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Courir 100 km avec un fauteuil roulant : le défi d'un duo hors du commun

Ils sourient.

Sébastien Roulier pousse le fauteuil roulant de Samuel Camirand au Marathon de Montréal en 2019.

Photo : Sébastien Roulier

Jean-François Poirier

Samuel Camirand est atteint de l'ataxie de Friedreich, une maladie neurodégénérative. Un mal sournois qui vous prive de votre équilibre. Son évolution finit par vous conduire à un fauteuil roulant. Petit à petit, chaque mouvement demande un effort de coordination. Votre vie bascule. Il faut la vivre autrement. En participant à des courses en duo en compagnie de l'ultramarathonien Sébastien Roulier, Samuel a choisi de la vivre... à vive allure.

J'ai marché jusqu'à l'âge de 15 ans, raconte Samuel Camirand. Quand Sébastien me pousse, il m'arrive de m'imaginer en train de courir. À l'école primaire, je n'étais pas comme les autres enfants, mais je pouvais faire comme eux, à mon rythme. Au hockey, j'étais même capable d'être un bon gardien. Aujourd'hui, durant une course, j'aime encourager Sébastien et les autres participants. Je ressens le vent sur mon visage. C'est un bon feeling.

Le 12 ou le 13 septembre, selon le jour où les conditions météorologiques seront les plus favorables à la réalisation de leur défi, les deux coureurs ont l'intention de parcourir ensemble 100 km à Montréal. Non, il ne s'agit d'une course organisée. L'initiative est personnelle et le défi aura lieu sans l'encadrement d'un quelconque promoteur ni protection policière. Sébastien poussera le fauteuil de Samuel parce qu'il veut lui offrir ce bonheur.

Samuel est une inspiration pour moi, insiste le pédiatre de 46 ans, coureur d'élite. Nous devions faire le marathon de Boston en avril, ainsi que la course de 100 km du Mount Royal Summit Quest, en juin, à Montréal. Mais les deux courses ont été annulées en raison des risques liés à la COVID-19. Samuel est un battant qui trouve ce qui est positif dans toutes les épreuves qu'il vit. Et je ne veux pas remettre cette course à plus tard. C'est maintenant qu'elle doit avoir lieu. On ne sait jamais comment la maladie pourrait évoluer et s'il sera capable de tolérer physiquement un tel défi l'an prochain.

Un peu de témérité

À son domicile, à Chambly, le jeune homme de 27 ans est prêt pour l'exercice. Il n'a pas l'habitude de reculer devant un peu d'adversité. Au téléphone, il s'excuse s'il semble mâcher ses mots. La maladie s'attaque aussi à son élocution. Mais son message est pourtant clair.

J'ai déjà pris part à des courses dans la boue. Je faisais partie d'une équipe de 7 à 8 personnes qui devaient me tirer au travers les obstacles. J'aime le regard des gens lorsqu'ils me voient dans l'action. Si je peux le faire en fauteuil roulant, ils se disent qu'ils peuvent le faire aussi. C'est le dépassement de soi.

Sébastien Roulier et Samuel Camirand

Sébastien Roulier et Samuel Camirand lors d'une course disputée en pleine pluie battante.

Photo : Sébastien Roulier

Samuel s'est déjà aussi permis du surf de foule. Son partenaire Sébastien, qu'il a connu il y a deux ans grâce à leur goût commun pour la course, aime se rendre utile. Sa condition physique remarquable lui permet de marquer les esprits.

En mai dernier, en solo, il a couru 305 km en 50 heures pour l'organisme de bienfaisance Moisson Estrie. Une somme de 180 000 $ a été amassée grâce à la tenue de l'événement Avançons tous en coeur.

Cette fois-ci, Sébastien désire simplement partager sa passion avec une personne qui mérite de vivre l'expérience. Et donner le goût aux gens de faire l'essai des courses en duo ou partagées.

J'invite les gens à nous accompagner en respectant bien sûr les règles de distanciation sociale. Notre position sur le parcours sera accessible sur ma page Facebook. Le départ est prévu sur la rue Sherbrooke en face du stade olympique vers 6 h. Un autre duo de coureurs nous accompagnera au départ. Mais puisqu'ils en seront à leur baptême lors d'un défi de ce genre, ils ne courront pas toute la distance. Je prévois que nous arriverons au sommet du mont Royal une douzaine d'heures plus tard après avoir parcouru les berges du fleuve jusqu'à Pointe-Claire.

Record Guinness

Sébastien aurait pu dessiner un trajet de 100 km chez lui à Sherbrooke. Mais il voulait un parcours qui avait déjà été reconnu par l'Association canadienne des ultramarathoniens afin d'augmenter les chances que l'exploit soit inscrit dans le livre des records Guinness. La catégorie des courses en duo de 100 km n'existe pas. Le parcours est, à ses yeux, sécuritaire. La preuve a été faite.

J'ai participé à la course du Mount Royal Summit Quest en 2018 et il n'y avait pas de surveillance policière. Ce type d'événement est conçu comme ça. C'est un peu à la bonne franquette, chaque coureur s'organise. Notre trajet est pratiquement le même. Aux intersections, on attend comme n'importe quel piéton. On s'arrête aux feux rouges. Nous sommes prudents. Nous allons emprunter principalement les pistes cyclables et nous serons suivis en voiture par des gens qui nous soutiennent. Il y aura aussi dans notre équipe des cyclistes qui seront devant et derrière nous.

Un homme dans une chaise roulante et un autre appuyé sur celle-ci.

Samuel Camirand et Sébastien Roulier montrent leurs médailles après le marathon de Montréal.

Photo : Sébastien Roulier

Après le report du marathon de Boston auquel il devait prendre part avec Sébastien après leur qualification à celui de Montréal qu'ils ont couru en 3 h 13 min, Samuel est évidemment fébrile à l'idée de pouvoir enfin rouler avec son bon ami en 2020.

J'aime cette sensation d'être dans la course, lance Samuel. J'ai déjà fait un demi-marathon et un marathon avec lui. Cette fois-là, c'est 100 km. Le déroulement sera différent.

Sébastien n'est pas tellement inquiet à propos de sa capacité à franchir la distance. Comme ultramarathonien, il a déjà vu neiger. Il est cependant conscient que l'épreuve s'annonce exigeante pour Samuel. Il a beau avoir un moral de fer, le jeune homme pourrait ressentir les effets d'une trop longue période confinée à son fauteuil de course.

Nous ferons quelques pauses, mais pas trop longues. Samuel pourra être transféré dans son fauteuil de tous les jours. Nous souhaitons ainsi éviter que des plaies se développent sur son corps en raison des points de pression dans la chaise durant la course. Pendant ce temps, je pourrai manger.

Samuel, lui, ne s'en fait pas trop avec les blessures.

C'est un parcours intéressant. Ce sera plaisant. Je vais encourager Sébastien. J'ai juste hâte.

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