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L’entraînement pour contrôler la faim?

On voit leurs jambes.

Deux jeunes femmes dans un gymnase

Photo : EvantoElements / Andrejs Poplavskis

Christine Roger

Certains ont l’impression que le fait de s’entraîner leur coupe l’appétit, mais d’autres pourraient dévaliser le garde-manger après avoir fait du sport. Quel est l’impact réel de l’activité physique sur la faim? Nos experts font le point.

Plusieurs énoncés scientifiques avancent que de s’entraîner pourrait effectivement avoir l’effet de couper la faim. C’est notamment le cas d’une étude dirigée par Marie-Ève Mathieu (Nouvelle fenêtre), professeure au Département de kinésiologie de l’Université de Montréal.

Douze jeunes hommes de 15 à 20 ans ont participé à cette étude. Bien que l’échantillonnage soit faible et pas représentatif de la population globale, les résultats obtenus semblent clairs : les jeunes hommes ont ingéré 11 % moins de calories au dîner lorsqu’ils mangeaient 15 minutes après l’exercice plutôt que 2 heures après la séance.

L'effet du timing de l'activité physique par rapport à l'ingestion de calories est un concept nouveau en recherche. On sait par ailleurs que faire de l'activité physique à des moments précis est bénéfique pour améliorer le contrôle de la glycémie et de la pression artérielle, indique Marie-Ève Mathieu dans un article de blogue (Nouvelle fenêtre) publié sur le site de l’Université de Montréal.

Ce n’est pas la seule scientifique à s’être penchée sur la question. Une étude de l’Université Wilfrid-Laurier (Nouvelle fenêtre) publiée récemment dans le Journal of Applied Physiology traitait aussi de l’effet coupe-faim des entraînements à haute intensité.

Ces études s'appuient certes sur des données scientifiques, mais leurs conclusions doivent cependant être prises avec un grain de sel. Les experts consultés reconnaissent que l’effet de coupe-faim est réel auprès d’une certaine clientèle, mais il serait risqué de généraliser.

Chez certaines personnes, l'entraînement coupe transitoirement la faim. Mais à constater quotidiennement l'impact de la culture des diètes sur mes clients et mes clientes, je trouve dangereux d’utiliser le moment où les gens font de l'exercice pour inhiber leurs signaux de faim et perdre du poids, souligne Nicolas Leduc-Savard, diététiste-nutritionniste du sport.

Devrait-on manger immédiatement après un entraînement, tel que suggéré dans l’étude de l’Université de Montréal? Question simple en théorie, mais qui ne l’est pas en pratique. Si le respect d’une fenêtre de temps pour l’ingestion d’aliments après un entraînement peut être bénéfique dans une optique de nutrition sportive, elle ne devrait surtout pas devenir une méthode de perte de poids.

Peu importe ce que nous dira la science à propos de l’effet coupe-faim de l’exercice, je crois qu’il faut se rappeler que le rôle de l’alimentation est de supporter son activité physique, et non l’inverse, affirme Vanessa Perrone, nutritionniste-diététiste.

Je recommande effectivement de manger après un entraînement, selon l’horaire de l'individu. Manger après un entraînement est une stratégie utilisée pour aider les athlètes à refaire leurs réserves, récupérer et réparer leurs tissus, ajoute-t-elle. 

Une personne le tient dans ses mains.

Un bol d'aliments

Photo : EvantoElements / Timolina

Même si la question étudiée est scientifiquement intéressante, les conclusions pourraient malheureusement être mal interprétées et rapidement devenir de nouvelles techniques utilisées dans une optique de perte de poids.

L'idée d'implanter systématiquement un entraînement avant un repas dans le but de réduire la consommation de calories est peu réaliste en pratique et s'inscrit dans les actions empreintes de la culture des diètes, soutient Nicolas Leduc-Savard. 

Peu importe ce que diront les énoncés scientifiques, la clé demeure d’être à l’écoute de son corps et de savoir reconnaître les signes de la faim. Avoir une bonne hygiène alimentaire est important. Et, pour certains, cela peut effectivement vouloir dire de contrôler de façon stricte la nutrition avant, pendant et après un entraînement.

Comme l'alimentation, l'activité physique devrait être amusante, stimulante et faire partie des habitudes de vie récurrentes pour la santé mentale et physique et non pas être un outil de perte de poids, souligne Nicolas Leduc-Savard. 

Pour la majorité qui saura distinguer les nuances dans toutes ces études qui font un lien entre l’entraînement et l’alimentation, il y aura toujours cette minorité qui se fera prendre au piège, qui se fera prendre dans cette culture malsaine des diètes.

Ce qui va peut-être plaire à 95 % des lecteurs va peut-être causer un trouble alimentaire chez le 5 % restant.

Nicolas Leduc-Savard, nutritionniste-diététiste du sport

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