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Analyse

Les chantiers de Marc Bergevin

Un homme souriant assis à la table de son équipe à un séance de repêchage.

Le travail de Marc Bergevin ne fait que commencer

Photo : Getty Images / Bruce Bennett

Marc Bergevin est parvenu à corriger une lacune organisationnelle des quatre dernières années grâce à l'acquisition de Jake Allen avant même que l'intersaison soit officiellement amorcée. Bon départ pour le directeur général du Canadien, mais son travail ne fait que commencer.

Évidemment, dépenser 15 millions de dollars pour deux gardiens n’est pas exactement la structure salariale vers laquelle tend la Ligue nationale de hockey (LNH) ces dernières années. Cela dit, le CH pouvait se le permettre. Devait, diront certains.

D’abord, le contrat d’Allen et ses 4,35 M$ arriveront à terme l’été prochain, au moment où le DG aura besoin de toute la flexibilité salariale possible pour retenir les plus essentiels de ses nombreux joueurs autonomes à venir.

Ensuite, le Canadien n’a pas eu à se saigner à blanc, c’est le moins qu’on puisse dire, pour mettre la main sur un auxiliaire de 30 ans, expérimenté, lauréat de la Coupe Stanley, avec près de 300 départs dans la ligue, conscient du rôle qui l’attend à Montréal et parfaitement équipé pour le remplir après avoir connu l’une de ses plus belles saisons comme adjoint avec 12 victoires en 21 matchs, une moyenne de 2,15 et une efficacité de ,927.

Finalement, même s’il y aura un joli petit florilège de gardiens disponibles sur le marché de l’autonomie (Braden Holtby, Robin Lehner, Anton Khudobin, Corey Crawford, Jacob Markstrom, Thomas Greiss, pour ne nommer que ceux-là), pourquoi attendre lorsque vous avez votre homme et la marge de manœuvre nécessaire? Et surtout pourquoi investir plus de 10 millions de dollars sur un gardien vedette qui ne peut performer au sommet de son art en raison d’une utilisation excessive?

Bergevin a décidé de régler la question.

Se profile maintenant devant lui un horizon bien incertain. Un monde toujours accablé par la pandémie, une crise économique dont les experts disent qu’on ne voit que les balbutiements, une structure salariale bien plus exigeante avec un plafond fixé à 81,5 M$ pour, au moins, les deux prochaines années.

Ces temps incertains viendront avec des occasions. Des joueurs rendus disponibles qui ne l’auraient pas été autrement. Même après l’acquisition d’Allen, Bergevin aura entre 10 et 14 M$ d’espace sous le plafond pour naviguer dans ces eaux troubles, sans compter les éventuels contrats aux joueurs autonomes avec compensation Victor Mete et Max Domi.

Et nous voici au nœud du problème.

Quel avenir pour Domi?

Devrais-je partir ou bien rester? se demandait Jean Leloup. Avec lui, on ne sait jamais trop s’il a trouvé réponse à sa question, mais dans le cas de Domi, ça devrait se régler sous peu.

Deuxième marqueur de l'équipe lors des deux dernières années, une saison de 72 points en 2018-2019, le fils de Tie aura des arguments de taille pour négocier avec Bergevin, lui qui est joueur autonome avec compensation.

Il a la bouche grande ouverte.

Max Domi a marqué deux buts dans la défaite du Canadien 6-5 face aux Rangers.

Photo : USA Today Sports

S’il y a impasse, la cause pourrait se rendre devant l’arbitre, ce qui mène la plupart du temps à des ruptures acrimonieuses, mais l’on ne peut exclure que les deux parties s’entendent sur un contrat d’une saison pour repousser quelque peu l’heure des grandes décisions.

Bergevin sera certainement prudent avec le numéro 13 et ne lui accordera vraisemblablement pas une entente à long terme, à moins d’une immense surprise. Après des débuts flamboyants avec le Tricolore, l’étoile de Domi a pâli cette saison et sa prestation en demi-teintes en séries éliminatoires n’a guère redoré son blason.

On parle ici d’un pilier offensif qui a obtenu trois passes en avantage numérique depuis le 1er janvier, soit en 95 min 25 s de jeu. De quoi faire sourciller.

Mais en raison de ses 25 ans et de son potentiel offensif prouvé à l’occasion, latent trop souvent, Domi demeure une pièce de choix pour un échange.

Il y avait quelque chose de franchement intrigant dans le dernier point de presse de Claude Julien lorsqu’il assurait que le Canadien préférait Max Domi au centre, là où il est le plus efficace. Était-ce une façon de vanter sa candidature auprès des autres équipes? Car si le CH le voit véritablement comme un pivot, le divorce semble inéluctable.

Il y a une bonne dizaine d’équipes, au moins, coincées sous le plafond salarial et quelques-unes ont des besoins à l’attaque. Les Jets, le Wild, les Blue Jackets et les Red Wings courent après un deuxième centre. Les Oilers aimeraient se renforcer sur les ailes ou encore dénicher un autre joueur de centre qui leur permettrait d’assembler la paire Connor McDavid-Leon Draisaitl de façon quasiment permanente. Autant de partenaires de danse pour le DG qui ne restera sûrement pas les bras croisés.

Régler les dossiers prioritaires

Que de bons soldats deviendront libres comme l’air après la prochaine campagne. Parmi lesquels Jeff Petry, Phillip Danault et Brendan Gallagher qui figureront au haut de la liste de tâches du patron.

Trois joueurs se félicitent après un but.

Phillip Danault (24) et Tomas Tatar (90) célèbrent le but gagnant de Brendan Gallagher (11).

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Les trois joueurs aiment beaucoup la ville et y ont éclos. En dépit des commentaires crus de Danault récemment, il y a fort à parier que peu d’organisations le paieraient autant que le Canadien pour services rendus, d’abord, et pour sa grande importance dans les prochaines années afin de couver un peu les jeunes, de les laisser prendre du galon.

Un contrat à long terme pour un joueur complet dont le style de jeu ne l’use pas prématurément tomberait sous le sens. Dans un monde plus sombre et incertain qu’il y a six mois, assurer ses arrières pour de nombreuses années, voire le reste de ses jours, aura certainement beaucoup de valeur.

La durée des ententes sera probablement un point plus délicat dans les cas de Petry et de Gallagher, mais Bergevin ne peut se permettre de perdre l’un ou l’autre sans que sa stratégie de réinitialisation prenne l’eau. Veut-il vraiment courir le risque de les laisser écouler leur dernière année de contrat?

Flairer la bonne affaire

Il y aura des occasions à saisir, c’est inévitable. Bien des dirigeants misaient sur une forte augmentation du plafond salarial pour mener à bien leurs projets. C’est maintenant sérieusement compromis et pas que dans le cas du Lightning et des Maple Leafs. Les Hurricanes, les Blue Jackets, les Islanders, et bien d’autres encore, devront se montrer créatifs.

Dans ce contexte, Bergevin, avec sa tonne de choix au repêchage, ses nombreux espoirs et sa marge de manœuvre salariale, pourra prêter une oreille attentive. Peut-être même, se montrer agressif. Le DG est toutefois bien conscient que sa flexibilité ne durera qu’un an. Par la suite, il paiera cher pour garder ses actifs qui, rappelons-le, n’ont pas su qualifier le Canadien officiellement en séries lors des trois dernières saisons.

Ne pensez pas nécessairement coup de circuit, mais profondeur. Le reste devra venir de l’interne et peut-être, qui sait, du marché des joueurs autonomes qui risque de tourner au ralenti. Les salaires seront probablement moins astronomiques qu’ils ne l’auraient été en temps normal.

Depuis le fiasco évité, malgré lui, de Milan Lucic en 2016, le DG du Canadien donne l’impression de marcher sur des braises lorsque le 1er juillet arrive. Il serait surprenant qu’il parte en quête de Taylor Hall, de Mike Hoffman ou d’Evgeni Dadonov par exemple. Le type Derick Brassard serait plus probable.

Le Canadien ne deviendra pas un sérieux prétendant au titre dès l’an prochain, mais il a la chance d’accélérer le processus pendant cette intersaison. De faire un pas de géant en fait. Bergevin a eu droit à une seconde chance après l’échec de son premier plan quinquennal. À lui de la saisir.

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