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Chronique

Shapovalov, sans peur et sans reproche

Denis Shapovalov

Denis Shapovalov

Photo : Getty Images / Al Bello

Presque. Presque sans reproche. Tout n’est jamais parfait. Mais sans peur? Totalement.

C’est un Denis Shapovalov parfaitement assumé qui a atteint les quarts de finale des Internationaux des États-Unis. Il en a même fourni la preuve la plus éloquente dans sa défaite contre Pablo Carreno Busta qu’il a conclue avec deux statistiques ahurissantes.

Les coups gagnants

Le tournoi comptabilise ces coups imparables qui mettent fin à un échange. Shapovalov a réussi 76 coups gagnants contre Carreno Busta. Pour un seul match, c’est un sommet à Flushing Meadows cette année. La moyenne tourne autour de 40, alors 76, vous réalisez? D’autres joueurs gagnent souvent deux matchs avec un total inférieur à 76. Le Canadien l’a fait dans une rencontre. Et il l’a perdue.

Les fautes directes

Ça nous amène à l’autre statistique phénoménale qui permet de définir le joueur et d’évaluer le chemin qui reste à faire : les fautes directes. Ces erreurs sont des cadeaux qu’on fait à son rival, des doubles fautes, des retours qui semblent contrôlables, mais qu’on renvoie deux mètres au-delà de la ligne, des coups droits qui aboutissent dans les pieds du juge de ligne sinon dans les gradins.

Contre Carreno Busta, Shapovalov en a commis 77! Une de plus que les coups gagnants, un autre sommet dans le tournoi. C’est un chiffre exorbitant, comme on en voit peu dans une année. Et Shapovalov a conjugué les deux : 76 coups gagnants et 77 fautes directes dans une seule rencontre!

Denis Shapovalov

Denis Shapovalov

Photo : Getty Images / Al Bello

Confiance

Ça nous ramène à la peur, complètement absente de son jeu. Il lui arrive de se déconcentrer, de perdre quelques points consécutifs en ratant tout ce qu’il tente. Mais la peur? Jamais.

Shapovalov attaque la balle dès qu’il en a l’occasion. Il cherche les lignes, toujours. Il ne vise pas le coin, il vise le coin du coin. Et il l’atteint assez souvent pour figurer, à 21 ans, parmi les 20 meilleurs joueurs du monde.

La méthode est trouvée, le répertoire de coups est complet. Ses volées constituaient son point faible. Il les a améliorées. Il a maintenant tout ce qu’il faut. Lui manque seulement un peu de maîtrise et un peu de temps.

Il vient de frapper la balle.

Dominic Thiem

Photo : La Presse canadienne / Frank Franklin II/AP

Un modèle

L’Autrichien Dominic Thiem sera, à mon petit avis, le prochain joueur dominant sur le circuit de l’ATP.

Il a 27 ans. De 2014 à 2017, il se faisait royalement ramasser par Novak Djokovic. Cinq défaites cinglantes. Depuis, il l’a battu quatre fois sur six. Il compte aussi Nadal et Federer à son tableau de chasse.

Comme Shapovalov, il n’a jamais eu peur.

Pendant ce temps, Eugenie…

Eh oui, Eugenie! Vous êtes lassés d’attendre son retour? Pas moi. À la regarder jouer à Istanbul, l’attente s’achève peut-être.

La 272e du monde a dû disputer les qualifications pour accéder au tableau principal. Elle les a franchies sans mal. Elle a aussi signé une victoire sans histoire au premier tour. Et surtout, elle a joué un très beau match au deuxième tour contre la Russe Svetlana Kuznetsova, 34e au classement mondial. Bouchard a gagné la première manche au bris. Elle a laissé filer le bris de la deuxième, mais ne s’est pas dégonflée. Elle a continué de jouer avec confiance pour enlever la troisième 6-2.

Elle frappe la balle.

Eugenie Bouchard

Photo : Getty Images / Hannah Peters

La confiance. Tout est là. Les outils d’Eugenie ne sont pas moins redoutables que ceux dont elle disposait en 2014 quand elle a atteint le 5e rang du classement mondial. C’est dans l’usage qu’elle en fait que se situe la différence.

La confiance, c’est ce qui fait qu’un golfeur, à 150 verges du fanion, vise la coupe et non le vert. C’est ce qui fait qu’un hockeyeur vise le coin plutôt que de viser le but. La confiance, c’est ce qui a cruellement manqué à Bouchard depuis cinq ans.

Quand on craint d’envoyer sa balle au-delà de la ligne, on vise, consciemment ou pas, un peu à l’intérieur du terrain de crainte de commettre la faute. Sur la ligne, la balle serait hors de portée de l’adversaire. À l’intérieur, l’adversaire l’atteint facilement et c’est lui (ou elle) qui vous la retourne sur la ligne. C’est un cercle vicieux.

Bouchard pourrait s’en sortir. Mais elle doit viser les lignes et jouer sans peur, comme Shapovalov.

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