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Chronique

La Suède investit une fois de plus dans le plaisir de ses hockeyeurs

Gros plan de joueurs en jaune avant leur match

Les joueurs de la Suède au mondial junior le 26 décembre 2018

Photo : Getty Images / Kevin Light

Le hockey mineur suédois est encore en pleine ébullition cette saison.

Il y a quelques années, la Fédération suédoise de hockey sur glace (FSHG) avait déjà décidé de placer le plaisir des enfants au centre de ses priorités afin de rehausser son taux de participation ainsi que pour inciter ses membres à pratiquer leur sport plus longtemps.

Allant bien au-delà des voeux pieux, ce premier virage philosophique du hockey suédois avait notamment mené à l’interdiction, pour les équipes de joueurs âgés de moins de 13 ans, d’effectuer de longs trajets pour disputer des matchs. La FSHG avait aussi aboli les classements et les statistiques individuelles des joueurs avant l’âge de 12 ans. Et elle avait adopté la pratique du hockey à 3 contre 3, sur la largeur de la patinoire, jusqu’à l’âge de 10 ans. En plus, des mesures avaient été prises pour que les saisons d’initiation au hockey ne coûtent pas plus de 200 dollars aux parents.

Juste pour remettre cela en perspective, rappelons que la saison dernière, Hockey Québec a introduit la notion de hockey à 4 contre 4 (sur une demi-glace) sur l’ensemble de son territoire pour les hockeyeurs de 7 et 8 ans (âge novice). Bien que ce changement s’appuyait sur des découvertes scientifiques, la fédération québécoise a fait face à énormément de résistance de la part des parents, et même d’un certain pourcentage de ses propres entraîneurs.

Comme cela avait été le cas en Suède plusieurs années auparavant, le passage au hockey en espace restreint s’est finalement avéré un succès au Québec.


Il y a trois ans, la FSHG a embauché Anders Wahlstrom afin de rehausser la qualité de l’encadrement offert à ses plus jeunes membres, notamment en relevant davantage le niveau de plaisir des enfants.

Diplômé en science du sport, Wahlstrom est l’un des plus grands experts suédois en ce qui a trait au sport pratiqué par les enfants. Avant de se joindre à la FSHG, il était le directeur du volet enfance et jeunesse de la Confédération suédoise des sports. C’est lui qui conseillait l’ensemble des fédérations du pays quant à la manière d’adapter leur sport et leurs structures afin de les rendre plus conviviaux.

Quand j’ai accepté de venir travailler à la FSHG, je me suis dit que c’était l’occasion rêvée de réaliser moi-même ce que je prêchais aux fédérations depuis longtemps, explique Anders Wahlstrom.

Les experts canadiens en matière de développement à long terme de l’athlète disent de Wahlstrom qu’il n’a pas peur de procéder à des changements importants pour améliorer son sport.

Et c’est exactement ce qui semble être en train de se produire au sein de la FSHG.


Quand on décortique toutes les nouvelles initiatives qui sont en cours au sein du hockey suédois, on constate que la FSHG ne lésine pas sur les moyens pour rendre la pratique du hockey plus amusante pour les garçons et les filles.

Le niveau de participation des plus jeunes est pourtant en hausse depuis une décennie en Suède. Avec de nouvelles idées, on s’attaque désormais au phénomène du décrochage sportif qui survient durant l’adolescence.

L’une de ces initiatives est une étude conjointe menée par la FSHG, la Fédération suédoise de basketball et l’Université George Washington qui vise à définir clairement ce que constitue la notion de plaisir pour les enfants.

Le premier volet de cette étude a été réalisé aux États-Unis auprès de joueurs de soccer de 8 à 19 ans. Et il en est ressorti que parmi 81 facteurs influençant leur niveau de plaisir, les jeunes athlètes ont placé la victoire au... 40e rang. Les plus jeunes participants à cette étude, notamment, trouvaient plus amusant de compter sur des entraîneurs leur permettant d’occuper plusieurs positions différentes au lieu d’être cantonnés toujours dans la même fonction, comme on le fait avec les joueurs plus âgés.

Cette étude est importante pour nous parce qu’elle nous permettra de donner des outils à nos associations locales. Une fois que les plus importants facteurs contribuant au plaisir des enfants auront été clairement identifiés et mis en place, nos associations auront de meilleurs dialogues avec eux. Les entraîneurs pourront aussi mieux axer leurs enseignements autour de ces facteurs de plaisir. Et il sera plus facile d’évaluer les entraîneurs, fait valoir Anders Wahlstrom.

Alors que la FSHG a beaucoup investi ces dernières années dans la formation technique et le mentorat de ses entraîneurs bénévoles, elle se lance maintenant dans un autre type de formation visant à améliorer la qualité de leur leadership. Énormément d’études ont été faites à travers le monde au cours des dernières années quant à la manière d’exercer le leadership au sein d’une organisation. Nous avons donc décidé d’être plus directs et d’établir clairement auprès de nos entraîneurs le type de leadership que nous voulons avoir au sein de notre fédération. Nous voulons développer des êtres humains complets et équilibrés. Pas juste des hockeyeurs, précise Wahlstrom.


Sur la patinoire, une autre innovation verra le jour cette saison. La FSHG a décidé d’exploiter davantage les bienfaits du hockey en espace restreint pour l’optimisation du développement des jeunes hockeyeurs.

Ainsi, dans 7 des 22 régions de Suède, les enfants pratiqueront le hockey à 3 contre 3 sur une surface de jeu restreinte jusqu’à l’âge de... 12 ans!

Nous espérons implanter cette façon de faire dans l’ensemble du pays à compter de la saison 2021-2222. Cela signifierait que nos joueurs ne commenceraient à disputer des matchs sur des patinoires complètes qu’à l’âge de 13 ans, dit Anders Wahlstrom.

Bien sûr, nous faisons aussi face à de la résistance quand nous proposons des améliorations pareilles. La tradition et la culture du hockey font en sorte qu’on tente de faire copier aux plus jeunes les pratiques des adultes. Or, nous sommes convaincus que les athlètes de chaque groupe d’âge doivent bénéficier d’un environnement qui leur est adapté pour mieux se développer.

Ainsi, les jeunes Suédois de 9 ans et moins (U-9) disputeront leurs matchs sur une surface équivalant à un sixième de la patinoire. Les jeunes de 11 ans et moins (U-10 et U-11) joueront sur le sens de la largeur et occuperont 25 % de la surface glacée, tandis que les U-12 joueront aussi sur le sens de la largeur, mais sur un tiers de la surface.

On n’ose penser à ce qu’une telle réforme provoquerait comme réaction au Canada!

C’est probablement l’aspect le plus visible et le plus draconien de notre réforme, concède Anders Wahlstrom. Mais nous le faisons parce que nous pensons que ça rendra nos joueurs meilleurs à long terme. Nous sensibilisons nos intervenants au fait que le nombre d’actions par joueur (tirs, passes, réceptions de passe, implication directe dans le match) augmente considérablement quand le jeu se déroule à 3 contre 3 sur une surface restreinte. À 5 contre 5 sur une glace conventionnelle, il y a des joueurs qui ne touchent pas à la rondelle pendant des présences complètes.

Nous nous sommes donné pour mission de développer tous nos joueurs, peu importe leur niveau. Et nous voulons qu’ils éprouvent plus de plaisir à jouer. C’est donc la voie à suivre.

Il est fascinant de constater à quel point, depuis le début des années 2000, la FSHG remet constamment ses méthodes en question afin de continuer à progresser. Et à quel point ses mises à jour portent leurs fruits.

En 1999-2000, 46 joueurs nés en Suède avaient disputé au moins un match dans la LNH. Cette saison, il y en avait 110. C’est absolument remarquable pour une fédération qui ne compte que 55 000 membres. 

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