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Jouer au hockey au Bélarus en pleine crise politique

Il tourne la tête dans l'attente d'une passe.

Francis Paré

Photo : KHL / Kulinich Dmitry

Alexandre Couture

C’est jour de match dans la capitale bélarusse. Le Jokerit d’Helsinki est de passage à Minsk pour l’ouverture locale du Dinamo, équipe de Francis Paré dans la Ligue continentale (KHL).

Quelques heures avant la rencontre, le Québécois reçoit un message texte d’un coéquipier : le Jokerit, club finlandais appartenant au légendaire Jari Kurri, a décidé de boycotter la rencontre en réponse à la réélection controversée du président Alexandre Loukachenko.

Le Dinamo remporte le premier match de sa saison par forfait. L'équipe envoie un message laconique aux joueurs : ils ont le reste de la journée de congé. Encore une fois au Bélarus, le sport n'échappe pas à la politique.

Joint chez lui à Minsk, où il est installé avec sa femme et sa fille, Francis Paré est bien conscient que sa deuxième année dans le pays des yeux bleus ne s’annonce pas comme un long fleuve tranquille.

Le Bélarus est touché par une crise politique historique. Les manifestations à la suite de la réélection de Loukachenko, qui mène le pays d’une main de fer depuis 26 ans, ont été durement réprimées par les forces de l’ordre.

Entre la pandémie de coronavirus et les protestations contre le régime autoritaire dans les rues de la ville, Minsk n’apparaît pas exactement comme l’endroit le plus paisible pour jouer au hockey, encore moins pour y vivre avec sa famille.

La famille avant tout

Le joueur originaire de LeMoyne avoue que la décision de revenir au Bélarus cette saison, après le départ quelque peu chaotique de l’hiver dernier, a nécessité de longues conversations avec sa femme. En plus d’être parents d’une petite fille, le couple attend un deuxième enfant d’ici la fin de l’année.

J’ai eu de grosses discussions avec ma femme avant de partir, on s’est dit qu’au pire, on est à un vol direct de partir du pays, explique l’ancien de la LHJMQ. Tous les jours, on a une petite conversation, voir où l’on en est rendus. Présentement, on y va au jour le jour. Le jour que l’on ne se sentira plus en sécurité, on va partir du pays.

Il se prépare à une mise au jeu.

Francis Paré

Photo : belarushockey.com

Arrivé le 13 juillet pour un camp d’entraînement marqué par une série de mesures sanitaires strictes, Paré s’assure de rester informé du mieux qu’il le peut sur les derniers développements politiques. Une manière pour lui de s’assurer que sa petite famille est en sécurité.

La première journée que ma famille est arrivée, on est allés manger sur une terrasse, on était de l’autre côté de la rivière, on voyait des gens passer et c’était vraiment impressionnant, se souvient-il.

Je suis ça de loin, mais j’essaie de me tenir au courant, me tenir proche des Bélarusses. Je lis souvent la presse québécoise, souvent ce n’est pas la même chose qui se passe ici. C’est quelque peu différent les chiffres de ce que j’entends ici. Ça reste impressionnant. Je veux m’assurer que ma famille est en sécurité, donc c’est sûr que je me tiens au courant.

Francis Paré

Il se console en se disant que la position du Bélarus face à la COVID-19 a évolué depuis son départ en mars. Le gouvernement de Loukachenko avait été montré du doigt par la communauté internationale pour son laxisme dans les premiers mois de la pandémie.

Cette année, je sens beaucoup plus que les gens prennent ça au sérieux le fait de se laver les mains et de porter un masque, que le coronavirus, ce n’est pas une joke finalement. Ils (les Bélarusses) l’acceptent un peu plus.

Chaque pays a eu sa manière de faire, je ne suis pas ici pour juger leurs décisions politiques. L’important pour moi, c’était que je reste fidèle à mes valeurs personnelles et que ma santé et celle de famille soient la priorité.

Une saison en KHL à l’ère de la COVID-19

La KHL a repris ses activités de manière normale depuis une semaine. Le vétéran de 33 ans, qui roule sa bosse dans le circuit russe depuis plusieurs années, se dit rassuré par les mesures mises en place pour la COVID-19.

Présentement, avec les règles de la KHL, on se fait tester tous les cinq jours, je me sens en sécurité, la ligue et l’équipe prennent les choses en main, dit-il. Ils prennent notre sécurité au sérieux.

Demain matin, on a un autre test, ce n’est jamais agréable de se faire tester, mais si c’est ce qu’il faut pour garder ma famille en santé, je vais le faire toutes les semaines.

Il est félicité au banc par ses coéquipiers.

Francis Paré lors de son passage en Ligue nationale suisse

Photo : Éric Lafargue

Sur le plan sportif, la décision de revenir au Bélarus a été motivée par le Championnat mondial de hockey qui doit normalement se tenir à Riga et à Minsk en 2021. Paré pourrait obtenir une place dans l’équipe nationale bélarusse si l’instabilité politique et sanitaire ne fait pas tomber la compétition à l’eau.

Oui, c’est en grosse partie pourquoi je suis revenu cette saison, confirme l’ancien des Cataractes de Shawinigan. On était dans les procédures pour avoir mon passeport bélarusse, c’est une question de mois. Le contexte évidemment fait qu’il y a beaucoup d’incertitude. Mon agent semble très confiant. On reste concentré là-dessus.

En attendant, Paré et ses coéquipiers amorcent la saison avec une formation complètement remaniée. Le Dinamo de Minsk, comme bon nombre d’équipes européennes, s’est fait prêter plusieurs espoirs de la LNH pour l’automne.

C’est presque un club de Ligue américaine, on a beaucoup de jeunes joueurs qui sont des espoirs de la Ligue nationale, qui sont ici pour apprendre et qui sont affamés, ça paraît tout de suite, dit-il.

Ces gars-là sont jeunes, arrivent pour pas cher, ils sont aussi bons, sinon meilleurs que moi. Je comprends les équipes qui attendent avant de signer un gars de 30 ans, qui pourrait faire pratiquement le double qu’un jeune de 22-23 ans et qui peut donner autant sinon plus comme résultat. Il n’y a pas beaucoup de jobs en Europe présentement, c’est une drôle d'année dans le monde du hockey.

Francis Paré ne sait toujours pas ce que lui réserve l’avenir après cette saison, mais il n’écarte pas l’option de raccrocher ses patins. Dans tous les cas, il se souviendra toujours de l’année 2020 comme de la plus étrange de sa carrière.

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