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Chronique

L'occasion ratée de Lance Stroll en Italie

Deux pilotes sabrent le champagne sur le podium.

Lance Stroll (à droite) et Pierre Gasly sur le podium du Grand Prix d'Italie à Monza

Photo : Getty Images / Pool

Lance Stroll avait à Monza une chance extraordinaire de devenir le premier vainqueur de l'équipe Racing Point. Il l'a laissé passer, et c'est Pierre Gasly qui s'est emparé de la victoire, au goût de revanche.

Avant de jeter la pierre à Stroll, il est bon de rappeler que deux abonnés à la victoire, Valtteri Bottas et Max Verstappen, ont eux aussi commis de grosses bourdes durant ce Grand Prix d'Italie.

Les deux à l'extinction des feux. Le Néerlandais et le Finlandais ont chacun perdu quatre places dans le premier tour de l'épreuve après avoir raté leur départ. Bottas a pensé qu’un de ses pneus avait crevé tant il a perdu du temps.

Stroll n'a pas raté le sien, et s'est même permis de surprendre Verstappen au freinage pour lui chiper la 7e place, avant que ce dernier réagisse pour récupérer sa place.

Deux pilotes se font la lutte dans un virage.

Lance Stroll (à gauche) et Max Verstappen sur le circuit de Monza

Photo : Getty Images / Mark Thompson

Cela étant dit, des chances comme celle que Mercedes-Benz a offerte à ses concurrents à Monza dimanche se produisent très rarement dans une saison, même dans une carrière. Pierre Gasly a su la saisir, pas Lance Stroll.

Aujourd’hui, Gasly a sa carte de membre du club des vainqueurs de grand prix, pas Stroll.

Parlez-en à Olivier Panis, le dernier pilote français à avoir gagné un grand prix. Il a sa carte de membre depuis le Grand Prix de Monaco de 1996, le seul qu’il a gagné d'ailleurs.

Ce jour-là, seuls trois pilotes avaient vu le drapeau à damier. Savoir saisir sa chance quand elle laisse tomber les autres.

Un pilote sort de sa voiture.

Pierre Gasly passe devant la monoplace no 18 de Lance Stroll pour aller fêter avec son équipe à Monza.

Photo : Getty Images / MIGUEL MEDINA

Depuis 2014, Mercedes-Benz ne laisse que des miettes à ses concurrents. Alors, quand l'ogre allemand laisse tomber un gros morceau du gâteau, il faut le saisir des deux mains et se sauver avec.

Ça s’était déjà passé à Hockenheim en 2019 lors du Grand Prix d'Allemagne quand, sous la pluie, Mercedes-Benz avait perdu les pédales (surtout la pédale de frein). Les deux pilotes étaient sortis de piste après avoir glissé sur le bitume inondé.

Lance Stroll avait pu finir 4e, des points inespérés, à défaut du podium. Cette journée-là, une Toro Rosso avait déjà abouti sur le podium, celle de Daniil Kvyat.

Un an plus tard, la formidable machine Mercedes-Benz s’est à nouveau déréglée, et Lance Stroll en a encore profité. Et il a fait mieux qu’en Allemagne en 2019, car cette fois, il est monté sur le podium.

Si la 4e place d’Hockenheim l’avait comblé, cette 3e place de Monza l’a gêné.

Ils portent un masque.

Lance Stroll (à droite) et Pierre Gasly sur le podium du Grand Prix d'Italie à Monza

Photo : Getty Images / Mark Thompson

Il a admis que la victoire lui avait glissé des mains. Racing Point aurait pu obtenir sa première victoire, mais c’est plutôt AlphaTauri qui l’a obtenue.

L’équipe italienne, anciennement Toro Rosso, l’avait déjà emporté à Monza en 2008 à la barbe des ténors de l'époque avec un tout jeune Sebastian Vettel jouant les équilibristes sous la pluie.

Monza et Stroll, une relation compliquée

Lance Stroll avait remporté sa première victoire de F3 à Monza en 2015. C’est un circuit qui ne lui fait pas peur, où il s'exprime bien.

Rappelez-vous en 2017, il avait fait un tour d’anthologie sous la pluie dans la Williams FW39 pour se qualifier en 4e place de la grille de départ du Grand Prix d’Italie.

Par un concours de circonstances (des pénalités aux deux pilotes Red Bull), le Québécois s’était retrouvé en première ligne à côté de Lewis Hamilton et avait raté son départ. Il avait fini 7e et avait avoué avoir tremblé au départ, impressionné de démarrer à côté d'un champion du monde.

Une voiture roule sous la pluie.

Lance Stroll à Monza en 2017

Photo : Getty Images / MIGUEL MEDINA

Trois ans plus tard, voici que par un autre concours de circonstances, le Québécois se retrouve encore en première ligne à côté de Lewis Hamilton à Monza. Cette fois-ci, à la relance du grand prix, au 27e tour, après l'accident de Charles Leclerc.

Le Québécois a raté son départ après avoir fait patiner ses pneus. Il a fini 3e et a admis avoir laissé la victoire lui échapper. L’histoire s’est répétée.

La seule, mais grande différence est qu’en 2017, c’était au début de l'épreuve et la Williams de l’époque (la FW39) n’avait aucune chance de rester en tête.

Dimanche, la monoplace de Racing Point, la RP20, avait une réelle chance de gagner.

Le cadeau de Leclerc

La pénalité à Lewis Hamilton jusque-là intouchable (qui l’a relégué au dernier rang) et l’accident de Charles Leclerc, qui a provoqué l’interruption de la course, ont fait l’affaire de Racing Point.

L’équipe canado-britannique avait jusqu'au drapeau rouge parfaitement manœuvré, laissant Stroll en piste, alors que d'autres avaient choisi de s'arrêter pour leur changement de pneus.

Bon deuxième, il aurait eu à s’arrêter pour changer de pneus si Leclerc avait continué sa course, et aurait glissé de plusieurs places au classement, mais la sortie de piste du Monégasque et l'interruption ont tout changé.

La Ferrari de Charles Leclerc s'est encastrée dans les pneus de protection à Monza.

La Ferrari de Charles Leclerc encastrée dans les pneus de protection à Monza

Photo : TSN

Le règlement, qu’on soit d’accord ou non, permet aux équipes en cas de drapeau rouge (et de retour forcé aux puits) de changer les pneus des monoplaces pendant la pause. Racing Point a reçu en cadeau un arrêt aux puits gratuit. Il avait des pneus frais pour aller au bout de l'épreuve et repartait de la deuxième place. Le scénario rêvé.

À la relance, Stroll n’avait qu’à se placer dans le sillon de la Mercedes-Benz de Hamilton pour hériter sans forcer de la première place au moment où le Britannique rentrerait aux puits pour purger sa pénalité.

À l'extinction des feux, le Québécois a fait patiner ses roues et a été débordé par trois pilotes, notamment par le Français Pierre Gasly. Il a ramassé le gros morceau du gâteau de l'ogre allemand, et quand Hamilton est rentré aux puits, a filé à bord de son AlphaTauri.

Stroll a-t-il fait cadeau au pilote français d'une victoire assurée? Il serait tentant de dire oui, mais Gasly a quand même dû résister à la pression de Carlos Sainz fils, à qui il a manqué un tour pour faire la bonne opération du jour.

Deux pilotes luttent en piste.

Pierre Gasly devant Carlos Sainz fils à Monza

Photo : Getty Images / MATTEO BAZZI

Quelques instants après son mauvais départ, Stroll, trop fébrile, a fait un tout droit dans l’échappatoire de la deuxième chicane après avoir raté son freinage. S'il s'était transformé en boule de quilles, les critiques auraient été assassines. Il a pu revenir en piste et sauver ce qu'il restait à sauver, soit une place sur le podium.

À défaut d’avoir rempli sa mission, Lance Stroll a redonné vie à ce grand prix. Donnons-lui ça.

Gasly ne rompt point

Gasly a lui gardé sa concentration et la bonne trajectoire jusqu’au drapeau à damier. La fébrilité de se retrouver pour une fois le chassé, et non le chasseur, ne l’a pas fait trembler.

Il est le 99e pilote à gagner une épreuve du Championnat du monde (si on exclut les 10 pilotes américains qui ont gagné les 500 milles d’Indianapolis entre 1950 et 1960, qui faisaient partie de la saison de F1).

Lance Stroll (à droite) félicite Pierre Gasly sur le podium du Grand Prix d'Italie à Monza.

Lance Stroll (à droite) félicite Pierre Gasly sur le podium du Grand Prix d'Italie à Monza.

Photo : Getty Images / Rudy Carezzevoli

Si Lance Stroll devait remporter le prochain Grand Prix, celui de Toscane, dimanche, il serait le 100e pilote à gagner en F1.

Gasly sur la plus haute marche du podium, c’est un pied de nez au mauvais sort. C’est la preuve qu’il y a une justice dans ce bas monde.

Ayant hérité du volant de Daniil Kvyat au sein de Red Bull, après de bonnes performances en 2018, l’équipe autrichienne le lui a enlevé au milieu de la saison 2019 (entre la Hongrie et la Belgique) au profit d’Alex Albon pour le renvoyer à Toro Rosso, où il avait fait ses classes.

Cette rétrogradation aurait pu le casser. Mais au lieu de se laisser gagner par la honte et la déprime, le pilote de 24 ans a montré qu’il avait du caractère. Il a récupéré les points perdus aux yeux des grands patrons de la marque.

Dimanche, à Monza, quand Helmut Marko, le conseiller de Red Bull et chef de la filière des jeunes pilotes, lui a donné l’accolade, Pierre Gasly a dû ressentir un gros sentiment de revanche.

Qu'il a caché derrière son masque...

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