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Le tennis canadien sur le point de franchir la dernière étape

Il serre le poing.

L'Ontarien Denis Shapovalov participait mardi à son premier match en quarts de finale d'un tournoi du grand chelem.

Photo : La Presse canadienne / Frank Franklin II

« Dans deux, trois ans, ça va faire mal », a laissé tomber Louis Borfiga au bout du fil. Et il ne parlait pas ici de malencontreux incidents de balles perdues aussi dangereuses que si vous vous teniez au milieu d’un champ de tir au pigeon d’argile.

Le responsable du développement de l’élite à Tennis Canada n’a pas peur des mots. Déjà, dans une entrevue qu’il nous avait accordée en 2015, Borfiga qualifiait Félix Auger-Aliassime de diamant brut et ne craignait pas de le dépeindre en futur vainqueur d’un tournoi du grand chelem. Le Québécois avait alors 14 ans.

Aujourd’hui, à l’aune des prestations de ses poulains dans le plus incongru des tournois du grand chelem de mémoire d’homme, le grand manitou derrière la refonte du tennis canadien a l’impression qu’il touche presque au but ultime : remporter des titres majeurs.

Le Canada a placé trois joueurs en huitièmes de finale aux Internationaux des États-Unis. Trois sur 16 pour un sport à l’envergure, à la popularité et à la pratique internationale, c’est énorme. Aucune autre nation n’en a fait autant pendant ce tournoi.

Parmi lesquels, Denis Shapovalov qui est devenu le premier Canadien, chez les hommes, à atteindre les quarts de finale à New York, soit le plus bel exploit à Flushing Meadows mis à part, bien sûr, le titre de Bianca Andreescu l’an dernier.

Auger-Aliassime a atteint le quatrième tour pour la première fois en tournoi majeur et Vasek Pospisil a validé son retour au plus haut niveau avec une deuxième présence en deuxième semaine après son quart de finale à Wimbledon en 2015.

Il frappe la balle lors de son match de 2e tour contre Andy Murray.

Félix Auger-Aliassime

Photo : Getty Images / Matthew Stockman

Sans pousser l’audace à affirmer,  je vous l’avais dit, Borfiga a laissé transparaître son petit triomphe, qu’il avait de modeste quand même.

C’est une belle émulation entre la jeune et l’ancienne génération. Ils se poussent. Les anciens ne veulent pas se faire dépasser. Les jeunes veulent les dépasser. C’est bien. C’est une saine compétition. Ils ont tous bien joué parce que Milos [Raonic], la semaine avant, a fait finale [au tournoi de Cincinnati, NDLR]. Vasek a fait deux super résultats en battant [Roberto] Bautista Agut et Milos. Denis et Félix atteignent la deuxième semaine. C’est une belle émulation. C’est ce qu’on recherchait, a-t-il expliqué.

Sur la bonne voie

Deux jours après sa demi-finale inopinée à l’été 2017 qui l’avait révélé au monde entier grâce au gain sur Rafael Nadal, Shapovalov était de retour sur le terrain secondaire du stade IGA pour répéter ses gammes à la volée avec Martin Laurendeau.

De l’aveu de tous, le Canadien peinait dans cette facette du jeu. Trois ans plus tard, force est de constater que la progression est bien nette. Mordant toute la semaine, Shapovalov a bien failli décrocher un billet pour la demi-finale, s’inclinant en cinq manches devant l'Espagnol Pablo Carreno Busta.

Denis Shapovalov serre la main de Rafael Nadal après sa victoire en huitièmes de finale à la Coupe Rogers de 2017.

Denis Shapovalov serre la main de Rafael Nadal après sa victoire en huitièmes de finale à la Coupe Rogers de 2017.

Photo : USA Today Sports

Plus que les autres, pour le moment, Borfiga voit en lui des promesses sur le point de se concrétiser.

Le fait qu’il ait joué beaucoup de doubles dans les deux dernières années lui a été bénéfique pour améliorer sa première volée et sa volée de conclusion. Son tennis en général est en progression incontestablement. Il est beaucoup plus complet. De temps en temps, il a de très, très bons moments de tennis. Il n’a que 21 ans et le niveau qu’il a joué est encourageant pour le futur, a-t-il fait valoir.

Il est vraiment tout près. Il faut avoir plus d’expérience. À mon avis, il va l’atteindre assez rapidement parce qu’il a un tennis de très haut niveau. Son jeu est vraiment complet maintenant. Dans les deux, trois années qui arrivent, ça va faire mal.

Louis Borfiga à propos de Denis Shapovalov

Auger-Aliassime, plus jeune encore à 20 ans tout juste, a possiblement franchi un cap à son tour. Il n’avait que deux victoires dans les quatre grands tournois et a réussi à en coller trois d’affilée, dont deux remarquables de maîtrise contre Andy Murray et Corentin Moutet.

Le Québécois a, ensuite, tenu la dragée haute à Dominic Thiem, troisième mondial, pendant une manche avant de s’effondrer. Normal, assure Borfiga.

Auger-Aliassime frappe un coup droit.

Félix Auger-Aliassime a perdu au quatrième tour des Internationaux des États-Unis, le 7 septembre 2020.

Photo : La Presse canadienne / Seth Wenig

C’est une étape pour Félix. Il a mesuré le travail qu’il devait encore accomplir pour atteindre le top des tops. Parce que contre Dominic Thiem, il a vu ce que c’était de jouer contre un troisième mondial avec sa lourdeur de balle, son physique impressionnant. […] Il a paru un peu déboussolé sur le terrain. Il va falloir qu’il tire les leçons de ce match pour pouvoir s’améliorer encore et atteindre ses objectifs qui sont très élevés, a admis le Français.

Borfiga insiste sur ce point. Patience, patience, patience. Et expérience. Le deuxième viendra après le premier. Après tout, ce n’était qu’un 13e match face à un membre du top 10 pour Auger-Aliassime (deux victoires). Il n’a encore jamais affronté Novak Djokovic, Rafael Nadal ou Roger Federer. Des confrontations bien utiles pour jauger son niveau, selon l’ampleur de la défaite.

D’ici  deux ou quatre ans , prédit-il, le Canada aura son champion masculin dans un tournoi du grand chelem.

Maintenant, les joueurs atteignent leur apogée un peu plus tard. Avant, c’était assez jeune, maintenant c’est à 25, 26, 27 ans. On a tendance à oublier que et Denis et Félix ont juste 21 et 20 ans. Quand on voit le tennis qu’ils ont pratiqué, franchement, c’est réjouissant pour l’avenir. N’oublions pas qu’ils sont encore très, très jeunes et qu’ils ont besoin d’emmagasiner encore beaucoup d’expérience, a-t-il estimé.

Il y aura un nouveau champion à New York cette année. Né dans les années 1990, qui plus est, une première longuement attendue.

Ç’aura pris une pandémie pour tenir Nadal à carreau en Europe, une opération pour éloigner Federer et une disqualification pour mettre à genoux Novak Djokovic et, enfin diront certains, un nouveau champion devrait redonner un peu d’entrain à notre sport, dit Borfiga.

Ce ne sera pas un Canadien toutefois. Pas encore.

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