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Les Québécoises à l’assaut du rugby français

Une joueuse lance un ballon de rugby

Justine Pelletier est l'une des nombreuses Québécoises à tenter l'aventure du rugby français

Photo : Université Laval

C’est du jamais vu. Une vingtaine de joueuses de rugby québécoises ont pris la direction de la France. Cinq clubs, et non les moindres (Bordeaux, Rennes, Lille, le Stade Rochelais et Lons), les accueillent pour la prochaine saison qui commence dans quelques jours. Derrière cette vague sans précédent, il y a deux hommes, Kevin Rouet, l’entraîneur de l’équipe du Québec et de l’Université Laval, et François Ratier, le directeur général de Rugby Québec.

Comme plusieurs de nos collègues dans d’autres sports, nous étions confrontés à un réel problème, explique François Ratier à Radio-Canada Sports. Notre saison débute normalement au mois de mai jusqu’en septembre, puis c’est la saison universitaire qui embarque. Au stade où on était au mois de mai, il n’y avait pas de saison. On avait déjà été approchés par des clubs français depuis quelques années. Mais là, c’était la bonne occasion d’y envoyer beaucoup plus de filles que d’habitude. Les connexions solides que nous avions ont donc permis d’envoyer une vingtaine de filles aux quatre coins de la France.

On devait en tirer un avantage, surtout pour les filles qui jouent ou qui veulent jouer sur l’équipe canadienne, car la Coupe du monde est en 2021, en Nouvelle-Zélande, et cela approche et il faut jouer au rugby pour être bon au rugby.

En envoyant leurs joueuses en France, Kevin Rouet et François Ratier voulaient s’assurer qu’elles auront une bonne qualité de vie. Les clubs se sont donc engagés à leur fournir un logement, un travail à temps partiel et même, dans certains cas, des primes. Pour la plupart, les joueuses sont aussi des universitaires et le fait qu'elles suivent leurs cours en ligne a été un facteur déterminant pour se joindre aux clubs de l’Hexagone.

Une expérience unique

Avec cet afflux de Québécoises dans les clubs français, on peut se demander s’il n’y a pas un savoir-faire particulier ici. Le directeur général de Rugby Québec est catégorique.

Si on replace les choses dans leur contexte, au Québec, les filles sont championnes canadiennes depuis plusieurs années et nos universités performent très bien également, dit François Ratier. L’exemple de l’Université Laval est là pour le prouver, car c’est la première université francophone à gagner le championnat canadien. Il faut également souligner qu’on est actuellement troisième mondial devant la France et que l’on a même été deuxième.

Nos filles peuvent apporter quelque chose au championnat de France. D’ailleurs, on retrouve d’autres Canadiennes dans le championnat anglais. Donc, on s’exporte bien et cela permet à nos filles de vivre une expérience unique dans des infrastructures exceptionnelles qui sont loin d’exister chez nous. Il faut dire que, de plus en plus, les clubs féminins sont associés aux clubs professionnels masculins en Europe. Les joueuses peuvent donc bénéficier des mêmes conditions que les hommes.

En attendant, Rugby Québec travaille d’arrache-pied avec les autorités sanitaires de la province pour trouver une solution à l’impasse qui touche leur sport.

Deux Québécoises à Bordeaux

Pendant ce temps, de l’autre côté de l’Atlantique, à Bordeaux plus précisément, se trouvent Marie Thibault et Justine Pelletier. Elles y sont installées depuis trois semaines et semblent rassurées par les mesures sanitaires suivies par l’équipe pendant que le nombre de cas de COVID-19 repart à la hausse en France.

Il a fallu nous adapter, car les approches sont différentes ici, explique Justine Pelletier. On se fait tester une ou deux fois par semaine. On se fait tester avant chaque match. On a également le mot d’ordre de faire attention, de se protéger. Dès qu’une joueuse pense avoir un symptôme, elle doit aller se faire tester et il y a un protocole qui est enclenché.

Une joueuse de rugby accroupie tente un changement de direction

Marie Thibault (en blanc et bleu)

Photo : Rugby Québec

Marie Thibault, une vétérane de 27 ans membre l’équipe canadienne, est optimiste aussi, même s’il y a plus de contacts, et donc plus de risques de propagation, dans le rugby français.

Les deux Québécoises réalisent leur rêve de jouer en France. Marie Thibault a terminé ses études universitaires et saisit cette occasion qui s’offre à elle.

Quand j’ai fini mes études universitaires, j’ai eu la chance de faire une tournée avec l’équipe canadienne, explique-t-elle. Mais jouer deux mois dans l’été, ce n’est pas suffisant pour peaufiner son sport. J’avais déjà regardé l’année passée pour pouvoir jouer à l’étranger, mais je me suis blessée. Cette fois, c’est la bonne.

C’était mon rêve, mon objectif de pouvoir jouer à l’étranger, ajoute Justine Pelletier. Je n’avais pas d’idée où aller précisément. Je voulais vivre du rugby, car c’est ma passion et je veux l’exploiter au maximum. Au Québec, la saison de rugby est très courte. De mai à août, et ceux qui sont à l’université, ça continue en septembre et en octobre. Ici, on peut jouer à l’année, on joue énormément et il y a une réelle culture de rugby. Le rugby est ancré dans la culture depuis très longtemps et c’est ce qui m’a donné le goût de venir l’explorer.

Un rugby différent

Le Canada fait partie des quatre plus grandes nations de rugby féminin. Les Canadiennes ont même été vice-championnes du monde et sont classées en 3e position devant la France. Comment les Québécoises ont-elles été accueillies par les joueuses françaises?

Les filles ont été super accueillantes, répond immédiatement Marie Thibault. Elles nous intègrent dans leurs activités et on n’a jamais senti que l’on prenait la place de quelqu’un.

Elles voient en nous une aide, un ajout à leur équipe. On va essayer d’amener de la rigueur, du dévouement et du travail. Ça va être un bel échange, ajoute Justine Pelletier.

Depuis leur arrivée, les deux Québécoises ont pu s’apercevoir des différences entre le rugby pratiqué chez elles et en France.

Les Canadiennes, les Québécoises sont très travaillantes et ont une éthique de travail, explique Marie Thibault.

Les Françaises ne sont pas habituées à travailler aussi fort en dehors du rugby. Il n’est pas rare qu’on se présente une heure avant les pratiques pour peaufiner un aspect du jeu. Puis de rester après pour faire du cardio ou de la musculation. En France, ce n’est pas ancré dans leur culture. Mais à l’inverse, ici, le rugby commence plus jeune. Par exemple, il y a une joueuse dans l’équipe qui joue depuis 10 ans, elle a 18 ans. Moi, j’ai commencé le rugby à 18 ans! C’est vraiment différent, ce n’est pas la même culture et on a beaucoup à apprendre sur le terrain de rugby. Et nous, on peut aussi leur apprendre en dehors du rugby en termes de physique et de travail.

Elles ont un jeu beaucoup plus instinctif, alors qu’on est habituées à avoir une structure un peu plus rigide. On va beaucoup apprendre durant ces neuf mois et on va ressortir avec d’autres outils, insiste Justine Pelletier.

Deux joueuses de rugby sourient sur une photo de groupe

Marie Thibault et Justine Pelletier dans l'uniforme de Bordeaux

Photo : Stade Bordelais

Depuis quelques années, le public a commencé à découvrir le rugby féminin et un certain engouement est né. Les deux Québécoises reconnaissent qu’il y a encore beaucoup de chemin à parcourir pour avoir une véritable reconnaissance. Elles ont pu observer qu’en France, le rugby féminin est pris très au sérieux.

Au Québec, on ne remplit pas de stade avec le rugby féminin, dit avec regret Justine Pelletier. Ici, ce qui est intéressant, c’est qu’ils mettent un peu plus de sous, un peu plus de financement dans le rugby féminin pour justement créer un engouement intéressant.

Justine et Marie sont en contact constant avec les autres joueuses québécoises qui tentent l’aventure du rugby français. Elles partagent leurs expériences respectives. Elles ont également hâte de les retrouver sur le terrain, mais cette fois, comme adversaires. On peut sentir la fébrilité qui règne avant le début du championnat.

Si Marie Thibault a terminé ses études universitaires, Justine Pelletier, elle, continue ses cours de deuxième cycle à distance, en optimisation de la performance sportive, en plus de son travail à temps partiel et de ses entraînements.

Quoi qu’il en soit, cette expérience française sera pour les joueuses québécoises une excellente préparation pour l’éventuelle Coupe du monde en 2021.

On va toucher le plus possible le ballon, le plus possible au rugby pour arriver prêtes physiquement et se sentir en confiance sur le terrain. Ce sera une belle préparation, conclut Justine Pelletier.

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