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Chronique

Sebastian Vettel rajeunira-t-il avec Aston Martin?

Gros plan des yeux d'un pilote dans sa voiture

Sebastian Vettel

Photo : Associated Press / Paul Chiasson

On ne sait jamais à quel moment un pilote d’élite perdra la fraction de seconde qui le distingue du peloton. Mais quand ça survient, c’est généralement irréversible. Il sera donc particulièrement intéressant de voir quel genre de résultats obtiendra Sebastian Vettel, le futur coéquipier de Lance Stroll, la saison prochaine.

Ce qui était un secret de polichinelle a été officiellement annoncé jeudi : l’ex-champion du monde Sebastian Vettel, qui porte les couleurs de Ferrari depuis 2015, fera le saut au sein de l’écurie Aston Martin la saison prochaine.

Le milliardaire canadien Lawrence Stroll ayant pris le contrôle du manufacturier Aston Martin en juin dernier, l’écurie Racing Point sera rebaptisée au nom de cette prestigieuse marque en 2021. Pour lancer Aston Martin sur des bases solides, l’écurie est déjà en train d’agrandir et de moderniser ses installations de Silverstone en Angleterre.

En mai dernier, on avait appris que l’écurie Ferrari avait décidé de rompre son association avec Vettel. Après avoir remporté quatre titres sous les couleurs de Red Bull, l’Allemand n’a pas réussi à en offrir un à la Scuderia.

Pour Aston Martin, cette embauche est un fabuleux coup de marketing. Sebastian Vettel a été le plus jeune pilote de l’histoire à récolter un point de classement en F1 en 2007. Il est ensuite devenu le plus jeune champion de l’histoire du cirque, en 2010, à l’âge de 23 ans. C’est un euphémisme de dire que les commanditaires seront plus enthousiastes à l’idée d’associer leur marque à un groupe de pilotes ayant Vettel comme tête d’affiche plutôt que le Mexicain Sergio Pérez.


Sur le plan sportif, toutefois, il est loin d’être acquis que cette acquisition de Racing Point/Aston Martin s’avérera payante.

Sebastian Vettel ne quitte pas Ferrari par hasard. L’écurie de Maranello a coupé le cordon parce que l’Allemand, maintenant âgé de 33 ans, n’est plus dans le coup.

Depuis que Charles Leclerc s’est joint à Ferrari la saison dernière à 21 ans, le Monégasque a devancé son vétéran coéquipier 22 fois sur 29 lors des qualifications, soit près de 76 % du temps. Il s’agit d’une domination totale. Et même si Vettel est plus expérimenté et connaît depuis des années les rouages techniques de la Scuderia.

Quand votre coéquipier vous malmène aussi décisivement, ça signifie que vous n’êtes plus suffisamment compétitif et que vous n’aidez plus votre écurie à progresser.

Un pilote en rouge salue la foule de la main.

Charles Leclerc est devenu le meneur de Ferrari.

Photo : Getty Images / Charles Coates

Malgré cela, dans le paddock, il se trouve toujours une écurie enthousiaste à l’idée de recycler un ex-champion du monde ou un pilote ayant flirté avec les avant-postes.

Généralement, ce sont des écuries émergentes qui réussissent à recruter ces anciennes têtes d’affiche. Elles le font parce que les pilotes d’expérience arrivent avec leur bagage de connaissances techniques, ce qui s’avère toujours rassurant pour les ingénieurs. Et ce l’est encore plus ces temps-ci, compte tenu du changement de règlement technique qui sera en vigueur en 2022.

Aussi, un peu comme on le fait à la boxe, on procède à ce genre d’embauche pour jumeler l’ancien champion avec un jeune pilote émergeant, de façon à pouvoir mieux mesurer son potentiel et sa progression.

Alors qu’il avait atteint la quarantaine, Michael Schumacher a joué ce rôle auprès de Nico Rosberg (alors âgé de 24 ans) au début des années 2010. Jacques Villeneuve a tour à tour servi de mesure étalon pour Jenson Button (24 ans) en 2003 et pour Felipe Massa (24 ans) en 2005. Et en 1998, à peine deux ans après avoir remporté le titre, Damon Hill servait de faire-valoir au sein de Jordan auprès du jeune Ralf Schumacher (22 ans).

Dans tous les cas mentionnés ici, ces pairages ont nettement tourné à la faveur des jeunes pilotes. C’est d’ailleurs ce qui se passe la plupart du temps.

Même si leurs performances dépendent en grande partie de la qualité de leur monoplace, millième de seconde par millième de seconde, les pilotes de F1 finissent aussi par se faire rattraper par le temps.


Cela dit, il sera intéressant de voir qui sera le faire-valoir de qui au sein d'Aston Martin la saison prochaine.

Parce qu’en mettant fin à son association avec Sergio Pérez, l'écurie s’est aussi départie de son pilote le plus performant.

Depuis que Perez et Stroll sont devenus coéquipiers en 2019, le Mexicain s’est mieux positionné que le Canadien 22 fois sur 27 sur la grille de départ (81 % du temps). Ce n’est pas rien. L’implacable jugement sportif qui a chassé Vettel de Ferrari ne s’est pas appliqué au fils du propriétaire de Racing Point/Aston Martin.

Deux pilotes dans leur combinaison rose près d'une monoplace

Les pilotes Lance Stroll et Sergio Pérez posent fièrement devant la RP20.

Photo : Racing Point

Bien que Stroll connaisse une saison plus intéressante que celle de l’an dernier, le fait demeure : il n’est pas le pilote le plus rapide de son écurie.

De nombreux observateurs estiment que les performances de cette année et les investissements colossaux de Lawrence Stroll annoncent des jours fabuleux pour Aston Martin.

Comme les vraies affaires se passent sur la piste, il est permis de se demander comment Aston Martin pourra déterminer qu’elle exploite tout le potentiel de ses monoplaces en misant sur deux pilotes qui ont été nettement déclassés par leurs précédents coéquipiers.

Si Vettel domine Stroll, on se demandera ce que pourrait accomplir cette écurie avec un jeune pilote de pointe derrière le volant. Et si Stroll domine Vettel, on dira que l’Allemand est vraiment au bout du rouleau et que c’était une erreur de miser sur lui.

En fin de compte, quand on y pense, c’est Vettel qui a le plus à gagner dans ce transfert. Pour lui, ce passage avec Aston Martin constitue un assez beau risque.

Compte tenu du palmarès de Lance Stroll en F1 depuis trois ans et demi, les chances que Vettel se fasse passer à la moulinette par son coéquipier sont assez minces. En plus, il risque même de se retrouver au volant d’une monoplace compétitive qui lui permettra de redorer son blason.

Les fontaines de jouvence sont extrêmement rares dans le sport professionnel. Or, quand on analyse l’ensemble du portrait, on se dit que Sebastian Vettel vient peut-être d’en trouver une.

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