment faire ses emplettes.

J’ai cru que c’était le temps de céder la place à des jeunes et à de nouvelles idées.

Lionel Messi, à Goal.com

Sous la direction de Bartomeu, pour les Luis Suarez, Clément Lenglet, Frenkie de Jong et Arthur, qui ont aidé le club catalan, il y a eu les Ousmane Dembélé, Antoine Griezmann, Malcom, André Gomes, Nélson Semedo, Arda Turan, Paco Alcácer et autres Samuel Umtiti, recrutés à gros prix pour un bilan indigne d'un grand club, de celui qui est plus qu’un club.

Des partisans devant une murale représentant Johan Cruyff, joueur emblématique du Barça, avec la devise de l'équipe.

La devise du FC Barcelone, « Més que un club », fait référence à l'importance du Barça en Catalogne d'un point de vue historique et social.

Photo : Getty Images / AFP/Lluis Gene

Il faut cependant rendre à César ce qui lui revient : le joueur le plus cher de l’histoire du Barça a quand même marqué dans cette lourde défaite en Ligue des champions, le 14 août. Incapables de vendre Coutinho après l’avoir acheté pour 145 millions d’euros en 2017, les Catalans l’ont prêté au Bayern de Munich l’été dernier.

Coutinho a inscrit les deux derniers buts des Allemands contre Barcelone et est maintenant champion d’Europe.

Messi ne s’en cache pas : il a encore soif de trophées. Surtout du plus prestigieux de tous pour les clubs européens, celui de la Ligue des champions, qu’il était presque devenu habitué à soulever (quatre fois de 2006 à 2015).

À partir de 2016, les Catalans ont vu l’ennemi juré, le Real Madrid, gagner la C1 trois fois de suite. C’est d’autant plus frustrant que, dans l’imaginaire collectif, c’est plutôt le club de la capitale qui recrute des joueurs un peu n’importe comment. Depuis la fin de l’hégémonie madrilène, les deux champions (Liverpool et le Bayern) ont giflé le Barça avant la finale.

Vraisemblablement, Lionel Messi n’a plus qu’une occasion de renouer avec la victoire suprême à Barcelone. Au rythme où vont les choses, peut-être même ses supporteurs voudront-ils le voir partir avant de le revoir triompher.

Je voulais finir ma carrière dans le bonheur. Et cette année, je n’ai pas trouvé le bonheur au club.

Lionel Messi, à Goal.com

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